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^ ^. .â^ .v=^ '- te'-^^^ .A . .fit LES INS , .,• '^"■"»^. TRAITÉ ÉLÉL ^ ïRE D'ENTOMOî^OGIE COMPRENANT L'HISTOIRE DES ESPÈCES UTILES ET DE LEURS PRODUITS DES ESPÈCES NUISIBLES ET DES MOYENS DE LES DÉTRUIRE L'ÉTUDE DES MÉTAMORPHOSES ET DES MOEURS LES PROCÉDÉS DE CHASSE ET DE CONSERVATION PAR MAURICE GIRARD Docteur es sciences naturelles "■ Aacien délégué de 1" Académie des sciences Wï'ufcsseur de sciences physiques et naturelles au Collège municipal RoUin Professeur de zoologie appliquée à l'École d'horticulture de Versailles Ancien président de la Société eutomologique de France Secrétaire du Conseil de la Société zoologique d'acclimatation I-.auréat de la Société centrale d'agriculture de France, etc. ORTHOPTERES — NEVROPTERES HYMÉNOPTÈRES P O RT E - A I GUI LL O N TOME II % V e c 15 |t I II n e b e s PARIS LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRb: et FILS KUE IIAUTEFEUILLE, 19, PRÈS DU BOULEVARD SAlNr-GSRMAIN 18 79 Tous droits réserves. TRAITÉ ÉLÉMENTAIUK D'ENTOMOLOGIE II Le Traité fl'cntoiiioiosie comprend : Tome I, Introduction, Colkoptkres, avec 60 planches. Tome II, Orthoptères, Névroptèkes, Hyménoptérks porte-aiguillon, avec 15 planches. Tome III, Hyménoptères térèbrants, Lépidoptères, Hémiptères, Diptères, et Ordres satellites. {Sous presse.) TRAVAUX RÉCENTS DE L'AUTEUR : ÉtiidCN gur les Insectes carnassiei'S utiles à introduire dans les jar- dins ou SI protéger contre la destruction. Paris, 1873. Études sur la maladie do la vigne dans les C'harentes. (Extrait des Mémoires des Savants étrangers. PariSj 1875.) Études sur le Phylloxéra de la vigne. 2*^ édition. Paris, Hachette et C". .li'ouvelles notices entoniologiques. 3^^ série. Paris, 1878, ■.es Abeilles, organes et fonctions, éducation et produits, miel et cire, avec 1 pi. color. et 30 fig. dans le texte. Paris, 1878, J.-B. Baillière et fils. l'atalogue raisonné «les animaux utiles et niiisililes de la France, publié sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. Paris, 1878, Hachette et C'% deux fasc. Mctamorphoses des Insectes. 5^= édition. Paris, Hachette et C'% 1879, riRIg. — IMFRIMEBIE B. MiHTIWET. HUB MIOWOR, 2 ^^s. l II xV 1 T E D^ENTOMOLOGiE 1; D R E ORTHOPTERES La distinction de ce groupe d'insectes broyeurs en ordre spécial est duc à de Gecr (1773), qui eu composait un sous-ordre parmi les Vayinés, sous le nom de Dermaptères, en raison des pseudélytres ou élytres demi-membraneuses, moins parfaites que chez les Coléoptères et recouvrant les ailes. Us se placent naturellement à la suite des Coléo- plères, auxquels ils ressemblent, à l'état adulte, par les pièces buccales et l'appareil digestif; mais ils s'en éloignent beaucoup par le mode de développement, car ils n'ont que des méfamorphoses incomplètes. Linnœus, trompé sans doute par l'analogie de développement et pur certaines ressemblances extérieures assez grossières, les réunissait aux Hémiptères, dont les pièces buccales sont si différentes; il en exceptait le genre Forfîcula, qui, par une analogie réelle avec les Staphyliniens, terminait ses Coléoptères. Geoffroy ne faisait de l'ordre entier qu'une section des Coléoptères, qu'il appelle Insectes à étuis durs qui couvrent tout le ventre. La forme des élytres, qu'il considère seule, lui fait opérer d'assez singuliers mélanges. Après les Staphylins et les Nécydales, il place la Forficule, puis le Méloé, la Blatte, leThrips, d'un ordre tout différent; ensuite les Grillons, les Criquets, les Sauterelles, les Mantes, après lesquelles il introduil sa seconde section, celle des ïlémiplères ou insectes à demi-étuis. Plus tard Fabricius forma avec l'ordre qui nous occupe sa seconde classe sous le nomd'L7o/m/,a, et enlin Olivier changea le nom de Dcrina- plères en celui d'Ortlioptcres (ailes droites), qui a prévalu, bleu que plus récenl. GUIAKD. II, 1 2 ORTIIOPTEllES. Un grand nombre d'onLomologisU'S étrangers onL complélemeni re- manié et. modifié l'ordri; d'Olivier. Jls en constituent un véritable ordre de résidu, compose, comme l'indique M. H. Huxley {An Iniroduct. to llie Classif. of Anm..,Lom\ou, 1869), des Ortlioptéres propres, des Dcrmalo- ptères ou Forfieules, des Hongeurs ou Termitines, des Perlidcs, des Épliémérides et des Libellulides. H est certain que ce groupement est trùs-pbilosopbique à deux points de vue, l'analogie des pièces buccales et l'abscnicc de métamorphoses complètes; que l'ordre suivant, les Névroptères ou. Neuroptcra, devient plus homogène et n'offre que des in- sectes à métamorphoses complètes. Mais il arrive ici ce que présentent toutes les classiiications. L'iiomogénéité, bien plus grande à beaucoup d'égards, disparaît en partie dans ces nouveaux Orthoptères sous le rap- port de l'aspect général et des formes extérieures, bien qu'une analyse attentive et les passages nombreux rétablissent l'homologie. Si nous n'adoptojis pas cette classification, que nous approuvons, c'est unique- ment par cette raison qu'elle établit une rupture trop marquée avec les classifications usitées en France, et que dans un ouvrage où l'utilité des applications doit passer a\ant tout, il est nécessaire de ne pas créer de difficultés aux débutants; l'intelligence du lecteur remet facilement les êtres à leur groupement naturel. Telle est la nécessité que subissent toutes nos classifications, sous peine d'émietter en quelque sorte les êtres en groupes de même valeur, mais d'une multiplicité désastreuse pour la mémoire. 11 faut se contenter de l'à-peu-près, et placer en pre- mière ligne la biologie et les questions d'entomologie pratique. Un accord des naturalistes de tous pays, fondé sur la plus juste obser- vation, nous amène à séparer en deux sous-ordres les Orthoptères, Oliv., l'un sous le nom de Labiduroïilcs, l'autre d'Orthoptères propres. Le pre- mier correspond aux Labidoures de C. Duméril et L. Dufour (queue en pince), aux Dermaptcres, Leach, Kirby, Slephens (on devrait dire plus exactement Dcrmoptères], aux Dermatoptères, Burmeister, Huxley, aux Euptexoptères, Westwood, E. Blanchard (18/i5), aux llarmoptères, Fieber. Nous devons encore faire remarquer, comme pour ajouter à la confu- sion, que Leach avait aussi nommé ces insectes Orthoptères proprement dits à cause de la suture droite de leurs élytres, tandis qu'il appelait Dictyoptères les autres Orthoptères d'Olivier, où les élytres se croisi'ut. Audinet-Serville, adoptant les idées d'Olivier et de Latreille, ne laisse subsister qu'un seul ordre, les Orthoptères, Oliv. II les divise en deux sections : les Coureurs, comprenant les Fûrficulaires, les Blaftaires, les Mantides et les Phasmides ; les Sauteurs, constitués par les drilloniens, les Locustaires et les Acridites. H n'avait pas compris, comme on h; voit, l'avantage du principe de l'uniformité des terminaisons. Le second sous-ordre, les Orthoptères, Oliv. (sauf les Forficuliens), réjiond en partie aux Dermaplères de de Geer, aux Ulonafes de Fabri- cius. M. E. Blanchard a repris pour eux seuls, dans sa seconde section des Orthoptères, le nom de Dermaplères, NOTIONS GÊNÉIÎAI.KS. 8 On voit que l'ieii ne m;ui(|iie pour ces iusertcs aux (lii'licullés de la synonymie, que nous espérons épargner aux le(;leurs par l'uride énoncé (jui précède. iXous n'avons qu'un petil nombre de caraclères généraux à l'aire con- naître, en raison de notre division en deux sous-ordres, où nous expose- rons à pari pour chacun la plus grande partie des noUons tl'analomie cl de biologie. Les pièces buccales essenliellem(Mit broyeuses des ()rllio[»lèves sonl encore plus développées, en raison d'une voracité considérable. I.e labre, qui constitue la limite supérieure (h; la bouche, est graud, coriace-membraneux, dressé, fixé dans toute sa largeur à un épistome dont il est distinct par la suture, subcarré ou semi-circulaire, arroiuli ou incisé au sommet, recouvrant une partie des mandibules, surtout leur pointe. Les mandibules, cornées, le plus souvent robustes et assez courtes, condition de force du levier, épaisses à la base, arquées anté- rieurement, parfois inégales entre elles, sont munies à l'intérieur vers l'extrémité de fortes dentelures que Marcel de Serres nommait inci- sives, canines, molaires, et dont il pensait pouvoir tirer pour le régime des tribus diverses des caractères analogues à ceux que fournissent les dents de ces noms pour les ordres de Mammifères. Viennent ensuite deux paires de niftchoircs successives, qui sont les mâchoires proprement dites ou maxilles, et la lèvre inférieure. Ce sont tics organes assez compliqués et exigeant une description exacte. Ces deux paires de pièces adhèrent par la base, fixées ensemble au menlon, c'est-à-dire à une plaque carrée située devant la bouche, la languette en avant, les maxilles sur les côtés, en arrière ou au-dessous des mandibules. Chaque maxille est composée de cinq parties, plus ou moins aplaties, l'nc base subhorizontale dite goinl [cardo) est attachée au menton par des musclo; puissants, et porte ime tige (stipcs), variant dans sa lon- gueur et sa gracilité, ainsi que le gond, suivant l'étendue du menton. La tige se termine dans sa région la plus interne par le lobe interne on manda (partie mangeante), dur, corné, comprimé, plus large à la base, armé au sommet de deux ou trois dents aiguës, muni au bord intérieur de poils roides. Extérieurement an mando s'insère au slipe un organe biarticulé, à article basai court, le supérieur lobiforme, large, excavé eu dedans. C'est ce qu'on a nommé le rjdlra (casque; galette, suivant la traduction bizarre de certains auteurs français), en raison de sa forme un peu courbe et de ce qu'il recouvre souvent plus ou moins le mando. C'est sans doute ce que Fabricius regardait comme une gencive exté- rieure et ce qui l'amenait, dans sa nomeiulalure foiulée sur l'étude des mâchoires, à donner à l'ordre entier le nom d'i'lonatcs ou Onlognathes, ce qui signilie mâchoires à gencives. Le (jalcd a tité a[)pelé maxille ex- terne par Krichson, et palpe maxillaire interne par M. Burmeisler, en raison de son articulation éldesonhomologie avec le palpe intérieur des h OltTIlOPTLRliS. Carabiciis. En dcliors du (jaloa cl inséré plus prrs rie la base (h\ slipo, se trouve le palpe exlerne ou maxillaire proprement dit, composé le plus souvent de cinq articles, les deux premi(U's courts, le cinquième on dernier épaissi le [)lus souvent au sommet, ou en massue, ou trigone, ou sécurilorme, terminé par une pelote tactile, qui se détache après la mort et laisse voir une fossette chez les sujets secs. Au bord antérieur ou supérieur du menton est adaptée la lèvre infé- rieure, (lui est une plaque, parfois resserrée à la base, olfrant insérés en avant les lobes labiaux proprement dits, et sur les côtés les palpes labiaux. La lèvre doit se regarder comme une paire accessoire de maxilles, plus réduites que les mâchoires proprement dites, confluentes, à parties inté- rieures symétriques, soudées par une laible portion de leur base, et sem- blant disjointes du reste, ce qui fait décrire la lèvre par les auteurs commt> profondément fendue. On trouve chez les Orthoptères deux lobes inté- rieurs, d'ordinaire étroits et allongés (ainsi chez le Dectique verruci- vore), correspondants aux deux mando des mâchoires, dont la réunion forme la languette, puis deux lobes plus extérieurs, épais, articulés, formant les paraglosses de Jacquelin du Val et répondant aux palpes internes ou ffalea des mâchoires. Entin, extérieurement s'insèrent les palpes labiaux, de trois articles, le dernier élargi au sommet, et qui sont les analogues réduits des palpes maxillaires. Au centre des pièces précédentes, aux bords intérieurs de la lèvre, est placé le ligule {lingua de Kurmeister), papille molle, subglobuleuse, courte, située à l'entrée du gosier, parfois à demi incisée au sommet (ainsi clu-z la Courtilière). Le rôle des pièces buccales est le suivant. Le labre empêche les ob- jets mordus de s'échapper; les mandibules, qui agissent comme une paire de ciseaux, servent à saisir les aliments et à les couper en gros morceaux; la lèvre, un peu mobile de bas en haut et librement arti- culée chez les Orthoptères ravisseurs, et les maxilles, débitent en petits morceaux les matières déjà saisies et diminuées, et les amènent dans la bouche, les palpes mnltiarliculés aidant; ces dc^rniers ont eti outre un rôle tactile ])ar la pelote molle qui termine leur dernier article. Nous devons ajouter, après cette étude assez détaillée; des pièces buc- cales, qu'elles sont loin d'avoir pour la classification des Orthoptères l'importance qu'elles offraient dans l'ordre précédent. Elles ne peuvent servir seules pour caractériser des genres bien définis, ce que Lalreille et de Charpentier ont déjà reconnu il y a longtemps. Une autre différence capitale des Orthoptères et des Coléoptères, ce sont les métamorphoses, lu développement embryonnaire considérable, très-difficile à étudier malheureusement en raison de l'opacité de l'œuf, amène les insectes en naissant à un état qui ressemble beaucoup à celui de l'adulte ; même forme générale, même locomotion terrestre, même régime (;t mêmes mœurs. On peut dire qu'il n'y a pas de caractères suf- fisants pour séparer les larves et les nymphes des adultes. Aucune forme NOTIONS GÉNÉRALES. 5 transitoire ne rappelle l'idée d'une figure cachée (larve) ou enveloppée (nymphe ou pupe). Il faudrait une étude précise des mues et l'indi- calion de leur numéro d'ordri^, étude très-peu avancée dans l'état ac- tuel de la science. Au premier abord, il semble qu'on pourrait se tirer d'embarras eu disant qu'on appellera larve tout sujet absolument privé d'organes alaires, et nymphes ceux où ces deux paires d'appendiciss dorsaux ou une d'elles, les élytres (par abréviation de pseudélytres, mot qui serait plus exact), sont en moignons raccourcis et impropres à la l'onction du vol ; mais l'observation attentive montre toute la diriiculté du système. La nature, d'ordinaire, et cela est vrai dans toutes les sciences physiques, est beaucoup moins simple que ne le désire l'esprit humain, toujours systématique et entiché de l'absolu. Il y a des Orthoptères, et cela dans presque toutes les tribus, qui restent toute la vie complètement aptères, et qui cependant s'accou- plent et pondent ; d'autres qui n'ont jamais que des organes alaires rudimentaires; et enfin il est des espèces (jù im très-petit nombre de sujets offrent le développement complet de rappar(!il du vol, sans que les individus subaptères soient impropres à la reproduction. On com- prend alors coml)ien il est malaisé de séparer un sujet adulte d'avec un individu en développement. Des espèces qu'on a pensé connues incom- plètement et seulement à l'état de larves ou de nymphes étaient en réalité de bonnes espèces établies sur les adultes : ainsi dans le genre Ereiniaphila (Manfiens). De longues discussions ont eu lieu sur cette ([uestion. On est aujour- d'hui d'accord pour regarder comme adultes les individus chez les- quels les élytres, grandes ou petites, sont articulées, c'est-à-dire sépa- rées du mesonotum ; chez les nymphes, c'est-à-dire avant la dernière mue, ces organes, encore invaginés, sont comme dressés et appliqués le long du dos sans séparation, et plus ou moins réunis à la suture in- terne, tandis qu'ils pendent librement sur les cotés et peuvent s'écarter perpendiculaires au corps après la dernière mue. Lorsqu'il y a à la fois des élytres et des ailes, un autre caractère nymphal, qui parait général chez les Sauteurs, est le suivant : les fourreaux des élytres insérés au mesonotum atteignent le dos de l'abdomen par leur propre bord infé- rieur et ils sont couverts en partie par les fourreaux des ailes insérés au metanotum. C'est ce que de Charpentier définit en disant que les nym- phes ont les ailes extrinsèques et les élytres intrinsèques. Cette situation change à la dernière mue, et chez les adultes les ailes sont recouvertes au repos par les élytres, position normale. En outre la réticulation des fourreaux est toujours bien moins parfaite que celle des organes défi- nitifs. On reconnaît encore les états intermédiaires à une mollesse plus grande des téguments, à des antennes moins longues et avant souvent moins d'articles que chez les adultes, et surtout par l'inspection des derniers anneaux de l'abdomen et l'imperfection des appendices géni- taux (lames, filets, pince, oviscapte), qui existent moins développt's chez () ORTHOPTÈRES. los larves que chez les adultes, mais reeonnnissables, et déjà visibles •dans beaucoup d'espùees, à raid(^ du grossissement, même dès la sortie Je l'œuf. A une t'poque où l'on était encore; très-iiulécis sûr ces ques- tions, M. 11. Lucas a fait comprendre l'importance de l'examen des or- ganes sexuels comme caractère; certain de l'état adulte des Orthoptères (Ann. Soc. ontomol. France, 1855, p. 759), surtout des armures génitales. C'est là, en outre, le seul moyen de décider la validité des caractères de l'espèce quand il s'agit d'insectes à organes du vol absolument nuls. Comme nous lavons déjà dit, il faudrait uiu"" connaissance exact(> du nombre des mues pour savoir si l'on a affaire ;'i un ari'èt i\o (lévelop[)e- ment, ou si les mues continuent en l'absence de tout appareil alaire. On est ciindiiil naturellement, à la suite de cette discussion, à examiner l'ordre d'importance des caractères génériques. Jl y a certains organes extérieurs qui apparaissent déjà dans les larves avec une forme si dis- tincte, que dans les mues suivantes ils ne changent pas ou à peine, n'éprou\;uil ([ue des modifications de grandeur. On doit surtout s'en servir pour la distinction des genres, et réserver pour celle des espèces les organes de l'adulte (pii n'ont ac(iuis tout leur développement qu'au bout de plusieurs mues. Les organes qu'on peut appider lypi(|ues et (pi'il i';nit décrire en premier lieu, sont la région frontah^ et le vertex de la lèt(!, le prothorax, dont M. Burmeister a montré toute la valeur, et surtout le pronotum; entin les pièces sternales, les pattes et l'abdo- men, sauf les derniers segments. Les organes moins importants, et qu'on peut appeler évolutoires, sont les pseudélytres et les ailes, les derniers segments abdominaux avec leurs divers appendices, les antennes, k's ('pines des pattes. Les ouvrages à consulter sur l'ordre des Orthoptères sont, outre les traités généraux sur les inse(des cités dans l'introduction, Vllisloire naturelU' des Orthoptères, par Audinet-Serville (Paris, 1839, WovoX, Suites àHulfon), et un excellent livre en latin, par M. L. Fischer, de Fribourg, (|ui se borne malheureusement aux Orthoptères d'iùirope, restriction (|ue le grand talent de l'auteur rend fort regrettable. Ce sont les Ortho- jitera europœa (Leipzig, aux frais de G. Engelmann, 1853). Nous enga- geons également les entomologistes débutants à consulter l'intéres- sant C(ital(Hjac raisonne des Orthoptères n rapport avec des conditions biologiques particulières. La tête est dégagée, cordiforme souvent, un peu mobile, réfrécie pcjstérieurement eu cou ; elle est aplanie en avant et porte, insérées en avant el eutre les yiuix, des antennes filiformes, de longueur vai'iable, ayant de douze à quarante articles, le premier cylindrique et le plus grand, le second très-court, les autres cylindri(|ues ou obcoui([ues, sou- \ent des plus différents de longueur entre eux. Les yeux sont mé- diocres, subglobuleux, les oceiles nuls. La bouche, située en dessous, ])résente un labre ai'rondi au sommet, des mandibules médiocres, amincies et non épaisses comme dans les Orthoptères propres, bidentées au sommet, ayant à la base une dent molaire ; les mâchoires m(dles oll'rent les deux lobes subrecourbés, à peine pubescents, le manda ou lùbe interne recouvert par un nalpa allongé et grêle, atténué etbideuté au sommet. Les palpes maxillaires ont cinq articles, le dernier presque fusifnrme. Le mouton grand, subcarré et coriace, sépart- (lisliuctemenl 8 ORTHOPTERES. (le la lôvro inrérieure par une ligne transverse, celle-ci fendue aii milieu, à lobes épais extérieurement pubescenis, parfois biarticulés, ayant à l'intérieur un ligule mou, avec palpes labiaux Iriarticulés et pubescenis, le troisic'me article ovale. Le prothorax offre en dessous un prosteruum étroit et en dessus un pronotum subcarré ou subrectangle, aplani, avec bords aigus souvent réfléchis sur les côtés. Le mésotborax et le métatliorax ont leur partie sternale en bouclier, et les arceaux du dos subégaux et plus courts (jue le pronotum. il n'y a pas le plus souvent d'écusson (partie visible du mesonoium), sauf chez divers genres exotiques élytrés et ailés, Apa- chija, Aud.-Serv., Pijgidicrana, Aud.-Serv., etc., et chez les Chelidura, Latr., où il est visible en avant des élytres abortives. Entre le pronotum et le prosternura se voient des épaules, ou épimères, auxquelles s'insi''- rent les hanches des pattes antérieures et qui participent au mouvement de ces appendices. L'appareil alaire a une grande importance distinctive. Quand il a tout son développement, il offre une paire d'élytres toujours beaucoup plus courtes que l'abdomen, subcarrées, coriaces, ternes, à suture droite, sans réticulation, tronquées au bout, tout à fait analogues à des élytres de Staphylins. En dessous sont des ailes d'une structure singulière et compliquée. Le bord antérieur, depuis la base jusqu'à la moitié envi- ron, est formé d'une lame cornée qui va en s'élargissant à partir de la base , et paraît répondre aux plages alaircs que nous nommerons champs marginal et intermédiaire dans les Orthoptères propres. Elle est comme continuée par une partie triangulaire et subcornée, et c'est entre ces deux parties que se fait l'articulation. Le reste de l'aile, qui parait correspondre au champ anal, est très-ample, de forme plus ou moins en quart de cercle, membraneux, diaphane et irisé en vertu du fait de la décomposition de la lumière par les lames minces. Une nervure remar- quable prend naissance presque dès la base de l'aile et assez loin du bord postérieur de la lame cornée, et s'étend en courbure douce jus- qu'au bout de celle-ci. Dans tout son parcours elle envoie vers le bord externe et postérieur de l'élytre huit à dix rameaux rayonnants. Ils ^ont soutenus par une nervure intra-marginale en demi-cercle qui sert à tenir l'aile bien étendue; enfin des rameaux accessoires, n'arrivant qu'à la moitié de l'aile, s'intercalent entre les rameaux rayonnants. Le plissement de cette grande aile est fort curieux. Il s'opère d'abord à partir du limbe corné en plis longitudinaux, sauf à l'angle interne. Ce plissement en éventail est celui des Orthoptères propres ; puis, à la façon des Coléoptères, l'aile se replie deux fois en travers et en dessous par rapport à la région cornée, de sorte que, au repos comjjlet de l'aile, ce bord supérieur devient un organe de protection et dépasse plus ou moins l'élytre sous forme d'une petite écaille colorée. C'est en raison de celte articulation complexe des ailes que Kieher doinie au sous-ordre le nom d'Harmoplères, FORFICULIENS. 9 Il y il des espèces où les ailes mcos. I.os nviduclos réunissont de chaque côtô à un court vagin oll'rant une partie sii])ren- flëe, qui est la poelu> copulalricc. D'après Siebold, il s'insère en C(>lte région, chez le F. auricular/a, lai réservoir de semence non remarqué par I.. Diif'our, formé d'un conduit un peu long et fiexueux, se rendant à une capsule recourbée, cornée et brune. Il n'y a pas de glaudules accessoires ni d'oviscapte pour la ponte. Les testicules (du moins chez L. nijjiintea et F. auricularia) sont représentés de chaque côté par deux fidlicules distants l'un de l'autre ou contigus, selon le degré de turgescence. Les vaisseaux délerents, longs, capillaires, flexueux, s'in- sèrent séparément au côté inférieur d'une vésicule séminale asymé- trique, teiumt le sperme en réserve pour l'éjaculation. 11 en part un conduit court entrant dans la capsule du pénis, c'est-à-dire dans un tube rétractile, cornéo-membraneux, bifide au sommet, et duquel peut saillir au dehors, par compression, une gaine charnue emboîtant h; pénis corné. L'orifice génital dans les deux sexes s'ouvre sous l'anus. Le système nerveux, après un cerveau de deux ganglions super- et sous-œsophagiens, ofl're trois ganglions thoraciques dont la grandeur relative varie selon les espèces, et six ganglions abdominaux. G. Newporl nous apprend que, dans les premiers états des Forficules, le ganglion terminal de l'abdomen est composé de deux parties distinctes et celui du métathorax de trois ; d'où résulte que' chez les insectes à demi- métamorphoses, comme dans ceux à métamorphoses complètes, cer- taines parties du système nerveux, séparées chez les larves et les nymphes, se réunissent plus étroitement à l'état parfait. Les Forflculiens sont des insectes lucifuges, et, pour cette raison, aiment surtout les lieux obscurs ; ils se cachent sous les pierres, dans les fissures des arbr(>s et des murs, sous les écorces, dans les excrémeuts desséchés, sous les débris. Leur coul(Hir, qui passe du roux bruu au roux lestacé, et rappelle celle des cavernicoles, s'accorde avec ce genre de retraite. Ils vivent volontiers à l'état social, surtout quand ils sont en larves, (l'c'st ainsi qu'on eu trouve souvent dans les feuilles de plantes enroulées par d'autres insectes, et dans des cavités artificielles, ce (|ui l'ait qiu", dans les jardins, on 1(!S prend dans des cornets de pa- pier attachés aux plantes. C'est pourquoi ces insectes peuvent eiilrer dans les oreilles des hommes couchés à terre, non ])as en vertu d'um', inclination spéciaU;, mais ibrtuilement. ('/est peut-être de celte croyance que vient leur nom vulgaire de Pcrco-orcilks; selon d'autres auteurs, ce nom est dû à leur pince anale qui rappelle! par sa forme la pince dont se servaient antrtifois les bijoutiers pour percer le lobule de l'oreille. Les Forficules sont très-voraces et tirent surtiuil leur nourriture des matières végétahis. Elles sucent le nectar des tleurs et rongent les pé- tales et les étamines. Files nuisent surtout beaucoup aux fruits, dont elles dévorent la pulpe. Files se montrent parfois en multitude. M. Westwnod cile un cas où elles ont dévasti- nnn-seulemeni les fleurs 12 ORTHOPTÈRES. et les fruits do la réi^ion, mais des champs couverts de choux. Il faut les attirer par dos appàls-piéges : ainsi des muiceaux de fruits sous un pot reuvtu'sé, les recueillir et les brûler. En l'absence de sulislance végétale, les Forficules peuvent se repaître de cadavres (Latreille), de substances animales ou végétales en putréfaction, de fumier. Si on les renferme dans une boîte sans nourriture, elles se dévorent les unes les autres (L. Dufour), les jeunes larves mangeant le cadavre de leur mère, et aussi huirs frères morts. On rapporte que parfois elles nous sont utiles en dévorant des insectes nuisibles : Kirby a trouvé des Forficules dans des épis de froment infestés de Thrips, et paraissant se nourrir de ces insectes. M. Gorrie a vu les Forficules manger les Cécidomyes (Diptères] du froment. Les ennemis internes des Forficuliens sont des Ichneumoniens (Ilyménopt.), des Filaires, et, d'après L. Dufour, des Gré- garines, à moins que, selon Siebold, les corps réputés tels par L. Dufour, et trouvés à l'intérieur des Forficules, ne fussent des œufs d'insectes. Les Forficules sont très-agiles et courent avec vivacité dès qu'on a mis à découvert le lieu de leur retraite. 11 y a des petites espèces qui volent facilement; les grandes espèces paraissent faire bien plus rarement usage de leurs ailes. Files ont besoin du secours de la pince pour déployer les ailes dont les replis sont si complexes. Cette pince typique du sous- ordre parait être aussi une arme défensive, mais peu redoutable; il faut que les espèces soient de bien forte taille pour qu'elle puisse entamer la peau jusqu'au sang. On rapporte que le L. f/ifiantea relève et incline l'abdomen avec sa grande pince contre son corps, à la façon d'un Sta- phylin, sans doute pour effrayer les ennemis par cette posture mena- çante. Enfin la pince sert dans l'accouplement à maintenir les deux abdomens l'un contre l'autre. Voici en effet ce que rapporte de Geer pour la copulation de l'espèce la plus commune, F. uuricuUiria. Le mâle s'approche à reculons de la femelle, dont il tàte le ventre avec sa idnce pour rencontrer l'orifice vulvaire. Il passe alors l'extrémité de son abdomen au-dessous de celui de la femelle et se joint à elle en faisant saillir le pi'iiis. Ia's deux sexes restent alors tranquillement dans cette position, la pince du mille ap- pliquée contre le ventre de la femelle, et réciproquemcnl ('('lie de cette dernière contre le ventre du mâle ; les deux corps sont alors placés sur la même ligiu', la tète de l'un tournée d'un coté et celle l'autre du côté opposé. Les femelles dépourvues d'oviscaple pondent leurs u'uls dans de petites cavités du sol, sous les pierres, dans les lieux humides. Ces œufs sont blancs et liss(^s, assez grands comparativement aux insectes. Les fenu'Ues ne les laissent pas sans proleclion, mais les surveillent et les transportent çà et là, afin ({u'ils jouissent toujours de [humidité nécessaire à leur évolution. On les voit les rassembler en tas et les couvrir de leur corps, paraissant les couver. Elles les ramassent toutes les fois qu'un accident les disperse, et se placent de nouveau auprès. FORFICULTEINS. 13 I.cs jeiiiu's ku'Vt's, en luiissanl, sont bien plus grandes qu'on ne le croi- rait d'aprùs la grandeur des œufs; elles y étaient fortement compri- mées et se gonflent. D'abord blanches et molles, elles se colorent et durcissent en quel(]ues heures. La mère les retient encore quelque temps auprôs d'elle, leur continuant sa protection. De Geer lésa vues se placer sous le ventre et entre les pattes de la mère, et y rester des heures entières. Les mues des Forficulieus sont encore très-mal coiniucs, et les es- pèces normalement subaptères viennent apporter de grandes difficultés à la distinction nette des larves, des nymphes et des adultes. Frisch n'attribue que trois mues à l'espèce type du genre For/kula restreint, le F. auricularia. Klle devient adulte; au bout de trois mues, non com- pris la sortie de l'œuf. Avant et après la première mue, les larves ne paraissent différer que par la grandeur. On remarque seulement une bordure à la région postérieure du mesonotum et du metanolum comme seuls vestiges d'organes alaires. Après la seconde mue, appa- raissent les rudiments d'élytres et d'ailes, ces dernières munies de nervur.cs excentriques radiées, étendues au-dessus de la base de l'ab- domen et jointes ensemble sur la ligne médiane du metanotum par une membrane un peu incisée au milieu. L'adulte, à organes du vol complets, se montre après la troisième mue. Chez les Labi- dura, la membrane du metanotum, recouvrant les vestiges des ailes, paraît plus profondément excisée ; les adultes des Labidura aptères gardent toujours la forme de larves. On connaît fort peu la structure des larves de la section des Apterijuida. Les sujets munis d'élytres libres, non conjointes ou subconjointes à la suture, subquadrangles, mais dépourvus d'ailes, sont des adultes. II est probable, par analogie, que les nymphes de ce sous-genre privé d'ailes ont, avant la dernière mue, la même structure du thorax que les larves du sous-genre Forfi- cula à la phase qui précède l'avant-dernière mue. Chez les Furficula et Labidura, les élylres complètes ne se montrent qu'à l'état parfait, et sont représentées auparavant par un mesonotum transverse bordé en ar- rière. 11 reste à distinguer les espèces toujours subaptères des Chclidura des nymphes des autres sections. Chez les adultes de ce dernier groupe, et probablement aussi chez les larves et les nymphes, on voit une por- tion du mesonotum sous forme d'un écusson demi-circulaire, et des élytres transverses réunies à la suture, en même temps que le metano- tum dépasse en partie postérieurement un fourreau alaire contimi. La position exacte de ce metanotum se reconnaît bien par les plis laté- raux caractéristiques des segments i2 et 3 de l'abdomen. Dans tous les groupes les larves et nymphes se distinguent en outre à la taille plus petite, à des téguments moins consistants, parfois à un nombre moindre d'articles aux antennes, à la pince plus grêle et |)lus molle; ce n'est qu'à la dernière mue qu'apparaissent les dents ou tubercules qu'offre souvent le segment terminal de l'abdomen et celles 1A oiniioPTî-r.Ks. (lui arment ordinairement à sa base la pince abdominale des mâles. Les s(!xes se reconnaissent dès le premier âge au nombre des segments de l'abdomen et à la l'orme dilVérenle de la pince. On rencontre les Foriiculiens dans toutes les régions de la terre, avec prédominance du nombre des genres et des espèces dans les pays cliauds, suivant la loi la plus habituelle du développement organique. Outre les ouvrages généraux sur les Orthoptères, nous engageons à consulter, pour l'étude des Foriiculiens, uiu'. monographie importante de M. 11. Dohrii, où sont décrites beaucoup d'espèces nouvelles {Vcrsurk eincr Monographie der Dermapteren, Stettin, Entomul. Zcitwuj, I8G0, ]). 35, o09; I86/1, p. 285, hll ; 1865, p. 68; 1867, p. 3/ii). GENRES PRINCIPAUX. Al'ACISV.%, Aud.-Scrv. — Corps Ircs-ik'iiriiiu: ; aiilennes de Ireiilu itrlicies. U.- ('ciissiMi L'ulrc les clylres nllonj^-ées ; ailes Irès-amples, déhonlaiiL Iieaucoiip les élvlies au repos. Abdomen suhrcelaiij^le, sans plis au.\ sei;iiieii[s 2 et 3. l^reniier article des tarses pas plus long ijue le second et simple. Les Forlicules de ce genre sont fort curieuses par le singulier aplatis- sement du corps, dont l'épaisseur ne surpasse guère celle d'une carte à jouer, ce qui indique, à la façon de beaucoup de Blattes, la possibilité de se glisser dans les plus étroits interstices. Le type est l'.l. drpressa, l'alisot-Heauv., ayant eu longueur 25 millimètres, compris la pince, et environ 5 de large, d'un testacé roussàtre, avec bords fauves au prono- tum et aux élytres, de l'intérieur des terres dans le royaume d'Oware, de la (uiinée. Citons encore A. cJiartacca, de llaan, de couleur et de taille analogues, vivant isolément sous les écorccs des arbres morts, à Bornéo et Sumatra. l*V<>BUICR.%IV.^, Aud.-Scrv. — Cin']is médiocrenieut convexe; jilus de vingt- cin(i articles aux aiileinies. l'i'ouiHiun >ulKirculaiie ou carré; un écnsson triani;-ulairc entre les élytres. Abdomen sans tubercules pliciformes aux seg- ments 2 et 3, à dernier segment très-grand, l'remier article des tarses plus long ([ue l(ï second. Les Pygidicraues comprennent de nombreuses espèces des régions chaudes de l'Asie orientale avec les îles Sonda'iques, de l'Amérique méridionale, de l'Australie, la plupart de grande taille. Une des plus anciennement connues est h; /'. V niunnn, Aud.-Serv., du Brésil, pré- sentant une longueur de 30 millimètres, outre une pince de 7 millim. chez le mâle, jaune avec abdomen et pince bruns, un dessin noir en forme de V sur le pronotum, les élytres et l'écusson avec lignes longi- tudinales noires. Le P. eximia, Dohru, des Indes orientales, à corps un peu rugueux, poilu, brun, varié de bandes ferrugiiu'uses, atteint 36 mil- limètres de longueur sur 6 de large, avec une pince de 11 millimètres chez le mâle. Le /'. yicla, G.-Mén., des Indes orienlales cl de Ceylan, est FORFICULIENS.— CVLINDROG ASTER, ECHINOSOMA, I.AIÎIDL UA. I T» asréablcmoiiL coloré, roux, avec trois bandes jaunes sur les élylres, la tète, le pronotum, la partie saillante des ailes, les pattes jaunes, varices de noir. Ces espèces font partie d'iui groupe où la tête est graiule, aplatie, de la largeur du pronotum et où les ailes dépassent les élytres ; d'autres espèces, avec la même forme de tête, n'oiVrent pas d'ailes débordant l(!s élytres; enfin quelques espèces ont la tête ovale, voûtée, plus étroite (jue le protborax. t'I'B-lSiBSSlo&Ag'B'Kia, Stiil. — <;ur))s convexe; tète large et plane; plus de viiii;t ailick's aux aiiteiiiies, 2 à 4 plus courts que les autres, l'rouoluni étroit et allongé ; écusson petit; partie proéiniuente îles ailes coriacée cxté- rieureniciil, nienijjraneuse intérieurement. Abilonieii cylindrii(ue, i>ans pli lad-ral aux segments 2 et 3, le dernier segment grand et globuleux. Pieniier article des tarses [ilus long t{ue le second. Ces Forficuliens font exception au type habituel par leur forme grêle et cylindrique. Ils présentent trois espèces d'un roux testacé, récem- ment découvertes au Brésil aux environs de Rio-Janeiro. î';«'Hi:^'0«®sl.%, Aud.-Serv. — Corps un peu convexe, assez ramassé, hérissé siu- les iiords de poils courts et roides ; antennes de plus de trente ;u-ticlcs, courts, inonililbrmes. Pas (r(''cusson ciûvc. l(!s élytres ; ailes faisant saillie en pointe. Abdomen sans plis latéraux, à s. AlulonuMi allongé, subparallèle, à segments 2 et 3 plicifères. Second article des tarses sinqde. Ce genre est principalement américain, avec une espèce de l'Afrique australe. Nous figurons, pi. lxt, fig. 1, le P. croceipennis, Aud.-Serv. (la, abdomen vu de profil ; 16, tarse postérieur), espèce de la Guyane, (lu Brésil, de l'Amérique centrale, probablement de la Guadeloupe. Gette espèce est longue d'environ 20 millimètres ; en outre, la pince en a 10 il 12. Elle est d'un brun de poix, lisse et luisante, ainsi que la pince, les pattes et le dessous du corps d'un brun jaunâtre. Ce qui frappe les regards, c'est la partie coriacée des ailes débordant les élytres d'environ 3 millimètres et d'un beau jaune brillant. Les branches de la pince du mâle sont fortement arquées près de la base cl ont une petite dent interne peu éloignée de l'extrémité ; celles de la femelle sont en arc d'ellipse allongée, chagrinées, mutiques. Il faut ajouter à cette espèce le P. brunneipennis, Aud.-Serv., moitié plus petit, à pygidium très-proéminent, à tête, pronotum et élytres bruns, la bouche, les trois articles basilaires des antennes et le bout visible des ailes jaunes, la suture de celles-ci, étant brune, de l'Amérique du Nord (l»ensylvanie, Virginie), et ung espèce localisée, le P, bipunctata, S. Scudder, du Massachusetts. I>.%Ul.tL, Leach. — Corps petit, convexe; antennes de dix à quinze articles. Pro- notum un peu plus étroit (}ue la tète;; élytres toujours parfaitement dévelopiiécs ; ailes manqiiant quelquefois. Abdomen élargi [lar le milieu, avec plis bien accusés sur les segments 2 et 3 ; pince petite, avec branches élargies à la base chez le mâle, contiguës chez la femelle. Jambes peu allongées ; second article des tarses simple, le plus iietit, les trois articles de même largeur. Ce genre renferme les Forficuliens des plus petites dimensions. I.a plupart des articles des antennes sont oblongs; en particulier les ar- ticles 2, puis de U à 6, sont remarquablement plus petits que les sui- vants; lavant-dernier segment ventral dans les deux sexes est grand et arrondi, et le dernier segment dorsal moindre que les autres. Le type du genre est le L. minor, Linn., le petit Perce-oreille de Geotfroy. C'est la plus petite espèce d'Europe, longue de Zi à 6 milli- mètres, avec une pince de 2 à 3 millimètres chez le mâle, 1 à 2 chez la femelle. Elle est d'un jaune sale, parfois brunâtre, pubcscente ainsi que la pince. La pince est presque droite dans les deux sexes, et le dernier segment de l'abdomen du mâle se prolonge entre ses branches For.FICUl.Il-NS. — I.OlîOPHOr.A, Ol'lSniOCOS.MlA. l'J eu une pointe comprimée. Elle est de toute l'Europe, de la Sibérie cl des steppes au sud de cette région, et aussi de l'Amérique du Nord. Elle est assez commune en France sur les détritus, sur les fumiers, vivant en société, d'après ("léné, avec des Staphylius, auxquels elle res- semble beaucoup d'aspect, des Oxytèles, des Aléochares. Le L. mimr court très-vite et vole bien, se prend au filet le soir autour des l'umiers, dans les soirées chaudes de l'été, probablement alors qu'il cherche à poudre; il entre aussi dans les appartements, attiré parles lumières. 11 y a plusieurs espèces de Labia de l'Amérique méridionale, et parmi elles la plus petite Forficule connue, le L. Mœklini, Dohrn, brun à poils jaunes, ayant chez le màlc une longueur de 3™'", 5, une largeur de 0""°,75, avec une pince à peine courbée de l'^^jSS. D'autres espèce sont de Ceylan, des Moluques, des îles de la Sonde, de la Nouvelle- Guinée, etc. Il en est d'un éclat submétallique: ainsi L. atiiœna, Slal., à élytres et ailes noires variées de jaune, des îles indiennes ; L. chabj- bea, Dohrn, noir et glabre, du Venezuela, etc. 3.0B0PII«>R.%, Aud.-Scrv. — Tcte ai)latic, aussi longue que large; antennes (le quinze articles et beaucoup plus, le premier gros et coni([ue, le second très- petit, perliforme, 3 cylindrique, 4 et 5 brièvonient oblongs, les suivaiUs cylin- driques. Pas d'écusson ; élytres et ailes développées. Abdomen subparallèle, à segments 2 et ?> pliclfères. Second article des tarses se prolongeant sous le troisième en lobe spatuliforme. Les Lobophores appartiennent aux régions chaudes de l'Asie orien- tale, la Chine, les Indes, les archipels sondaïque et polynésien, la côte nord de la JNouvclle-Hollande. Leur caractère tarsal les fait aussi- tôt reconnaître. L'espèce type et la plus anciennement décrite est le L. mono, Fabr., ou rufdarsis, Aud.-Serv., noir, glabre, brillant, à an- tennes ordinairement de 13 à 18 articles pâles, les tarses roux et poilus, la pince dilatée ù la base chez le màlc et variablement déniée, droite chez la femelle, à branches courbées au sommet et inermes. Cette espèce, dont la longueur varie de ik à 20 millimètres, et, en outre, la pince, de Ix à 7, selon le sexe, a une zone d'habitation des plus éten- dues, comprenant les archipels indiens et océaniques : ainsi Maurice, Ceylan, Pulo-Penang, .lava, Célèbes, Philippines, Viti, Taïli, Owaïhi, etc. toa»aSTBIOCO«*3IiA, Dulu-n. — Corps assez convexe; tète un peu voûtée; an- tennes de dix à quinze articles. Pronotuni beaucoup plus étroit que la tête, subcarré; pas d'écusson; élytres et ailes développées. Deuxième et troisième segments île rabdonien [dicifères. Pattes longu<\s et grêles; second arliclc des tarses court, dilaté. L'hitérèt que présente ce genre exotique, propre aux contrées chaudes des deux continents, consiste dans les appendices variés qui ornent les segments de l'abdomen. Tantôt, ce sont surtout parmi les espèces de !20 UltlHOPJÈUES. Ccyhui, (les Pliilippiiics l'I des îles Soiidaïques, appartcnanl au Lçeuro For/icula des auteurs, les segments postérieurs de l'abdomen du mâle et la pince sont munis de tubercules variés : ainsi les espèces de Suma- tra et de Java décrites par M. de Haan, 0. armata, forcipata, longipcs, insijinis, etc. Bien plus remarquables par la forme étrange de l'abdo- men des mâles sont des espèces constituant le sous-genre Ancistrogasler, Stal. Les segments /i à 6 sont prolongés de cbaque coté en longues épines recourbées en arrière; en outre, la pince aplatie est plus ou moins anguleuse au milieu. Les espèces connues jusqu'à présent sont des régions chaudes de l'Amérique. Tel est 0. spinax, Uohrn, de Mexico, long de 11 millimètres, avec une pince de h millimètres, de couleur brune, les élytres débordant fortement le pronolum. Les seg- ments de l'abdomen de 1 à 2 vont en s'élargissant rapidement, le W' a un arceau dorsal énorme, recourbé de chaque côté et bi-épineu.\, et ses prolongements emboîtent les bords également recourbés des seg- ments 5, 6, 7. La pince, renflée et dentée à la base, figure un losange à angles émoussés, toute crénelée en dedans et avec un crochet courbe uu bout de chaque branche. Chez la femelle, les segments de l'abdo- men ne sont pas spineux et la pince est simple. L'O. maculifcra, Dohrn, du Venzeuela, ofTre les élytres et les ailes ornées de gouttes jaunes. Il y a encore deux autres espèces de ces bizarres Forflculcs, Tune du Brésil, aux environs de Rio-Janeiro, l'autre du Venezuela. FtlKFICl'B.A, Liini. — Autoinies de dix ;i (|uiiize arliclcs. Priiiintiiiii un jn'ii jiliis i''li(iil ((lie 1.1 tète; élytres bien (lévclop|)é(3.s ; jias (l'ociisson ; ailes exis- tantes (III iinlir's. Segiueiits 2 et 3 de l'abdomen munis laléralciiieiit de tnber- eiiles en l'inine de jdis. Pattes courtes; cuisses robustes, comprimées; sccoml article des tarses court, dilaté, bifide. Nous réunissons dans ce genre aux espèces à organes du vol complets celles qui manquent d'ailes et forment le sous-genre Apterygida, Wcst- wood, l'existence de tous les autres caractères ne permettant pas de fonder un genre sur la variation alaire si fréquente chez les ForPicii- liens. Le genre, avec l'extension indiquée, comprend près de trente espèces des deux mondes, moins, jusqu'à présent, l'AusIralie, les îles polynésiennes et la Nouvelle-Zélande. L'espèce type des Forficules est le F. auricidaria, Linn., si commun dans toute l'Europe, le grand Perce-oreille de Geoffroy. La longueur du corps varie de 9 à 15 millimètres chez le mâle, et la pince a en outre de /i à 8 millimètres. La femelle, plus petite, est longue de 8 à 12 mil- limètres, avec une pince de 3 à h. Le corps est glabre et d'un brun ferrugineux, les yeux noirs ; les anteinies dépassent presque le bout visible des ailes et sont d'un testacé plus ou moins vif, de quatorze à quinze articles chez l'adulte, le 1'='' article grand, 2 exigu, 3 oblong, ténu, /i ou /i ('[ 5 obconi(iues, les autres plus longs, grêles, les apicaux FORFICULIENS. — FORFICULA. 21 surtout atténués. Le pronotum, subcarré, plus étroit que les élylros, ost noirâtre sur le disque, avec les bords tcstacés un peu réfléchis; les élytres, subrectangles, sont d'un testacé vif, ainsi que la partie coriacéc des ailes. Les pattes sont testacées. L'abdomen dans les deux sexes est d'un brun ferrugineux, ponctué dessus et dessous, les bords postérieurs des segments roux, le dernier segment dorsal impressionné au milieu, avec quatre tubercules postérieurs, les deux intérieurs siibglobuleux, les externes pliciformes, la plaque suranale étroite. La pince, testacée, enfumée au bout et à la base, difl'ère beaucoup selon les sexes, ainsi qu'il est d'usage chez les Forficuliens. Chez le mâle, les branches ont d'ordinaire une courbure circulaire, dilatées et dentées à la base ; celles de la femelle sont plus courtes, à peu près droites, courbées en dedans au bout. Nous représentons quelques détails anatomiques externes de cet insecte si commun (pi. ixi, fig. 2, lèvre inférieure de F. auricularia, Linn., avec les palpes labiaux et les paraglosses ; 2 a, mâchoire et palpe maxillaire ; 2 6, labre). Ou rencontre une variété mâle, de plus grande taille, dont la pince dépasse quelquefois un centimcMre de long, avec des branches peu dilatées à la base et formant une ellipse plus ou moins ouverte. Beaucoup d'auteurs avaient fait plusieurs espèces [F. média, Marsham, 6orcf///s, Leach, forcipata, Slephens, etc.) avec cette forme curieuse et ses passages au type normal à pince circulaire. La Forficule auriculaire paraît hiverner pleine avec ses œufs. On fait tomber cette espèce des branches des buissons, où elle est engour- die, quand on les bat en novembre au-dessus du parapluie renversé. La ponte a lieu en avril et les petites larves éclosent en mai. Les jeunes larves de cette espèce n'ont que huit à dix articles aux antennes, sont olivâtres avec la tâte noire et brillante, longues de h millimètres au moment de la première mue, à pattes presque dia- phanes, cerclées de brun, sans tubercules pliciformes aux segments 2 et 3 de l'abdomen. Elles atteignent 8 millimètres à la seconde mue, et deviennent nymphes, plus obscurcies que les larves, montrant les tubercules latéraux de l'abdomen, avec des élytres rudimentaires plus courtes que les moignons d'ailes. L'espèce existe dans toute l'Europe et a été trouvée aussi dans l'île de Madère, en Afrique, ainsi en Algérie, et aux Indes orientales, peut-être par importation. Elle est souvent nuisible dans les jardins. Elle s'intro- duit volontiers dans les capitules du Chardon à foulon, du grand Soleil, dans les Oreilles-d'ours, les Roses trémières, etc., et dévore les pétales. En automne, elle ronge avec avidité les fruits gâtés ou sains, particuliè- rement les pommes, en choisissant l(>s plus suaves et hîs plus douces. Cette Forficule est très-gourmande des graines de Melon, et les maraî- chers sont souvent obligés de conserver ces graiiu^s étalées en pleine lumière, seul moyen de les préserver de la voracité de l'insecte lucifuge. Aussi s'esl-on préoccupé depuis longtemps des moyens de détruire les 22 ORTHOPTÈRES. nniostcs Pcrce-orftilles. Ainsi nous citons la recelle siiivanlo, déjà ancienne : « Le moyen de dcirnire le Perce-oreille lient de la coimaissance do ses habitudes. Il évite toujours le soleil et la grande lumière ; se retire sous les feuilles, dans les fissures des écorces d'arbres, sous les plantes grimpantes, sous les pierres. Il suffit donc, pour en rassembler une grande quantité, de placer çà et là, dans les endroits exposés à ses dégûts, tout ce qui peut lui procurer un abri: des poignées de feuilles, de petites bottes d'herbages, de paille un peu humectée, telle que celle qu'on prépare pour attacher la vigne, des bâtons de Sureau creux, des tiges de Soleil également creuses, des paquets de brindilles de toutes espèces d'arbres, de vieux balais, des cornes et ongles de divers animaux, des chiflbns d'étoffes, des torchons ou serviettes, etc. Quand on a réuni un grand nombre de Perce-oreilles, on les écrase ou on les brûle. Il ne faut pas se contenter de les jeter dans l'eau, car ils nagent très-bien et s'échappent. Les poules les avalent avec avidité. » {Ann. de l'agrir. franc.., an ix, t. VIII, p. 106-107.) Une espèce plus petite, bien plus étroite et moins commune que la Forticule auriculaire, est le F. alhijirnnis, Megerle, ou pcdestris, BoncUi, de 6 à !) millimètres dans les deux sexes, avec une pince de 3 à 5 mil- limètres chez le mâle, 2 à 3 chez la femelle. L'insecte est pubescent, d'un roux testacé ou d'un brun de poix, les antennes de douze articles, les élytres et le pronotum d'un gris testacé, dépourvu d'ailes, la plaque anale du mâle avancée entre les branches de la pince. La pince du mâle est presque de la longueur de l'abdomen, dentée à la base et au milieu, la ])ince de la femelle courte et à peu près droite. On rencontre cette petite espèce, comprise parmi les Apterygida, Westw., dans plu- sieurs régions de l'Europe, sur les buissons, l'Orme, l'Aulne, les Char- dons, etc., en été et en automne. Elle est indiquée de Grèce, d'Italie, d(! Suisse, d'Allemagne, de France, en octobre, sur les collines arides de Sèvres (banlieue de Paris), d'Angleterre, en juin, près d'Aslil'ord, comté de Kent. On ne l'a pas trouvée en Russie ni en Suède. H y a encore quelques espèces que des particularités rappellent à notie atleiilion. Ainsi F. ancylura, Dohrn, des îles Philippines, espèce ailée dont le pygidium se prolonge en aiguillon ou épine. F. inclallica, Dohrn, des Indes orientales, de l'Assam, d'un vert métallique, avec la tète et les divers appendices dorsaux et anaux roux, les ailes dévelop- pées, noirâtres, non irisées, la pince plus longue que le corps chez le mule, denticuléo, subdroite, se recourbant au sommet. L'éclat métal- lique, très-rare chez les Forficuliens, indi(|ue probablement un insecte diurne, peut-être carnassier et chasseur. CIIIOV,ini'n.\, l.atr. — Ypux potils ; antoniios do dix à quiiizi' ailirlcs. l'rono- liiiii nu peu plus l'Iniii quo la i^qp; ('dvlros ■ ahortivcs, eu nidifiions Irans- viîpsos, sniilriaiiii-nlaircs, laissant mliv rdji's un écusson .scini-orliicnlain; du ORTHOPTERES PROPRES. 25 mosonolum ; ailes n'nynnt comme vostigo qu'un fourreau cniUiim un reroiivrant pas lout le metanotum. Abdomen subtrapèz(\ allant en s'ûlargissanl vers l'ex- lr(''niil('-, portant les tubercules pliciformes ; branches de la pince très-écartées à la base. Pattes courtes, cuisses robustes, tarses à second article dilate. (le genre, si caraetérisé pur l'élargissemcul graduel de l'abdomen, n'a jusqu'à présent été rencontré que dans des localités montagneuses de l'Europe moyenne. Le type, découvert par Lafresnaye dans les l'yrénées, est le C. dilatata, Lafr., ou optera, Aud.-Serv., à antennes de treize articles, d'un brun châtain, de 12 <à ik millimètres, avec les pinces de U millimLMres et plus. L'abdomen est ponctué, ayant chez le mâle le dernier segment dorsal court, très-large, à amples tubercules latéraux logeant les muscles d'une forte pince, à branches dilatées à la base, très-éloignées entre elles, arquées, presque semi-circulaires, renflées au milieu, à pointes mousses. Le dernier segment reste étroit chez la femelle et de forme accoutumée, car la pince a des branches grêles, triangulaires, pointues et décussées au sommet. Il est très-probable qu'à cette curieuse espèce spéciale aux Pyrénées, et que j'ai reçue de l'Ariége, du Vernet, etc., il faut joindre comme simple race le C. simplex, Lafr., un peu plus petit que le précédent, lui ressemblant beaucoup, dont la pince du mâle peut atteindre 8 mil- limètres. On le rencontre, outre les Pyrénées, dans diverses parties des Alpes, au Saint-Bernard, en août, au mont Rose. Citons encore C. Du- fuuri, Aud.-Serv., de la France méridionale, découvert par L. Dufour ; C. acanthopijgia, Gêné, des Alpes, de l'Allemagne près de Fribourg, de Baden-Baden, de Giessen, de septembre à novembre, près de Franc- fort-sur-Mein, en avril, sur les Pins; C. paupercula, Gêné, des Alpes de la Savoie. Sous-Ordre des ORTHOPTÈRES, Oliv. (moins les l'oriiculieus). Les Orlhoptères propres compreiment plusieurs Iribus, qui pré- sentent un certain nombre de caractères généraux. La longueur de leur corps varie beaucoup, sans tomber toutefois à d(>s dimensions aussi faibles que celles des minuscules espèces de la plu- part des autres ordres des insectes, ainsi de k millimètres environ {Myr- iiiecophila) à plusieurs décimètres dans certains J'hasmiejis; car ce sont les Orthoptères qui offrent les insectes de la plus grande dimension longitudinale, sans y joindre en général une largeur correspondante. On peut dire que ce corps peut prendre toutes ces formes, déprimé, sui)convexe, cylindrique. Il est court ou aHongé, ové ou filiforme, lisse ou rugueux, glabre ou pubesccnt, parfois hérissé d'épines ou d'cxpan- 2/i ORTHOPlfcRES. sions foliacées. Sa couloiir est le plus souvoul lerne, plus rarement brillante ou même métallique. La tête est laulôt médiocre, déitrimée, subcarrée ou subtriant;ulaire, à peu près droite ou dé(li\e(Ortbopt. coureurs), ou bien grande, gl(jini- euse, le plus souvent perpendiculaii-c au corps (0. sauteurs), i.e front est large, le vertex plus ou moins distinct, les joues larges. Les antennes sont filiformes ou cylindriques ou déprimées, ou en massue, ou séti- formes, tantôt plus courtes que le corps, tantôt Ijeaucoup plus longues, insérées au sommet du front entre les yeux, plus rarement sous les yeux, ayant ou peu d'articles (neuf chez les Xya), ou une quantité énorme et sans nombre fixe. Les yeux sont souvent grands, plus ou moins globuleux, arrondis ou réniformes (fjlattiens), quelquefois co- noïdes (des Mantiens), placés aux côtés de la tête, parfois trc'S-éloignés entre eux [(rryllus), ou très-rapprocbés (.4cr/rf/u?n), de couleur variable, le plus souvent changeant après la mort. Les ocelles, qui manquaient toujours chez les Forflculiens, existent chez un grand nombre d'Ortho- ptères propres. Ils font défaut chez beaucoup de Blattiens et chez la plupart des Phasmiens, sont au nombre de deux dans certains genres {Blatta, Periplaneta, Grijllotalpa), de trois chez les Mantes et les Em- puses, la plupart des Grylliens, certains Locustiens et les Acridiens. Le prothorax est, le plus souvent, joint par une articulation libre avec le mésothorax. Il faut excepter les Mantiens et les Phasmiens. La forme de ses deux arceaux est des plus variées. Le mésoihorax est court dans toutes les tribus, sauf les Phasmiens, et le métathorax est le plus souvent développé, toujours en exceptant les Phasmiens. Ces deux seg- ments sont à jointure fixe entre eux, mais le dernier s'unit à l'abdomen par une articulation. Lorsque les deux paires d'organes du vol ou appendices dorsaux sont bien développées, elles paraissent toujours hétéronomes, c'est-à-dire que les ailes antérieures (couvertures, pseudélytres, élytres, selon leur dureté) ont une autre forme et une autre consistance que les ailes pos- térieures ou ailes véritable?. Les pseudélytres sont, ou Ijicn (i\alfs rt elliptiques, ou étroites et allongées, égalant plus ou m(jins la longueur de l'abdomen et même pouvant le dépasser. Leur texture est d'ordi- naire subcoriace, surtout à la base et au bord antérieur; elles sont ou plus ou moins opaques, ou membraneuses et subpellucides. Les ailes sont, la plupart (hi temps, beaucoup plus amples que les pseudélytres, et obligées pour cette raison de se replier en éventail au repos, suivant des directif)ns longitudinales rayonnantes. Elles sont (iuel([uefois opa- ques et même colorées (genre Pliancroplera) au bord antérieur; en totalité ou dans leur plus grande étendue membraneuses, le plus sou- vent hyalines, parfois enfumées, jaunes, roses, rouges ou bleues, avec des taches ou des bandes brunes ou noires. La position relative des pseudélytres est caractéristique chez les Ortho- ptères propres et les distingue des Forficuliens. Elle? sont toujours plus ORTHOPTiT.rS PROPRES. 25 ou moins décussiVs, (•."osl-à-tlin', (|iio l'une recouvre partiellemonl l'autre en long sur une certaine étendue. (Juantl le dos el l'abdonicn sont plats, les pseudélytres restent parallèles au corps; mais, à mesure que celui-ci devient plus convexe et plus arrondi, une portion de plus en plus grande des pseudélytres s'intléchil sur les cotes, de manière à emboîter l'abdomen. Les pseudélytres et les ailes sont, constituées sur un plan analogue et pourvues de nervures, nommées encore veines, eûtes, nerfs, partant de la base et se dirigeant vers le sommet de l'organe; tantôt simples, tantôt ramitiées, avec des nervures transverses intercalées, de sorte que la partie membraneuse est divisée en champs et en aires. Longtemps les auteurs ont négligé l'étude de ces nervures, comme on le fait encore pour l'aile des Coléoptères, mais on est devenu tout récemment plus rigoureux à cet égard. On tire maintenant des caractères classificateurs de cette nervulation, suivant l'exemple donné par .Jurine pour les ailes des Hyménoptères, appliqué ensuite à l'aile antérieure des Diptères. C'est par ce moyen qu'on est parvenu à distinguer certaines espèces d'Acridiens, ainsi dans le genre Stenobothrus, qui se trouvaient dans une confusion inextricable. En outre, c'est là presque le seul moyen de comparer les espèces vivantes aux espèces fossiles, dont il ne reste le plus souvent que des morceaux d'ailes ou de pseudélytres. Il est fâ- cheux que la détermination de ces nervures, outre sa grande difficulté en elle-même, se trouve compliquée par des divergences de synonymie, qui, selon les auteurs, existent non-seulement d'tm ordre d'insectes à l'autre, mais encore dans le même ordre. Le mieux qu'il y ait à faire pour s'y reconnaître, c'est de les comparer sur la nature avec les no- menclatures arides et confuses des auteurs, en choisissant des espèces communes et de grande taille, comme Locusta viridissima, Declicus verrucivorKs, OEdipoda cœrulescens, Grijllus cainpestris, Periplaneta oricn- talis, etc. Nous ne donnerons (lu'un exposé très-rapide de celle ({ucs- tion difficile et peu élémentaire. En partant de la région antérieure de la pseudélytre, se trouve par- fois (ainsi Maiilis, Plianeropfera) une nervure dite marf/inale (de Saus- sure, Fisclier, Heer) ou côte maniinah (Burmeister), ou nervure costale (Kirby). C'est le radius de .Inrine. Plus souvent elle man(]ue. et le bord antérieur n'olfre que la membrane tendre de la pseudélyire. La se- conde nervure, qui peut aussi manquer, est appelée médiàstine par tous les auteurs modernes. Elle tend à gagner le bord antérieur de la pseudélytre, mais, le plus souvent, ne s'étend pas au delà du milieu de celui-ci, et n'émet de rameaux qu'en avant. D'ordinaire plus fine qu(>, la nervure suivante, elle se prolonge parfois vers le sommet de l'organe du vol avec la nervure marginale, ou, lorsque celle-ci manque, lu remplace. Elle fait tout à fait défaut au contraire chez la Mante reh- gieuse, et alors, à sa place, la nervure marginale esl plus épaisse qu'à l'ordinaire. 2f) ORTHOPTÈRES. La troisièmo nervure, plus importante que les deux précétlentes» est nommée hum&nde (de Saussure), principale ou scapulaire (Brunner, Fischer, Ileer), ou poslcostale (Kirby); c'est la côte de Burmeister, qui correspond au cubitus de Jurine dans l'aile des Hyménoptères. Elle est facile à confondre dans son cours avec la médiastine, et peut aussi se fondre avec la nervure suivante. Son étude dans la pseudélytre des Orthoptères exige une grande attention. Tantôt son tronc est simple et se dirige! vers le sommet, ainsi chez le Gryllus campestris ; le plus sou- vent il envoie en avant des rameaux ohhques réguliers ou irrégulière- ment réticulés. La quatrième nervure principale est dite médiane {i\c Saussure, Brunner), ou externo-médiane (Fischer, Heer, Kirby), ou radius (Burmeister, non Jurine). Le plus souvent elle est la plus robuste des ner- vures de la pseudélytre, et tire son origine, avec la nervure humérale, d'un tubercule corné ; elle parcourt toute la longueur de l'élytre, plus près du bord antérieur ou externe que du postérieurou interne. Parfois elle est simple, ou bien elle envoie des rameaux simples ou fourchus (Locustiens), qui, le plus souvent, regardent en arrière. Dans certaines tribus d'Orthoptères, surtout les Mantiens, les Acridiens, il se détache de la base de cette nervure un rameau particulier nommé par Kirby nervure suliexterno-médiane , qui n'existe pas chez les Blatliens. Une cin- quième nervure principale est la discoYdale (de Saussure), ou inframé^ diane (Brunner), ou interno-médiane (Fischer, Heer, Kirby), le cubitus (Burmeister, non Jurine) ; elle n'a absolument rien de fixe et varie selon les tribus, parfois avec un rameau basai interne ou postérieur appelé par Kirby nervure subinter no-médiane ^ importante chez les Acri- diens, où elle est parallèle à la nervure suivante. Celle-ci, la sixième, est dite anale{à.e Saussure, Fischer, Heer, Kirby), ou divisante (Brunner) ; c'est la postcôte de Burmeister. Elle naît le plus souvent d'un nodule ou limbe corné subtransvcrse, et gagne le bord postérieur de la pseud- élytre. Cette nervure est d'ordinaire très-forte chez les Blattiens, où elle présente en outre une forme courbe. Ce double caractère lui a valu le nom de strie arquée que lui donne Audinet-Serville ; il s'est fort peu occupé au reste de la nervulation. Elle est courte et peu distincte chez les Gryllicns et les Locustiens ; elle s'avance plus ou moins vers le bord postérieur de l'élytre, atteignant le second tiers de ce bord chez les Acridiens. Viennent ensuite les nervures axillaires, peu importantes dans la pseudélytre, devenant chez les Acridiens une nervure forte et distincte, di[caxillaire{}]ocT, Kirby), parallèle à la nervure anale. Enfin quelquefois au bord postérieur des élytres se trouve une nervure parti- culière dite suturale, ou bien ce bord est formé par la membrane môme. Les espaces compris entre les principales des nervures dont nous venons d'indiquer la synonymie compliquée sont appelés champs par la plupart des auteurs, aires par M. Kirby. Le champ marginal (aire costale de Burmeister et Kirby) se termine en avant par le bord antérieur de la pseudélytre ou la nervure marginale, quand elle existe, et postérieu- ORTHOPTERES PROPRES. 27 remont par In norvure cxlorno-médiano. Le champ intermédiaire nu (liscoïdal est compris entre la préeédontc nervure antérieurement el la nervure anale en arrière ; entin le champ anal ou axillaire {aire anale (le Kirby) se termine antérieurement par la nervure anale, et postérieu- rement par la nervure suturale, ou, à son défaut, par le bord posté- rieur de la membrane de la pseudélytre. On donne le nom d'aréoles ou cellules aux espaces compris entre les nervures Iransverscs. 11 y a beaucoup d'Orthoptères chez qui l(!s élytres sont raccourcies ou aborlives, de sorte qu'on peut avoir plus ou moins de peine à y reconnaître les nervures et les champs. De même que dans l'ordre des Hémiptères, les Orthoptères otîrent certains j^enrcs dont quelques es- pèces ont la très-grande majorité de leurs sujets subaptères, tandis que certains exemplaires beaucoup plus rares présentent un développement complet des pseudélytres et des ailes, ce qui avait donné lieu autrefois à de nombreuses fausses espèces. Les pseudélytres sont d'ordinaire plus développées chez les mâles que chez les femelles; assez souvent, chez les femelles, les élytres et les ailes sont axoriéos {Peripkmeta orientalis, certaines Mantes), ou manquent complètement {Ueterogamia œgyptiaca) ; enfin les deux paires d'organes du vol peuvent disparaître entièrement : ainsi dans beaucoup de genres de Phasmiens (Bacillus et d'autres ex- clusivement exotiques), dans le genre Raphidophora (Locustiens), la plu- part des espèces de Polijzosteria (Blattiens). Les pseudélytres des Orthoptères se rapportent théoriquement, pour la forme, à un rectangle allongé dont la petite base s'insère au mesono- lum. Au repos, la pseudélytre ne se plie pas, sauf toutefois la partie liostérieure du champ anal des Mantiens, et une membrane transpa- rente qui, chez les Blattiens, rattache le champ anal au mesonotnm; (die se plie au repos et se déploie (luaud la pseudélytre prend la position du vol. Il est digne de remarque que, dans les trois tribus des Orthoptères sauteurs, l'organe qui sert à la stridulation chez les mâles se trouve dans les divers champs des élytres. Les Grylliens le possèdent dans le champ intermédiaire, les Locustiens au champ anal. Chez les Acridiens, iiù le mode de siridulation est tout diO'érent, les aréoles de certaines por- tions de la pseudélytre, dites aloi's dilatées, sont plus amples que les autres, et servent à la résonnanc(i par le fait acoustique de la transmis- sion vibratoire des membranes; elles appartiennent tan l(')t au champ marginal seul, tantôt aux champs marginal et discoïdal, et cette diffé- rence de position peut même exister dans les diverses espèces d'un même genre, Stenohothnis par exemple. L'aile ressemble schématiqin^ment à un triangle qui serait attaché au metanotum par un de ses angles. En général, elle est un peu plus courte que la pseudélytre et cachée par elle au repos. Parfois les pseudélytres développées ne recouvrent que des ailes in- complètes ou nulles : ainsi chez les Corydia (niattiens), dans les fcnielles de PhrjUium (Mantiens), etc. Si l'aile est construite sur le mt-me plan 28 ORTIIOPTËRES. que la pseiulélylro pour les nervures cl les champs, ses dimeusions bien plus grandes en largeur, sa fonction beaucoup plus importante pour le vol, le reploiement au repos dans son étendue la plus considé- rable, amènent certaines différences nécessaires à signaler. On doit y distinguer deux parties séparées dans le sens horizontal par un pli à l'état de repos. L'une, la plus longue mais la plus étroite, est la partie rtn^;r«>«re ou /)î ce centre, gagnant comme des rayons les périphéries extérieure et posté- rieure de l'aile. Entre ces nervures rayonuées sont intercalées des ner- vures intermédiaires, qui montent comme de la périphérie vers la base de l'aile, s'en rapprochant plus ou moins selon les tribus. L'aile présente sur le metanotum deux articulations. La pr(Miiière, ou humérale, est une articulation active, servant au déploiement de l'aile, et exigeant la contraction continue des muscles. Le levier de cette arti- culation est la nervure humérale qui décrit un quart de cercle en avant pour se placer à angle droit sur l'axe du corps, entraînant avec elle toute la partie antérieure de l'aile, qui amène à sa suite le champ anal, obligé aussi de se déployer et de rester étendu. Il faut, pour cet état d'extension, un effort soutenu d(! l'animal, car l'élasticité des rayons axillaires tend sans cesse à resserrer l'éventail du champ postérieur, et, par cela même, à solhciter en arrière la partie antérieure. Le reste de la base de la partie antérieure de l'aile se fixe au bord latéral du méta- thorax par une palmette membraneuse souple, portant suspendues ORTII01>TÈRES PHOPRLS. 29 Iruis pièces coriacéeis {osselets do (^liubrier), permellaiiL pur k'iii' joii l'acile le repli de l'aile. Si la partie antérieure de l'aile était rigide dans tonte sa largenr, l'iiiseete ne pourrait la ranii'iier sur son dos, et elle resterait toujours étendue ; mais, (piand la nervure humérale tourne en arriére, la palniette postérieure souple de l'articulation humérale se chillonne, et forme en dessous vui repli qui cède au mouvement de la partie humérale. La seconde articulation de l'aile, dite axillairc^ est véritablement in- directe et passive, et sert au repli ou duplicature de l'aile. Elle est en- core plus souple que la palmette postérieure de l'articulation humé- rale ; elle se relie au corps par une pièce cornée, nommée carré axil- laire par H. de Saussure, s'attachant d'une j)art au fond d'une fossette latérale du metanotum, et de l'autre à l'arcade formée par la réunion basilaire des nervures axillaires. Quand l'aile est ramenée au repos sur le corps, sa région humérale s'applique sur le dos de l'insecte et se trouve recouverte et protégée par la pseudélytre. Comme l'aile tout entière est beaucoup trop grande pour se dérober ainsi sous l'élytre, il faut ([ue son étendue soit diminuée de toute la surface du champ anal. Dans le retour de l'aile en arrière, le bord postérieur de la partie hu- mérale entraîne l'extrémité antérieure du champ axillaire, et oblige celui-ci à se renverser en dessous suivant un pli longitudinal, qui se forme dans la bande membraneuse comprise entre la nervure divisante et la première nervure axillaire, et souvent même aussi sur cette pre- mière nervure axillaire. En même temps l'arcade axillaire, formée par le faisceau basilaire des nervures axillaires, est ramenée sur le dos de l'insecte au moyen du carré axillaire, et les nervures rayonnées du champ anal se plissent eu éventail par leur élasticité même, sans au- cun eifort de l'insecte. On s'en assure facilement, sur un sujet mort ou ramolli, en développant l'aile artitlciellement, en l'abandonnant ensuite à elle-même. L'éventail ainsi constitué, devenu moins large que la [iartie antérieure de l'aile, et en outre replié en dessous contre sa face inférieure, se trouve protégé et par la région antérieure, et parla pseudélytre ; c'est en etfet là que la membrane est le plus mince et le plus susceptible de déchirure. Les côtes ou bords supérieurs de l'éventail sont formés par les nervures radiées les plus fortes, et les bords infé- rieurs par les nervures les plus ténues. Les arceaux inférieurs du thorax dojuient attache aux pattes, qui servent à établir les subdivisions fondamentales des Orthoptères. Le trochantcr s'atrophie dans les pattes postérieures des Orthoptères sau- teurs. Le nombre des articles des tarses varie suivant les tribus, ainsi que les pelotes tactiles dont ils peuvent être munis en dessous, et l'existence ou l'absence de Varolie, ou pelote libre entre les ongles. Une première section d'Orthoptères est formée par les coureurs, qui correspondent à la tribu des Blatliens. Les six pattes sont pareilles, comme chez les Forficuliens, mais plus longues et comprimées. Les 30 ORTHOPTÈRES. marcheurs comprenncul doux tribus, les Maniions ol les Phasmiens. Chez les premiers, les pattes antérieures sont modifiées pour la chasse, sont devenues ravisseuses, sans qu'on doive trouver là autre chose qu'une division accessoire ; de même que, chez les Névroptères, on ne peut pas séparer les Mantispes, à pattes do devant ravisseuses, des Ha- phidies. Los Phasmiens ont toutes les pattes marcheuses, le plus souvent longues, ténues, côtelées, parfois foliacées. Les Orthoptères sauteurs ont les pattes postérieures à cuisses plus ou moins longues et épaissies, servant à un saut de force variable; ils comprennent les Grylliens, les Locustiens, les Acridiens. Par une modification spéciale et secondaire, les Grylliens ont des genres fouisseurs au moyen d'une conformation appropriée ou des deux pattes de devant {Gnjllotatpa), ou des quatre {Jîya ou Trkiactylus) ; enfin quelques genres d'Acridiens exotiques du type des Tettix ont les quatre pattes postérieures adaptées à la nata- tion; le genre Prisopus (Phasmiens) est également aquatique. Les di- verses parties des pattes des Orthoptères peuvent présenter des épines fixes ou des épines mobiles {calcar), surtout aux jambes postérieures des sauteurs. L'abdomen des Orthoptères est tantôt plan et déprimé, tantôt con- vexe, cylindrique, oblong ou ovale, composé de sept à onze segments, avec beaucoup de variations, chaque segment offrant les arceaux dor- sal et ventral diversement associés selon les groupes. Chez les coureurs et les marcheurs, ces arceaux sont subégaux, et forment souvent par leur jointure un bord externe de l'abdomen aigu, de sorte que les stig- mates situés entre chaque segment ne sont pas toujours apparents, même sur l'insecte vivant. Les sauteurs ont en général les arceaux du dos beaucoup plus larges que ceux du ventre, de sorte qu'ils contour- nent en se recourbant les côtes de l'abdomen ; les arceaux ventraux des Locustiens ont même perdu la forme d'un demi-anneau, et prennent l'aspect de plaques polygonales ou transverses. 11 y a une paire de stig- mates entre chaque segment de l'abdomen, excepté entre le dernier et l'avant-dernier. Le nombre des segments apparents est le plus souvent moindre à la région ventrale de l'abdomen qu'à la région dorsale, et, chez les femelles, le nombre des segments est en général moins grand que chez les mâles, ce qui fournit un caractère sexuel. L'extrémité terminale de l'abdomen des Orthoptères, ou, pour parler plus exactement, le dernier segment et l'avant-dernier (et même chez les Phasmiens l'antépénultième) présentent divers appendices situés contre l'anus et les organes génitaux, et qui sont d'une grande valeur pour les distinctions spécifiques et sexuelles. Le dernier segment de l'abdomen difl'ère par la forme et souvent parla grandeur dans le maie et la femelle de chaque espèce. Nous appellerons avec Audinet-Serville sa partie dorsale plaque supra-anule ou suranale; sa partie ventrale {plaque subanale de Serville et Rambur) est nommée par les auteurs modernes, d'après M. de Lacaze-Duthiers, plaque subgénitale ou sous- Or.TIIOPTÈRÉS l'ROPRT.S. 31 :énitale (1). Ea oulrc, l'abdomen est Irùs-soiivonl prolongé par des ap- endices grêles, qui ont, été longtemps confondus les uns avec les autres, et ont reçu des auteurs un peu anciens les noms les plus divers, tels que soies, filets, cornicules, pièces caudales, etc., sans aucun carac- tère certain. Seul, de Geer avait fort bien distingué les deux paires très- différentes de ces organes; mais ses noms ne sont pas restés, et les des- cripteurs emploient aujourd'hui les noms choisis par MM. Burmeister et Kirby. Les cerques {{.Ta.d. franc, de cercej sont deux appendices symétri- (jues, les cornicules de de Geer, faisant saillie en dessous et sur les cùhis de la plaque suranale, existant dans les deux sexes, souvent beaucoup plus petits chez les femelles et autrement conformés que chez les mâles, tantôt articulés, tantôt inarticulés, longs ou courts, parfois exigus. Leur présence est presque constante. Selon Burmeister, ils cor- respondent aux deux branches de la pince des Forficuliens ; ils sont les homologues des appendices foliacés des mâles et des femelles des Libelluliens, si bien étudiés et dessinés par Toussaint de Charpentier dans ses Horœentomologicœ: c'est un argument de plus pour la réunion rationnelle des Libelluliens aux Orthoptères. Une seconde paire d'ap- pendices offre une bien moindre fréquence, ils n'existent que chez les mâles. Ce sont les styles {styli, les mucrones de de Geer) cylindriques, droits, toujours inarticulés, insérés de chaque côté à articulation libre au bord postérieur de la plaque subgénitale, courts ou très-courts, parfois même mutilés à l'état parfait et plus visibles chez la nymphe (quelques Blattiens). On rencontre les styles dans la plupart des Blat- tiens, des Mantiens et des Locustiens, très-rarement chez les Phasmiens (genre Phasma); ils manquent chez les Grylliens (sauf peut-être le genre Xya) et les Acridiens. L'ouverture de l'anus chez les Orthoptères est placée au-dessus de l'orifice externe des organes génitaux, et est recouverte par la plaque :^uranalo. L'orifice génital est placé entre les cerques et la plaque subgénitale ; c'est de lui que sort le pénis turgescent des mâles pendant le coït, et que proviennent les œufs pondus parla femelle. Un appareil extérieur aide habituellement à cet acte. Chez les Blattiens, où les œufs sont enfermés dans une capsule commune ou oothèque, la lame sub- génitalc des femelles est souvent bien plus ample que chez le mâle, subconcave, carénée ou même fendue dans son milieu, à l'instar de deux valvules. Chez les Mantiens, les plaques ventrales dernière et avant-dernière des femelles aident à la ponte d'une façon analogue. Le^ IMiasmiens ont l'orifice génital femelle caché avec ses valvules sous l'opercule vaginal (Burmeister), appendice de l'antépénultième segment ventral. Les Grylliens (à quelques exceptions, comme Xya, Gryllotalpa) ont un véritable oviscaptc saillant, parfois de la longueur de l'abdomen ou plus long même que le corps, droit ou subdroit, ou bien courbé ou (1) Ana. sciences natur.^ ZooL.,3° sér., 1852, t. XVII, i)»207. 32 Or.TIlOPTÈRLS. falqiié, lisse ou riigucuv, souvonl dentelé sur les bords. Il consiste en quatre pièces ou demi-tubes : deu\ internes, formant par leur accole- ment la gouttière dans laquelle passe l'œuf; deux externes, servant de valves on fourreaux à ce tube. Les Acridiens ont les orgaiies bien plus courts, en forme de crochets cornés, deux supérieurs, deux inférieurs recourbes en dessous, servant à déposer les œufs en terre par leur écartement, puis à les cacher en ramenant la terre. Les sexes se distinguent à l'extérieur des Orthoptères par les diffé- rences de forme du dernier segment abdominal (plaques suranale et subgénitale) et souvent encore du segment précédent et même de ranté|)ériultième (Manliens, Phasmiens), par le nombre des segments de l'abdomen au dos et au ventre, la forme des cerques, la présence ou l'absence des styles pour beaucoup de genres, l'existence de l'oviscapte, parfois l'aspect de la tête et des antennes {Empusa, Slenobothriis, section des Gomphocerus). L'évolution variable des élytres et des ailes, presque toujours plus complète chez les mâles, donne aussi de bons caractères, ainsi que la présence ou l'absence des organes stridulants des deux types chez les Orthoptères sauteurs. Le développement graduel des Orthoptères offre beaucoup moins de netteté que pour les insectes à métamorphoses complètes. Leurs mues n'ont pas plus d'importance que les changements de peau des chenilles, et paraissent une simple affaire d'accroissement, analogues aux mues si nombreuses des Crustacés, notamment de l'Lcrevisse de rivière. Les auteurs attribuent aux Orthoptères de trois à six mues; elles peuvent en réalité, pour certaines espèces, dépasser beaucoup ce nombre, et pouvoir aller à douze et peut-être plus. Une grande difticulté d'obser- vation résulte de ce qu'ils dévorent d'habitude la dépouille cutanée dont ils viennent de sortir, et qu'il n'en reste plus trace au bout d'une demi-lieure, fait qu'ofl'rent aussi un grand nombre de chenilles qui mangent leur peau. Le mot de larve est impropre pour les premiers états de l'insecte, où, sauf les ailes, ou a tout à fait l'aspect de l'adulte, et où souvent on reconnaît déjà les organes sexuels encore inaptes à la fonction ; celui de jeunes serait préférable pour ces nombreuses mues. De même, l'état de nymphe qui précède la dernière mue, et dans lequel on voit apparaître les rudiments des organes du vol, n'est pas l'analogue de la chrysalide ou de la pupe, sorte de second œuf où les organes internes éprouvent comme une nouvelle genèse; ou devrait l'appeler instar imayo ou subimago. Au sortir de l'œuf, et parfois après plusieurs mues, il n'apparaît au- cun vestige des élytres et des ailes; le mesonotum et le metanotum ont la forme d'étroites lames transverses. 11 est très-difficile de distin- guer de cette première forme certaines espèces qui, même adultes, sont complètement aptères {Bacillus, Myrinecophila, certains Gryllus, Rhaphidophora) ; on aura alors recours à la taille, à la dureté des tégu- ments, au nombre d'articles des antennes, au déveluppement des or- ORTHOPTÈRES PROPRES. 33 Jaunes gûiiUaii.v externes. Il faut remarquer (juc les ruiiimeuLs de ceii.v-ci apparaissent de trùs-bonne heuri! : ainsi, dans les larves naissantes de Lucusta viridissima et de Deciicus verrucivorus, on aperçoit déjà, à la loupe, les vestiges de l'oviscaple à Fextrémile de l'abdomen, caractère du sexe femelle. Souvent après la première mue commencent à appa- raître les vestiges des élytres et des ailes, sous forme de lobules, un peu dilatés aux angles postérieurs des '2"^ et 3*^ segments dorsaux du thorax. Après l'avant-dernière mue, se montrent les fourreaux de ces organes, en continuité avec les segments dorsaux qui les portent, dressés le long du corps et non pendants sur les côtés. Enfin, surtout chez les sauteurs, les fourreaux des élytres, insérés au mesonotum, atteignent le dos de l'abdomen par leur propre bord inférieur, et sont couverts en partie extérieurement par les fourreaux des ailes attachés au metanotum. C'est ce que de Charpentier définissait eu disant que les nymphes ont les ailes extrinsèques et les élytres intrinsèques, tandis qu'après la der- nière mue, à l'état adulte, les élytres prennent la position inverse, et recouvrent toujours les ailes au repos. On a longtemps éprouvé de grandes difficultés à séparer des nymphes les espèces adultes qui ont, soit pour tous leurs individus, soit pour le plus grand nombre, des élytres raccourcies et en écailles, ou seules ou avec des ailes rudimcntaires en dessous. Le caractère distiuctif certain, c'est que les fourreaux sont tou- jours des prolongements postérieurs des arceaux dorsaux des nymphes, tandis que chez les adultes les petites élytres ou ailes sont distincte- ment séparées du segment dorsal par une articulation, et de plus pendant plus ou moins latéralement au repos, à plat sur le corps. Il faut toujours examiner en outre la taille, la consistance des téguments, les antennes et les appendices génitaux, les valves de l'oviscapte, molles et écartées chez les larves et les nymphes. Cette étude de l'évolution indique au naturaliste classificateur l'im- portance philosophique de telle ou telle partie pour l'établissement des genres ou même des groupes supérieurs, et quels sont ceux qui restent seulement spécifiques. Les organes qu'oii peut appeler typiques sont ceux qui apparaissent déjà avec une forme si nette dans les larves, que, lors des mues suivantes, ils ne changent pas, ou à peine, n'éprouvant que des modifications de grandeur : ce sont la région frontale et le vertex de la tète, le prothorax, surtout le pronotum, les pièces sternales, les pattes et l'abdomen, sauf les derniers segments. Les organes de la seconde série, qu'on peut nommer évolutoires, sont les élytres et les ailes, les appendices anaux, c'est-à-dire les cerques, les styles et l'ovi- scapte, les derniers segments abdominaux eux-mêmes, les épines de pattes, les antennes. Les généralités de l'introduction nous permettent d'être très-bref à l'égard des organes internes, et de n'indiquer que quelques particu- larités tout à fait spéciales. Le système nerveux ne varie pas de la larve à l'adulte, de même que l'aspect externe change peu. Le cerveau, ou GIRARD, JI. — o U\ ORTHOPTERES. ganglion supra-œsopliagicn, csl Corme dajis les Acridiens, d'après L. i)ii- luLir, de deux hémisphères conligtis. La moelle ventrale, reliée au gan- glion céphaliquc infra-œsophagien, est composée, chez les Orthoptères, de trois ganglion? thoi'aciijiies, et de quatre, cinq {OEdipoda fasciata ou eœrulescens], six ou sept ganglions abdominaux, réunis par deux com- missures longitudinales, non pas doubles, comme on l'a cru autrefois, mais quadruples dans la chaîne parcourant le corps (Newport, Ilagen). Le nombres des ganghons abdominaux ne correspond pas au nombre des segments de l'abdomen extérieurement visibles, et, en outre, la portion abdominale de la moelle peut èlr(î plus longue que l'abdomen {Gryllus, OEdipoda fascialà), et par suite flexucuse, ce que L. Dufour considérait comme un signe de perfection. Outre ce système nerveux principal, les Orthoptères ont aussi les sys- tèmes nerveux de la vie organique ; le système reproducteur ou intes- tinal (récurrent, stomato-gastrique) est asymétrique, sur la face dorsale de l'œsophage et de l'estomac chez les Orthoptères coureurs et mar- cheurs, symétrique et très-développé chez les sauteurs. Le système dit respiratoire (surajouté de Lyonet et de iNewport ; grand synipathique^ M. E. Blanchard) a été très-bien reconnu et décrit par Newport dans les genres Gryllotalpa et Locusta. Quant aux organes des sens, il y a des particularités spéciales pour celui de l'audition. Ce sens est évidemment très-développé chez les Orthoptères sauteurs, dont les mâles, afin d'appeler les femelles, sou- vent d'une grande distance, stridulent avec une activité infatigable souvent jusqu'au milieu de la nuit. Outre l'audition très-probable et générale des anteimes, on trouve chez eux un organe ressemblant à un tympan ou oreille localisée, noii pas à la base des antennes, comme chez les (à'uslacés décapodes, mais dans une position éloignée de la tète, où l'on est toujours porté à chercher l'oreille, par analogie avec les vertébrés. Nous aurons à en reparler chez les Grylliens et Locusliens, où il SI! trouv(! à la base des jambes antérieures, et chez les Acridiens, (|ui le présentent de chaque côté de la base du premier segment de l'abdomen. Les ocelles des Orthoptères sont souvent atrophiés ou nuls. Leur cornée est aplatie chez les Blattiens, les Grylliens et les Locustiens, convexe chez les Mantiens et les Acridiens. Tous les Orthoptères ofit les yeux composés, même dans une espèce cavernicole, le Raphidophoru ravicola. ils peuvent être plats ou déprimés, ou au contraire globuleux, soit arrondis, soit réniformes {Pcriplaneta orientalis), parfois très-curieux par leur forme en pointe conique (certains Mantiens). La grandeur des cornées varie dans le même œil, ainsi clh^s sont plus grandes au nnlieu, dans la Courtilière, qu'à la périphérie ; leur forme est hexagone. Elles sont ou à face très-convexe {Crijllotalpa], ou peu Convexe (Locusta), ou subplaiie (Maiitis). Les cristallins placés derrière ces cornées sont courts chez les Mantes; ils sont tantôt coniques (Blattes, etc.), tantôt hexagonaux ù angles obtus (Locusta, Man(is). Avant ces cristallins, ORTHOPTERES PllOmES. ô.) dans la grniidc, Saulcrcllc verlo, esl une malii>re comparable à riuiineiir aqueuse. l,('s flleirf nerviuix, irradiés du nerf opli(iuc et se rendant k ebaquc cornéule, sont munis d'une gaîne visible, et un pigment de cou- leur variable lapisse rintéricur des corneules. Le nombre des eoi'iu'es et h' ciriiiil dos yeu\' e()ni])(isés auL^menlcnt avec les mues, de manière à (Mre moiiulre cliez l(!s larves que chez les adultes. l.fs Orlbuptères sont les i^ros mangeurs de la création enloin()iogi(|ue ; aussi leur tube digestif (îst compliqué. Des glandes salivaires variées occupent le lliorax. lîn œsopluige musculcux st; termine le plus souvent jiar un rennement {jabot, L. Dufour). Il est suivi h; plus suuvenl d'un pruvenlricule musculcux (f/râ/er, L. Dufour). D'après (Joldfuss et Erich- son, cet organe n'est nullement un gésier ou ventricule masticateur; les aliments ont déjà pris la forme fluide avant d'y pénétrer, et cela dans l'œsophage, dont l'action musculaire est bien plus considérable que celle du provenlricule. En outre, celui-ci n'existe pas chez les Or- thoptères qui tirent toute leur nourriture des plantes, les Acridiens et peut-être les Phasmiens (l'anatomie interne de ces insectes presque tous exotiques est fort mal conmie); on le rencontre au contraire dans les Maniiens, ravisseurs carnassiers, et chez les omnivores (Blattiens, Gryl- liens, Locustiens), comme aussi chez les Forficules. Vient ensuite le ventricule ou eslomac, souvent entouré à son origine de cœcums ou évaginalions aveugles, manquant chez les Phasmiens (et les Forficules), au nombre de deux chez les Grylliens et Locustiens, de six à huit chez les Blattiens et les Mantiens. D'après les auteurs allemands, la fonction hépatique est dévolue à des cellules biliaires contenues entre les deux membranes du ventricule, et surtout dans ses appendices, où ne pénè- trent pas les aliments. A son extrémité inférieure ou pylorique de l'es- tomac s'insèrent les organes urinaires ou canaux de Malpighi en nom- bre considérable chez les Orthoptères, très-longs et très-ténus, ils v(U'sent le plus souvent leur contenu d'une manière directe à l'extrémité du ventricule; plus rarement leur sécrétion est recueillie dans un conduit alTérent commun qui s'insère au pylore (ainsi GrylloUilpa). Le tube digestif se termine par l'intestin proprement dit, formé d'un infestin urèle ou iléum {côlon de L. Dufour), h^ plus souvent étroit et court, puis d'un intestin r(îctum épais, muni, comme d'habitude, de bande- lettes musculaires longitudinales. Cau-tnins Orthoptères ont des glandes anales destinées à éjaculer par l'anus ini liquide particulier. Chez la Courtilière commune se trouvent de cha([ue côté, contre l'anus, des ghuidules dont la sécrétion est reteime de cha(iue côté dans un réser- \(»ir contractile, et sort par intervalles d(' l'anus. Les larves et nymphes des Orthoptèn^s, ayant le même ré.uimc (juc leurs adultes, ont à peu près la même sinictnre de rintestin; chez l'embryon, ses reudemenls sont très-distendus par l'abondance du vilellus résorbé. Kirby a fait voir que chez les Orthoptères, ainsi (|ue dans beaucoup d'autres insectes, la longueur du tube digestif n'est pas 36 OllTilOPTtUES. en rai)i)()i'l avec la iialiin' des aliments, selon la loi des Mammifères. Le tube intestinal des Locustiens, qui, outre les herbes, les feuilles et les fruits, dévorent aussi des insectes, est jilus loni;' ([ue le corps et flexucux, tandis que chez les Acridiens, qui sont des pliytophaj^es, il est en ligne droite. Le corps graisseux, tissu rempli de cellules adipeuses, est fort abon- dant et surtout accumulé dans l'abdomen, autour des organes génitaux et dans le temps du coït. La plus grande quantité de graisse paraît exister chez les espèces qui vivent très-longtemps, comme les Gryllus, les Ephippigera, et aussi, d'après L. Dufour, chez les espèces qui pas- sent l'hiver cnlclhargie. Cet auteur a trouvé dans VAcridium lineola un coi'ps graisseux bien plus abondant à l'entrée de l'hiver, et même en hiver, qu'aux autres époques. La substance de la graisse est très-téiuie, tantôt blanche, tantôt jaune pâle, tantôt safranée, et remplie de points plus obscurs. Les lames et lobules formés par les cellules adipeuses sont enveloppés par de nombreux rameaux trachéens ; quelquefois, dans la cavité abdominale des adultes, on trouve des cellules libres et isolées contenant de la graisse fluide. Le vaisseau dorsal ou série des cœurs est formé de huit chambres contractiles chez les Orthoptères. Les trachées sont d'autant plus nom- breuses dans chaque tribu, que la vie y est plus active; aussi leur nombre le plus considérable est dans les Orthoptères sauteurs. Dans les Bhittiens (comme aussi les Forficules), les racines aboutissant aux stig- mates tombent dans deux troncs latéraux, desquels les ramifications des trachées divergent dans tous les organes. Elles aboutissent dans les autres tribus à un réseau trachéen ayant de nombreuses anastomoses longitudinales et transverses; chez les Acridiens, qui sont les Ortho- ptères doués de la plus grande puissance de vol, beaucoup de leurs rameaux sont dilatés en saccules ou vésicules aériennes, ce qui est en rapport avec les funestes et lointaines migrations de plusieurs de leurs espèces. De même que d'autres ordres d'insectes à l'état adulte, les Or- thoptères propres (et aussi les Forficules) offrent ces singulières protu- bérances ovales du rectum, souvent entourées d'un anneau corné, signalées par de Siebold, et où se dispersent des ramusculcs trachéens. Ualhke a trouvé, dans les embryons de la Courtilière, un organe parti- culier qui est peut-être une brancliie fœtale. Les amas localisés de cel- lules' photogènes, produisant la phosphorescence, liée si intimement h la respiration, n'ont jamais été trouvés chez les Orthoptères. Nous mention luu'ons seulement certains faits particuliers à l'appareil génital. Les ovaires des femelles des Orthoptères sont formés de uom- br(ui\ tubes ou fuuicules polythalanu's ; c'est à l'extrémité aveugle la lus ténue de ces liibes que prennent naissance les vésicules germina- ivcs des œufs, et elles s'entourent peu à peu de granules vitellins colo- és. Les œufs prennent successivement leur évolution complète à me- sure ([u'ils desceiulent vers l'oviducte. Il existe un renflement muni ORTHOPTÈRES PROPRES. 37 d'an pétiole, et qui est un réservoir séminal, dont l'evlrémilé est dila- tée en capsule chez les Acridiens ; il y a deux ou plusieurs de ces ré- ceptacles chez les Blattiens. L'autre réservoir de sperme, qu'on appidle la poche copulalrice, manque, selon M. Fischer, de Frihourg, chez les Orthoptères propres, tandis (ju'il existe chez les Forficuliens. Une étude aiuitomique et surtout morpli()loi;i(|ue trùs-iutéressanlc, et qui reste à faire, est celle des glandes accessoires de l'organe génital femelle, servant à produire l'enveloppe et les cellules des oothùques dans les Blattiens et les Mantiens, la matièi*e spumeuse qui est versée sur les ceufs pondus parles femelles des Acridiens, la coque des œufs indivi- duels. Les œufs des Orthoptères son! le plus souvent lisses, brièvement ovales {(injllotdlpa) ou elliptiques, ou oblongs (Locustiens, Acridiens). Ii'après M. Westwood, ceux des Phasmiens sont souvent en forme de barillets élégamment sculptés, et munis d'un opercule artistement adapté. Les testicules des mâles sont tantôt séparés, chacun sous sa tuiu'que propre, tantôt réunis en un faisceau asymétrique sous une luiii([ue commune, dans la ligne médiane de l'abdomen (lilattes, Œdi- podes). Le canal déférent de chaque testicule est le plus souvent court; mais les Grylliens et les Locustiens le présentent long ou très-long et enroulé en spirale ; souvent une dilatation ou vésicule séminale existe à l'extrémité inférieure de chaque canal déférent. Il y a aussi des glandes accessoires non encore étudiées et privées de spermatozoïdes ; chez quelques Grylliens et Locustiens certaines de ces glandules doivent sécréter les spermatophores. Les spermatozoïdes, capillaires et très-vifs, se voient dans les utricules du testicule, tantôt sans ordre (Blattes), la;itùt groupés en faisceaux ; ils se meuvent peu à peu dans les canaux déférents. Chez certains Locustiens, ils s'associent en longs corps pennés de l'aspect le plus élégant, par la vibration très-rapide des extrémités libres des spermatozoïdes (Siebold). Ce savant a rencontré chez les femelles pleines de ces mêmes Locustiens {Locustœ, Decticus), dans le réservoir de la semence, des utricules piriformes, munis d'un pétiole court et d'une membrane solide, qui étaient remplis de spermatozoïdes, et paraissaient jouer le rôle des spermatophores de certains Mollusques céphalopodes. Lespés a également trouvé des spermatophores cliez les (Irillous. Jusqu'à présent l'hermaphrodisme, bien avéré dans plusieurs ordres d'Insectes, n'a pas encore été constaté d'une manière certaine chez les Orthoptères, Les positions d'accouplement et les modes de ponte n'ont rien de général et seront indiqués aux généralités sur les tribus. 11 en est de même de la stridulation, qui est un accessoire de la reproduction. La plupart des femelles des espèces européennes déposent leurs œufs en automne; les larves en sortent au printemps suivant (avril, mai), subissent leurs mues, deviennent adultes vers l'arrière-saison, et, après la reproduction opérée et la ponte, ces insectes meurent, n'ayant vécu qu'uiu" année, il y a au coTitraire quel([ues Orthoptères (jui biverueiit. 38 ORTHOPTÈRES. soit adultes, soit aux T'ials antérieurs : les larvos du Gryllwi camppfslrif: pt (\uGryllotaipa vuhjdvis sortent des reufs avant l'hiver, s'ougourdisscut, et font encore des murs pour ([(ncnir adultes à la tin du printemps; des Tcttix hivernent dans les lieux arides, sous les racines des plantes et sous les pierres. Dans les régions les plus chaudes de l'Europe, ainsi en Espagne, certains Orthoptères, des Tettix, des (Injllus, l'Acri- dium lineola, se cachent sous les pierres en hibernation dans les lieux secs et découverts. D'après Zinnani, le Calopteniis italiens femelle (en Vénétie) est fécondé en automne, puis hiverne et pond au printemps suivant. Le plus souvent les Orthoptères accomplissent à la même place les diverses phases de leur développement : c'est le cas ordinaire de l'im- mense majorité des insectes. Beaucoup, quoique munis d'organes du vol parfaitement développés, ne s'en servent que très-rarement, soit pour sauter plus loin, soit pour descendre au vol vers la terre par uu mouvement de parachute ; d'autres ont un vol intermittent, de quelques pas. Au contraire, certains Acridiens, à des époques non périodiques à la façon des Oiseaux, mais indéterminées et paraissant dépendre d'une véritable manifestation volontaire, entreprennent de grands voyages aériens et sèment l'épouvante et la ruine par leurs migrations désastreuses. Des Orthoptères exotiques, presque exclusivement des lîlatliens, ont été introduits eu Europe par les navires, ou sont deve- nus les hôtes des maisons dans les climats plus froids que leurs pays d'origine. Les espèces domestiques paraissent se reproduire toute l'aiméi!. Les Orthoptères tirent leurs alimenls des deux règnes organiques :. il en est d'exclusivement carnassiers, les Mantiens ; d'omnivores, les Blal- tiens, certains drylliens et Locustiens ; la plus grande partie se nourrit de végétaux, tls saisissent la nourriture avec leurs mandibules, la lacè- rent avec leurs maxilles, et l'introduisent dans l'œsophage avec le sec(jurs des autres pièces buccales. Des espèces recherchent les fruits; d'autres les graminées, les plantes basses, les fleurs; corlains \i\('iit des feuilles des arbres et arbustes. On s'intéresse souvent à observer l'in- stinct de ces petits aninuuix qui, a la laçon du siuge ou de l'écureuil, portent la nourriture à la bouche à l'aide des tarses antérieurs, hi Nuir- nent en Ions sens et la mangent avec une volupté calme, comme nu le voit surloul chez les Mantiens, les Locustiens, les Acridiens. Les Lo- custes se déleclent à boire des gouttes d'eau. Il y a des i!spèces qui attaqueni dans les magasins et les maisons nos provisions alimentaires, et même nos vêtements; d'autres dévoren des insectes de plus pelile taille. Les Mantes et les Grillons, en vases clos, mangent les sujels de leur propre espèce, et cela arrive aussi, à l'état libre, ([iiaïul les autres ahments leur font défaut. Il faut remarquer que les Orthoptères ont une grande tendance à se ser^'ir de leur bonehe, non-seulement pour manger, mais pour des usages de proyireté : ils nelloieuf avec leurs ORTHOPTÈRES PROPRES. 39 pièces burcalos los pelolos lacliles de hîurs larsos, ol passonl souvoiit leurs longues anLonn(!s ontre leurs mandibules el maxilles devant la bouche, afin do les lisser en les imprégnant de salive. A très-peu d'exceptions pour quelques espèces aquatiques, les OrUio- plôres sont des insectes terrestres. Un genre de Locustiens {UhapUido- ■phora) renferme des espèces cavernicoles, derlains Orthoptères vivent dans des canaux souterrains qu'ils creusent <'.u\-mêmes, et dont ils sortent surtout le soir, pour la chasse et l'accouplement {Gryllotalpa, A'//rt ou Tridactyhis). Plusieurs Biattiens, le Griilhis domesficus, habitent les habitations de l'homme et les navires. Les champs, les prés, les piaules basses, les gazons qui croissent dans les rochers, nourrissent beaucoup d'Orthoptères; les arbres alimentent plusieurs Locustiens et beaucoup de Phasmiens. Il y a des Orthoptères vivant isolés, les Man- tiens surtout, qui sont des carnassiers; certains Orthoptères phytophages aiment au contraire à vivre en troupe. A l'exception des Biattiens, la plupart des Orthoptères sont diurnes; un assez grand nombre de Locus- tiens prolongent la stridulation d'appel dans la soirée, après le coucher du soleil et même pendant la nuit. On rencontre des Orthoptères dans loulcs les régions de la terre, et principalement dans les pays chauds, qui sont le domaine presque exclusif des Manliens et surtout des Phasmiens. De tous les ordres des insectes, les Orthoptères constituent celui qui offre le moins d'espèces, mais il y a compensation par le nombre immense d'individus de cer- taines espèces, au point même de compter dans les grands lléaux de l'humanilé. Les contrées froides sont peu favorables au développement des Orthoptères, qui ne dépassent pas la Laponie en Europe, et man- ([uent à la faune entomologique si restreinte du Spitzberg. Les hautes montagnes sont également Irès-pauvres en Orthoptères, du moins celles de l'Europe, les seules étudiées entomologiquemejit. An point de vue du naturaliste, la meilleure division de leurs régions n'est pas celle des alti- tudes, mais celle de la végétation. D'après M. Heer, la région monla- i/nouse s'étend, en s'élevant, du Noyer {Jitglans regia) au Ilèire {Fagus milrntica); la. YÔ.glon, subalpine, (\[\ Fagus s\iloaiica au Pinus Abics; la région alpine, du l'hius Abies au Pinus Picm. La J'égion alpine ne pré- sente plus que VEctobia lappunica (Biattiens), le Platijcleis bracJnjpterus (Locustiens), et quelques espèces des genres OEdipoda, Stenobothrus et surtout Pezotetlix (Acridiens); en outre, la Forficule auriculaire. • Dans les prés humides se trouvent les Parapleurus Typhus, CItrysochraon dispar, Stenobothrus ekyans (Acridiens), el des esjtèccs de Xiphidium (Locustiens), ces dernières surtout dans les lieux remplis de (^arex et de Il )seaux. Le Xiphidium dorsale vit sur les bords des lacs salés et les rivages de la mer; les Xya ou Tridactylus (Grylliens), sur les rives des tlenves, des ruisseaux et des lacs. C'est surtout dans les lieux sablon- neux et rocheux qu'on trouvera les OEdipoda, Sphinctonotus el Epacru- »(/rt (Acridiens), le Phancroptrraliliilolia (Locustiens), el les Mantiens. 60 ORTHOPTÈRES. Les déserts sont la pairie des Callhnenns (I.ocustiens) et de quelques genres exotiques de Mantiens {Eremiaphila, Fischer ia, etc.). Autant qu'on peut se prononcer en paléontologie, où les découvertes viennent continuellement modifier ou infirmer les conclusions tirées d'explorations trop resireintes, nous dirons que dans les bois marécageux de la période primaire paraissent n'avoir vécu que des Blattiens (genre Blattina, Germar). Au contraire, dans les périodes postérieures, où le nombre et la variété des plantes phanérogames se sont singulièrement accrus, se présentent des espèces de toutes les autres tribus, sauf toute- fois les Phasmiens. Les terrains tertiaires, dans les argiles d'Aix, dans le succin surtout, présentent des espèces analogues ou même identiques à des espèces actuelles : ainsi dans les Grylliens, des espèces semblables ;\ X^jatJariegata, Gryllotalpa vuk/aris, OEcanthus pelluccns, Grylhis mm- pestris et sylvestris. Dans la molasse de Radoboj, un OEdipoda (Acridien) voisin de rœrulescens^ etc. De grandes difficultés de détermination ré- sultent de ce qu'en général on ne trouve que des rudiments d'élytres et d'ailes. Les Orthoptères sont certainement, de tous les insectes, les plus nui- sibles à l'homme, puisque les migrations de certains Acridiens ont amené des famines suivies d'épidémies redoutables. Les Blattiens peu- vent rendre inhabitables des maisons, et ont parfois sur les navires menacé les équipages de mourir de faim en détruisant les provisions alimentaires. M. Ratzeburg indique plusieurs espèces d'Acridiens comme dangereuses pour les forêts, et les jardiniers redoutent avec raison la Courtilière, qui ronge les racines de beaucoup de végétaux, bien que ses ravages soient compensés en partie par la destruction de nombreuses larves funestes, notamment celle du Hanneton. A l'exception des Man- tiens carnassiers et pouvant se nourrir d'insectes dangereux pour nos cultures, c'est à peine si les Orthoptères procurent à l'homme quelque avantage. Certains peuples font leur nourriture des Acridiens migra- teurs, ou les donnent en pâture aux oiseaux de basse-cour et aux porcs, mais ce n'est là qu'un minime dédommagement de maux considérables. Quelques espèces, par leur vivacité, le rhythnie de leur stridulation et leurs gestes bizarres, amusent par moments l'observateur studieux de la nature. On dit qu'en Chine il y a des Orthoptères qu'on promème en sautant par les rues des villes, à la façon des singes chez nous ; aux îles Seychelles, les habitants s'amusent à élever les bizarres Phyllium (Phas- miens) dans les maisons et les vendent aux voyageurs. Les Orthoptères, servent de nourriture à un certain nombre de vertébrés (jue nous cite- rons parmi leurs ennemis. Dans Tîle de Crète, les enfants attirent les pies avec des Locustes, afin de les capturer plus aisément. Les paysans suédois présentent aux morsures des fortes mandibules du Decticiis ver- nicimrus leurs doigts affectés de verrues. Nous trouvons connue auxiliaires un grand nombre d'animaux enne- mis des Orthoptères. Parmi les mammifères figurent les petits car- ORTllOPTi'UES PROPRES. AI iiassiers insectivores, taupes, musaraignes, hérissons, l'n assez j^rand nombre d'oiseaux s'en nourrissent volontiers, ainsi les eorbcau.v, les étourneaux, les pies, la huppe. Les yVcridiens dévastateurs sont dévorés en Algérie par les faucons, les guêpiers, le roUier, des martins, ainsi lemartin triste, le martin roselin ou acridophage. Moufett rapporte que les corneilles furent envoyées par Jupiter à la requête des hommes désolés par les ravages des Acridiens, et qu'elles dévorent non-seulement les adultes, mais leurs œufs et leur postérité; aussi étaient-elles nour- ries aux frais du trésor public par les Thessaliens, les lUyriens et les habitants de l'île de Lemnos. Les couleuvres, les lézards et les crapauds concourent aussi à la destruction des Orthoptères; ils se nourrissent eu été et en automne de petits Locustiens et Acridiens et de Grillons. Sur le corps des Locustiens et des Acridiens qui vivent dans les prés, on observe souvent, comme sur beaucoup d'autres insectes, des larves hexapodes, globuleuses et d'un rouge sanguin, de rro/;)6zdmm (Acariens), qui sucent surtout les insectes à la base des ailes ; on en faisait autrefois des genres particuliers. Les parasites internes sont d'un grand effet pour limiter le nombre des Orthoptères. Quelques Coléoptères très-curieux {Rhipidius, Thunb.) vivent en larves sur les Blattes; des Ichneumo- niens, ainsi le genre Evania, des Chaliidiens, des Diptères des genres Tachina et Conops, sortent aussi du corps des Orthoptères. Les plus grands destructeurs de ces insectes paraissent être les helminthes. L. Dufour remarque qu'ils sont plus fréquents chez les Orthoptères que chez les Hyménoptères, et cela tient à la station terrestre de beaucoup d'Orthoptères. Ces helminthes appartiennent aux genres Gordius et Menais. Comme l'a reconnu Siebold, les nombreuses filaires des Or- thoptères, dont on faisait autrefois des espèces distinctes, sont réelle- ment des formes jeunes et agames {Scolex) des Gordiacés. Après un certain temps de séjour dans l'abdomen de leurs victimes, ces parasites sortent des insectes adultes, car ils sont forcés d'émigrer dans l'eau, le limon ou l'humus pour acquérir, à l'état libre, un degré d'évolution plus parfait et la faculté de se reproduire. Les embryons sortis des œufs déposés dans la terre végétale gagnent la surface du sol et y rampent, de sorte qu'ils pénètrent dans le corps des larves aptères des Ortho- ptères. On trouve aussi dans l'estomac d'espèces de diverses tribus de ces insectes ces corps ovoïdes et blanchâtres nommés Grégarines, rapportés aux Helminthes par les mis, à un groupe voisin des 'iifusoires par d'autres auteurs. Nous ajouterons, à l'adresse directe des collectionneurs d'Orthoptères, certains conseils sur leur préparation et leur conservation spéciales, en renvoyant du reste à l'Introduction pour d'autres détails. Quand on vient de capturer des Orthoptères, on ne doit pas les plonger dans l'esprit-de-vin pour les faire périr, car on altère ainsi leurs couleurs. 11 faut se servir d'éther sulfurique ou acétique placé au fond d'un flacon sur un morceau de bolet on une éponge, ou bien employer le flacon ^2 ■ ORTHOPTtRES. à cyanure de potassium ou à feuilles hachées de laurier-cerise. Kn collection, afin do tein'r moins de place, il est bon de n'élaler l'élylre et l'aile que d'un seul cAlé, l'autre côté montrant alors la position de repos. O'i'Titl 011 veut l'aire cet étalage sur sujets secs, qui, en raison de leurs gros abdomens, peuvent souvent se couvrir de moisissures si on les soumet au ramnllissoir, il est préférable d'opérer un ramollissement local de la manière suivante : on dirige pendant quelque temps, au moyen d'un lube, un je! de vapeur d'alcool sur l'articulation à étaler, jusqu'à ce qu'elle soit devenue; tlexible. On a soin d'enlever au papier brouillard les gouttelettes d'alcool condensé. Il est bon, sur le frais, de vider les gros abdomens des Oi'lhoptères, et de les bourrer d'ouate im- prégnée de savon arsenical. On diminue ainsi le noircissement, le pas- sage au gras, et surtout on évite les attaques des insectes friaiuls de ces parties succulentes. TRir.U DES BLATTIEWS. La tribu des Blattiens est formée des Orthoptères coureurs, ainsi nommés en raison de la rapidité de leur locomotion ambulatoire, tou- jours terrestre. Latreillc et Audinet-Serville donnaient une acception bien plus grande à cette épithète, et ne divisaient les Orthoptères, Oliv., qu'en deux groupes, coureurs et sauteurs; les premiers comprenaient, outre les Blattiens, les tribus distinctes des Forficuliens (sous-ordre), des Mantiens et des Phasmiens. Les caractères extérieurs généraux des Blattiens sont les suivants. La tète est courte, subtriangulaire, souvent entièrement cachée sous le pronotum, très-inclinée, de sorte que la bouche touche presque au prosternum. Les antennes sont sétacées, et composées d'un très-grand nombre d'articles courts et serrés, presque tous pubescents, le premier beaucoup plus gros que les autres. Les articles sont cylindriques, moni- liformes, très-souvent en cône renversé. La longueur de l'antenne varie depuis celle de la moitié du corps jusqu'à son double, et parfois dépend du sexe {Uclerognmia, Pprispluvria). Très-souvent la base est autrement colorée que le reste, et beaucouj) d'espèces ont un ansu-au de leiide claire près de leur pointe. 11 n'y a de vrais ocelles au V(U'te\ que cliez les mâles du genre Ueterogamia ; mais presque toutes les espèces ont des taches oce.Ui formes jaunâtres (A. Doumerc, Audinet-Serville) de fonc- tion mal connue, à la base des antennes. Les pièces buc('ales se com- posent d'un labre triangulaire ou orbiculaire ; de mandibules très-fortes, ayant quatre à six dents; des maxilles, avec mâchoire {inando) courte, cornée, avec poils forts à l'intérieur, terminée en pointe, un galea aussi long, plat, subovale, un palpe de cinq articles ; d'une lèvre inférieure insérée au menton, submembraneuse, portant des palpes de trois ar- ticles. Le pronotum ou corselet est presque semi-circulaire ou orbicu- laire, en ])ouclier, avancé sur la tète au point de la cacher souvent en BrATTIENS. 61^ onlior. Il osL nplali ou peu ronvoxc, souvonl, Ironsvcrsal ol, débordant ]o. corps sur les côl6s. Les cuissos dos trois pairos soni reçues au repris dans des cavités des trois se,i;mcuts du sternum. [,os pscudélytres sont parallèles au corps dans leur plus grancLe par- lie, avec un léger pli de contour marquant l'abdomen, suivant la ner- vure scapulaire. Il est très-rare qu'elles se joignent en ligne droite sans se recouvrir. D'ordinaire elles se croisent au repos, de sorte que la gauche recouvre en partie la droite, dont la portion cachée est d'une tevture moins forte et souvent autrement coloi'ée que l'autre, ce qui Iburnit de bons caractères spécifiques. Le plus souvent la moitié de l'élytre droite est recouverte ; parfois la partie cachée ne forme qu'une marge étroite {Ectohia, Conjdia). Rarement les pscudélytres portent des poils, tantôt en cils au bord anlévicAn' {Hcterofiavu'a), tantôt sur toute la surface {Cunjdia), tantôt en duvet à reflet. F/aile des Blatticns se rapporte le plus souvent au type général que nous avons formulé pour les Orthoptères propres. Elle présente plu- sieurs séries de modifications chez les Blattiens, mises en relief par M. H. de Saussure (1). Dans un groupe de Blattiens auquel cet auteur donne le nom de Diploptérims (et qui se rattache à deux types distincts : ^do6?«, parmi les Blattiens épineux ; Chorisoneura, àan^ les Blattiens mutiques) la duplicature de l'aile prend une forme compliquée et anormale. La nature offre une série de passages entre la forme ordi- naire et la forme anormale à plis redoublés. Dans celle-ci l'extrémité de l'aile devient un champ membraneux particulier (champ réfléchi de Saussure; triuivjulaire apical, Brunner). Afin de ne pas déborder au l'epos le bord costal de l'élytre, il est obligé de se redresser sur l'axe longitudinal de l'élytre, en se brisant suivant un pli perpendiculaire à cet axe. On peut dire que la partie humérale ou antérieure d(^ l'aile, ie champ réfléchi et la portion antérieure du champ anal, ne forment plus qu'un seul champ qu'on peut appeler principal. La partie réduite du champ anal se ])lisse seule en éventail à la façon ordinaire. Le champ lu'iucipal se plie d'abord longitudinalement, et la région de l'aile postérieure au pli se rabat en dessous; puis le champ principal ainsi replié se brise suivant un pli transversal, et sa portion terminale (champ réfléchi) se renverse en dessus pour s'appli([uer sur la portion basilaire. Lorsque l'organe est développé, la partie principale se trouve donc coupée en quatre quarts par deux plis qui s'cîulrecroisent; lorsque l'aile est au repos, ces quatre quarts sont superposés les uns aux autres, et la partie priru;ipale se trouve alors pliée en quatre doubles, à la façon d'une serviette, et forme un paciuet. Il est encore d'autres modifications qui sont surtout des réductions. (^hez les petites espèces, une. partie des nervures de. l'aile. s'atroi)iiie, la (4) Études ftur Vnilc des Orthoptères {Ami. scic.nc. natur., Zool., 5" série, 18G8, t. X, p. 161). 4Zi ORTHOPTÈRES. membrane seule étant suffisamment solide pour se passer en partie do tiges rigides. Dans ces espèces, ou dans celles dont les ailes restent eu partie rudimentaires, les pièces articulaires se simplifient beaucoup. Ainsi la palmettc postérieure du cliamp humerai reste presque entière- ment membraneuse, et les rayons du champ anal ne sont qu'accolés à leur base {l'eriplancta orientalis). Il est un groupe de Rlattiens où la partie postérieure de l'aile, étant très-petite, se renverse sous la partie antérieure sans se plisser en éventail, et elle offre alors, non des rayons divergents, mais des nervures ramifiées, comme la partie antérieure (types : Corydia, Heterogamia). 11 y a au contraire des espèces où le champ anal est très-ample, avec des rayons axillaires tous simples, et alors le cliamp tout entier se plisse en éventail {Blahera, etc.). Mais, chez le plus grand nombre, la première nervure axillaire est rameuse, en sorte que la partie antérieure du champ anal ne se plisse pas, mais se renverse à plat sous la partie antérieure, le reste seul du champ anal se plissant en éventail et se plaçant à la suite de la portion qui reste plane. Souvent enfin le champ anal, bien que plissé, n'a pas place pour se dérober entièrement sous la partie humérale, et le bord de l'éventail fait saillie externe. Tantôt l'élytrc est encore assez large pour recouvrir cette bavure {Periplaneta orientalis, etc.), tantôt elle dépasse par trop, mais alors se replie en dessous et forme un troisième feuillet [Panchlora Maderœ, etc.). Les organes du vol offrent chez les Blattiens les réductions de gran- deur habituelles aux Orthoptères. Les pseudélytres peuvent se raccour- cir, restant croisées en partie et arrondies au bout, au point même de ne pas atteindre l'extrémité de l'abdomen (P. orientalis cf ), les ailes demeurant entières et extensibles. Elles peuvent être tronquées carré- ment en arrière et se joindre en ligne droite à la suture, les ailes étant alors atrophiées et chifTonnées. l^arfois les pseudélytres devien- nent de simples écailles rejetées latéralement {Periplaneta orientalis Ç, Perisphœria, etc.), et les ailes sont alors oblitérées pareillement, ou, le plus souvent, manquent. Le dernier degré d'avortement est l'absence totale des organes du vol (la plupart des espèces de l'ohjzosleria, les femelles des Heterogamia, etc.). Nous trouvons, en passant aux appendices ventraux du thorax, des hanches très-aplaties et recouvrant les segments dans lesquels elles sont insérées. Les cuisses ont un grand trochanter à leur base, celles de devant ordinairement très-courtes et n'atteignant que la moitié de la longueur des cuisses postérieures ; elles sont le plus souvent déprimées, rarement cylindriques, ayant des poils longs et fins, avec les carènes inférieures tantôt iuermes, tantôt épineuses. Elles portent d'habitude à l'extrémité supérieure une épine unique, longue et courbée. Les jambes sont toujours épineuses au côté interne. Les tarses ont cinq articles, les quatre premiers comprimés. Il n'est pas rare qu'un article fasse défaut par avortement, soit à un tarse, soit à plusieurs. Ce n'est BLATTIENS. /|5 jamais le premier ni le ileniier qui disparaît, mais im intermédiaire. M. L. Brisuul de Rarneville {Ann. Soc. cntom. de France, 2*^ série, I8/18, VI, Bull., p. xx) cite dix espèces de quatre genres diflerents, sur les- quelles il a observe quatre artichîs à un ou à quelques-uns des tarses. On trouve quelquefois des Blattiens hétéroméres à la façon des Coléo- ptères: ainsi s'explique l'erreur de Geoffroy sur un individu accidentel du Periplaneta orientalis, qui l'a porté à lort à doiuier ce rare caractère comme propre aux Blattes. M. Brunner dit qu'on peut joindre beau- coup d'autres espèces à celles citées, et que, le plus souvent, l'avorle- ment porte sur le dernier tarse gauche. Le premier article des tarses est ordinairement plus long que tous les articles suivants pris ensemble ; le cinquième article diffère essentiellement des ([uatre précédents. Au lieu d'être comprimé, il est étroit à la base, et s'élargit vers la pointe, qui porte toujours deux crochets mobiles. C'est entre ces crochets que se trouve placée une pelote ou arolie, en forme de peau veloutée, de ligure circulaire ou ovalaire. Parfois cette pelote est à peine perceptible (Ectobia, Blatta, Periplaneta, etc.) ; parfois elle manque complètement, et alors les crocheis sont très-robusfes. L'abdomen des Blattiens est toujours déprimé et élargi vers le milieu, de sorte qu'il a un contour plus ou moins orbiculaire, plus prononcé dans les femelles que dans les mâles. Chez les mâles, l'abdomen olfre en apparence dix segments dorsaux et huit ventraux ; mais le premier segment dorsal ou médiaire appartient plulùt au thorax, et n'offre pas d'arceau ventral correspondant. Il y a ensuite sept anneaux complets à deux arceaux, et un huitième dont l'arceau ventral est la plaque sous-génitale, sans stigmates, portant ordinairement de chaque côté une épine tine et mobile. Ces styles inarticulés, rarement déprimés, sont parfois très-longs {Periplaneta, etc.), {larfois courts, parfois nuls {Ectobia, Paneslhia, etc.). L'avortement du style droit se manifeste fré(iuennnent chez les adultes {Ulalta, etc.), et une échaucrure prenil la place du style avorté, avec un remarquable défaut de symétrie. Enfin vient un rudiment de neuvième segment dorsal (le médiaire ne comptant pas), qui est la plaqu(î suranale, sans stigmates, souvent membra- neuse et d'une couleur différente de celle des autres segments dorsaux {Periplaneta, Blabera, etc.). Latéralement à sa face inférieure s'insèrent les cerques, en lamelles coniques, pointues, mobiles, multiarticulées, presque toujours garnies de longs poils très-lins. Leur longueur varie dejjuis trois fois celle de la plaque suranale {Eclobia, Ulalta, Peripla- neta, etc.),jusqu'àla moitié {Perispheria, etc.), et le nombre des articles des cer(|ues est de huit à quinze, se réduisant rarement à trois ou quatre {Heleruijamia ^, etc.), ou à lui seul triangulaire; {Panesthia). Sous la ])laque subgéuitale, ou huitième dernier segment ventral, se trouvent les organes copulateurs mâles, composés de deux faisceaux de crocheis fort compliqués. Le pénis, placé au-dessous de l'anus, est complètement retiré à l'étal normal et couvert par la plaque sous-génitale. On peut [\() ORTHOPTiîRliS. constater, sur les mules cii accouplement, que cet organe est couverc d'un amas d'épines très-lbrtes et irrégulières, les unes aiguës et cro- chues, les autres dilatées. Les femelles ont au dos de l'abdomen dix segmcufs appareuls et six ventraux. En rejetant le premier segment dorsal ou médiaire, viennent ensuite six anneaux complets à deux arceaux, un l"" arceau dorsal sans correspondant ventral, un 8*^ dorsal dont le ventral est remplacé par la vulve, emboîtée entre quatre pièces cornées styliformes dirigées en arrièrr, l'utiu un 9° dorsal ou plaque suranale, muni des (•(U'ciues et sous lequel s'enchâsse l'anus. Dans les deux sexes il est formé par deux muscles triangulaires latéraux, soudés au milieu et laissant une ouver- ture pour les excréments, et protégés extérieurement par une couche chitineuse. La plaque sous-génitale des femelles, ou dernier arceau ventral, est quelquefois remplacée par une pellicule ordinairement repliée, mais qui se déploie lors de la ponte, où elle sert à recueillir la coque à œufs. Chez les Periplaneta, Homœogamia, etc., la partie posté- rieure du dernier segment est fendue et prolongée en deux valves, réunies normalement eu forme de nacelle, s'écartant pendant la ponte et laissant alors apercevoir la pellicule qui les réunit. Les métamorphoses peu observées des Blattiens ne laissent pas voir de distinction nette entre les états de larve et de nymphe, car, à chaque mue, l'insecte se rapproche de l'état parfait par des modifications in- sensibles, sans états intermédiaires marqués. La position des organes du vol ne donne plus les caractères nets, établis par de Charpentier sur les Orthoptères sauteurs pour distinguer les nymphes des adultes. 11 ne reste, chez les espèces alifères, que l'articulation en forme d'inci- sion de l'organe du vol au thorax, au lieu d'un prolongement continu du mesonotum ou du metanotum, pour séparer l'état définitif d'avec les larves ou nymphes. Ce caractère permet de reconnaître un adulte à orginies du vol oblitérés. Quand ceux-ci manquent complètement à l'état adulte, on n'a plus de vrai caractère distinctif, car les organes scîxuels apparaissent dès les premières mues ; seulement les larves ont toute la couche chitineuse moins dure que celle des adultes, de sorte qu'à l'état sec, leurs segments thoraciques sont toujours plus ou moins chifi'onnés, caractère séparateur unique et très-incertain. La ponte des œufs chez les Blattiens présente une particularité remarquable, partagée par la tribu des Mantiens. On sait que certains animaux articulés réunissent leurs œufs dans une enveloppe commune ; mais cette agglomération est l'œuvre extérieure de la femelle, qui, pondant ses pîufs un à mi, les rassemble à mesure à côlé l'un de l'autre ; c'est ce qui arrive pour la coque à œufs des Hydrophiles, les tampons de poils dont les femelles de certains Bombyciens recouvrent les amas d'œufs, les cocons à œufs des Araignées, etc. Chez les Blat- tiens, la réunion des œufs a déjà lieu dans inie oothèque commune sécré- tée à l'intérieur du corps de la femelle, qm l'émet complète et renfer» TiLATTIEKS. AT niant ii's œufs. C'est un sac coriace, divise eu comparlimeuls cunieiiaut les œuis, sous l'aspect de deux séries régulières, avec dix à vingt œufs dans chaque série. L'oothéque est ordinairement plus ou moins cylin- drique. Dans quelques genres, la soudure médiane supérieur»;, répon- dant à la paroi de séparation des deux séries d'œufs, s'élève en l'orme lie crête crénelée {l'eripldneta, Ectobta, Ueterogamia, etc.); chez d'autres, elle n'est indiquée que par unc^ ligne à peiiu^ saillante {Blalta, l'an- chlora, Oniscosoma, etc.). Du côté inférieur, la soudure est toujours légèrement enfoncée. M. Rrunner de Watlenwyl a vu que les deux formes des coques dépendent de leur position dans le ventre de la femelle. Les coques munies d'une crête sortent la crête placée en haut, de façon que les deux séries d'œufs ont une position verticale ; les coques sans crête, au contraire, sont couchées dans le ventre de la femelle, la soudure latéralement et les œufs en position horizontale. Le genre Ectobia u des coques de forme spécifi(]ue. La femelle, avant de déposer l'oothèque, la traîne pendant plusieurs jours à demi sortie de la vulve, tandis que, chez lesMantiens, elle est immédiatement collée aux objets. L'oothèque apparaît d'abord sous la forme d'un sac de cou- leur blanche et de consistance très-molle ; mais à mesure qu'elle sort de l'abdomen, la couleur passe au teslacé, puis au brun foncé, et les parois se consolident. Dans cette position, la coque est embrassée par le der- nier segment ventral; elle est retenue, chez le type Eclohia^ par une pellicule mince, et, dans le type Periplaneta, les deux valves propres aux femelles de cette famille lui servent d'appui. Les coques des autres familles, sans crête et couchées horizontalement, sont simplement retenues par le dernier segment ventral, qui est très-ample. La co(iue déposée, la femelle ne s'en inquiète plus. 11 est probable que les larves sortent des œufs peu de temps après la ponte de l'oothèque, car on trouve en même temps des femelles qui traînent la coque et de petites larves de la même espèce. Les Blattiens des forêts d'Europe pondent aux mois de juin et de juillet, et, en automne, on rencontre des larves à un état de développement déjà avancé, dans lequel elles passent l'hiver, ca- chées sous les pierres et les feuilles sèches. Les Blattiens domestiques d(;s habitations paraissent pondre toute l'année dans les locaux où la température reste assez élevée, comme les serres, les fournils des lîoulangers, les cages des machines à vapeur, etc. L'accouplement des IMaltiens se fait sur la mênuî ligne, les corps opposés. Les Blattiens sont terrestres et complètement muets. Certains genres vivent sur les végétaux (en Europe, Ectobia, Blatla ou Phyllodromia ; en Améri([ue, Ischnoptera, Plwraspis; aux Indes orientales, Corydla, etc.); néanmoins la plus grande partie des espèces sont lucifuge, se tenant cachées au milieu des feuiUes mortes et sous les pierres, et quelques espèces dans le bois pourri {l'ancsthia, larve des Blabera). A part quel- ques remarques d'A. Doumerc sur les Phoi-aspi.s, on ne connaît rien des mœurs des Blattiens sylvicoles exotiques. La nourriture de la plus [^S Or.TIIOPTÈRES. grande portion des LUallicns se compose principalement de substances animales, mais mortes, sans qu'on ait d'exemple qu'ils aient attaqué des animaux vivants; ils ne dédaignent pas, au reste, certaines sub- stances végétales, comme les semences et le pain. Un grand nombre d'espèces, et notamment toutes celles qui fréquentent les habitations, sont nocturnes, avec une odeur désagréable qui imprègne les objets touchés. La distribution géographique des Blattiens a été mal étudiée; certains genres, comme Ectobiu, Blalta, Periplanota, sont véritablement cosmo- polites, se retrouvant sur tous les points du globe ; quelques espèces, qui vivent dans les habitations, suivent l'homme sous tous les climats. Les connaissances des anciens au sujet des Blattiens semblent avoir été des moins précises. Les Grecs paraissent les avoir désignés sous le nom de Sylphes, cités seulement par Aristote, et (jue Dioscoride dit se trouver dans les lieux où l'on fabrique le pain, ce qui s'applique aussi au Tenehrio molitor (Coléoptères) et au Grillon domestique. Comme tous les animaux et les végétaux étaient réputés thérapeutiques dans l'anti- quité, Dioscoride ajoute que les entrailles des Sylphes, broyées avec de l'huile et introduites dans les oreilles, guérissent de l'otalgie. l*line, le premier, mentionne les Blattes en deux passages : l'un où il dit que les Blattes molles, broyées et mêlées à l'huile de rose, guérissent des maux d'oreilles et des contusions, ce qui se rapporte aux Sylphes de Dios- coride ; l'autre où le naturaliste latin indique ces insectes comme fuyant la lumière et fréquentant les lieux sales et humides. Horace {Sat., lib. Il, ni, v. 119) parle des Blattes et des Teignes qui rongent les vêtements, et Virgile {Georg., lib. IV, v. 2/i2) des Blattes lucifuges en amas dans les ruches. Ce sont probablement, ou les Galleries de la cire (Lépidoptères), ou les Cloportes (Crustacés isopodes), qui se réfugient en hiver dans les ruches; car je ne crois pas qu'on y trouve jamais de Blattiens, surtout en abondance. Au moyen âge, Suidas (ix^ et x^' siècle) cite le Sylphe des vaisseaux, qui est probablement un Blatticn. C'est Moufett [Inseciorum, sice viinimorumanirnalinvi theatrwn, Londres, iSoà) qui désigne le premier bien clairement les Blattes, et donne une iigure reconnaissable du Periplancta orientalis des maisons. Linnaius, qui range les Blattiens dans les Hémiptères, n'a bien connu que les espèces plates, molles et sombres, réunies dans son genre Blatta, qui comprend nos Blabcra, Periplaneta, PhyUodrurnia, Ectohia. Audi- net-Serville {Histoire natur. des Orthoptères) , subdixiao ses Blattaires en dix genres, en prenant pour principaux caractères la plaque sous- génitale, qu'il nomme sous-anale, apparente dans les deux sexes, cachée chez les femcîlles seules, cachée dans les deux sexes, et la pré- sence ou l'absence d'une pelote entre les crochets des tarses. M. E. Blan- chard (18i5) ne subdivise sa tribu des Blattiens qu'en deux groupes : les Blattites, à élytres planes, coriaces, ayant une strie arquée autour de l'écussoii, et Phoraspiles, à élytres convexes, assez cornées, sans slrie • KGTOBIA. 49 arquée. 11 établit douze genres. M. Burmeister a le premier indiqué un caractère important de classitication, qui avait échappé à ses prédéces- seurs, la présence ou l'absence des épines sur les carènes inférieures des cuisses : ce caractère ne fait défaut que dans quelques cas rares du type Perisphœria. En outre il reprend le caractère, mieux motivé par la physiologie, d'Audinet-Serville, la pelote entre les crochets des tarses. Il n'offre d'anomalie que dans le genre Heterogamia, où le mâle offre l'arolie dont la femelle est dépourvue. Le développement des organes du vol doit être rejeté complètement pour les grandes divi- sions, fait général aux Orthoptères. Les caractères des familles sont puisés, tantôt dans la conformation des parties sexuelles, tantôt dans la configuration des organes du vol, et spécialement des nervures des ailes. Une étude approfondie des Blattiens à consulter est l'ouvrage de M. Brunner de Wattenwyl {Xouccau Sijdéme des Blattaires, Vienne, 1865, en français). 11 faut y joindre divers travaux de M. H. de Saussure {Mém. de la Soc. de phys. etd'hist. natur. de Genève, 1863, 186i, XVll, 129, Blat- TiDES; — 1869, XX, Blattides et Phasmides ; — 1872, Mantides et Blat- TiDEs. — Mission scientifique au Mexique et dans l'Amérique centrale ; Blat- tides, l""*^ livr., Paris, 1870, Impr. impér. — Blattarum novarum Species aliquot, Revue et Manasin de zoologie, 186/i). 11 est fâcheux pour les dé- butants que cet auteur ait été obligé de changer plusieurs fois ses classifîcations entomologiques, en raison de découvertes plus récentes; il en résulte certaines obscurités qui n'empêchent pas le grand intérêt de ces recherches. Ces ouvrages renverront le lecteur à beaucoup de travaux plus anciens, dont la citation nous est ainsi épargnée. Avec MM. Brunner et de Saussure, nous diviserons les Blattiens en deux types, les uns à cuisses épineuses, les autres à cuisses mutiques, sans épines. Dans chaque groupe il y a des genres munis d'une arolie entre les crochets tarsiens, d'autres qui manquent de cette pelote tactile. On peut, facilement arriver à établir un parallélisme entre les deux séries, car les mêmes mœurs doivent amener les mêmes caractères anatomiques; les classitications, toujours approximatives, se prêtent souvent à ces analogies, dont il ne faut pas exagérer l'importance. GENRES PRINCIPAUX. BLATTIENS ÉPLNEUX AROLIIGÈRES CCTOBIA, Westwood. — Ailes d'ordinaire bien développées, avec un champ triangulaire apical intercalé entre les parties antérieure et postérieure, s'en- roulant en cornet ou réfléchi en dessus au repos ; élytres laissant entre elles un écusson avec nervules pectinées sur la nervure huméralc ou médiane. Cuisses faiblement épineuses. Plaque suranale dans les deux sexes très-étroite; plaque subgénitale grande et échancrée chez les femelles, triangulaire et dépourvue de styles chez les mâles. C-orps des mâles grêle et étroit, élargi chez les femelles. (le genre n'a que des espèces do ])elit(' iuilK', i)rcs(jiie toutes euro- GIRARD. 11.— a 50 ORTHOPTÈRES. pcoimes. On peut les diviser eu espèces ù corps noir, au moins chez le mâle, d'autres à corps pâle dans les deux sexes. Au premier groupe appartient l'^'. lappunica, Linn. Les deux sexes ont les antennes brunes ou noires, bien plus longues que le corps chez le mâle, le disque du pronotum noirâtre, ce pronotum bien plus large chez la femelle. Les élytres du mâle, lestacées et remplies de teintes noires ou brunes, allon- gées, pointues, dépassent beaucoup l'abdomen, et recouvrent des ailes amples, enlumées. Chez les Cemelles, les élytres ne recouvrent que les deux tiers de l'abdomen, et les ailes sont plus courtes, pouvant même devenir rutlimentaires, dans la variété hemiptera, Fabr. Les pattes et l'abdomen du mâle sont noirs, avec cerques noirs et très- longs, de huit à dix articles ; chez la femelle, les pattes sont testacées, ainsi que le dessous de l'abdomen, dont le dos reste noir. Cette dissem- blance des sexes les a fait prendre pour des espèces distinctes. Geoffroy donne comme mâle de sa Blatte jaune la femelle de l'Ectobie laponne. Le mâle est long de 8 à 11 millimètres, la femelle de 8 à 9. Les larves ont les trois segments du thorax foncés au milieu avec les bords large- ment transparents. L'oothèque, de couleur de poix, a 5 millimètres de long, avec vingt-quatre crénelures à la suture, et sur les côtés une gau- frure formée de dix-huit carènes parallèles à la suture. L'espèce se trouve dans toute l'Europe, sur les herbes et les buissons, en juillet, dans les clairières des bois, fréquentant les Orties, les Genévriers, les Pins. On rencontre les larves en septembre et octobre, sous les feuilles sèches, à la lisière des forêts, où elles hivernent pour subir les dernières mues au printemps. Cette espèce ne pénètre pas dans les maisons dans l'Europe tempérée et septentrionale. Elle est seulement domestique en Laponie, où, rapporte Linnteus, elle vit dans les huttes des pauvres Lapons, dévorant le poisson salé mis en réserve pour la nourriture de l'hiver. L'espèce s'élève dans les alpes de la Scandinavie et de la Suisse jusqu'à la limite des buissons ; elle ne dépasse pas au sud la Dalmatie, la Toscane, la Sicile et le désert des Rirghiz ; on la trouve, dit-on, au Brésil par importation. L'autre groupe des Ectobies nous offre l'E. limda, Fabr., ou pallida, Oliv., la Blatte jaune femelle de Geoffroy. Le mâle a 9 à 10 millimètres, la femelle 8. On distingue cette espèce de la précédente aux antennes pâles, au pronotum sans tache foncée centrale, aux ailes et élytres bien développées dans les deux sexes et recouvrant l'abdomen. Les élytres ont treize à quinze nervules externes dans les deux sexes, tandis qu'elles n'en ont que neuf au plus dans l'^. lapponica femelle. Les cerques de 1'/:,'. livida ont huit articles. L'abdomen et les cerques du mâle sont pâles; l'abdomen est foncé en dessus chez la femelle, la partie postérieure du ventre tirant sur le rouge, les cerques très-foncés. Les larves ont le thorax et les cerques orangés, l'abdomen noir et la plaque sous-génitale des mâles munie de styles. L'oothèque, longue de l\ millimètres, est d'un roux ferrugineux, avec vingt dentelures à la APHLEBIA, BLATTA. 51 suture et huit impressions dans le sens perpendiculaire à celte suture. L'espèce est commune en juillet à l'étal adulte en France et en Belgique, se trouvant près de Paris sur les Chênes et autres arbres et sous les Mousses; elle existe en Allemagne, en Dalmatie, en Italie, en Sicile, eu Algérie (H. [,ucas), sous les pierres, dans les lieux humides, à la fin de février. Le maie paraît moins fréquent que la femelle. Nous devons encore mentionner pour les amateurs une espèce, rare partout, découverte en Belgique par Wesmael dans les bruyères d'Oost- mael en Campine, la plus petite de nos Eclobies, ÏE. ericetorum, "Wesm., de 7 à 8 millimètres chez le mule, 8 pour la femelle. Elle se distingue de VE. livida par la taille plus petite, les antennes noirâtres, les pattes foncées, le disque du corselet souvent brun ou au moins varié de lignes brunes, les clytres de la femelle raccourcies, ayant au plus neuf nervulos externes, comme chez l'^". lapponica. Les cerques du mâle ont les articles lisérés de blanc, ceux de la femelle sont unifor mément bruns. L'espèce a été retrouvée près de Paris, en Hollande sur les rivages sablonneux de la mer, près de Nuremberg dans les Sapins, en Angleterre au mois de juin sur les côtes du Devonshire et de Cor- nouailles, dans le Valais sur le Pin sylvestre, près d'Annonay en Savoie et en Corse. Quelques espèces exotiques. APULUBIA, Br. de W. — Élylres cornées, aplaties, se joignant à suture droite, à nervures indistinctes. Les autres caractères des Ectobia. Ce genre a été détaché des Ectohia pour certaines espèces européennes, de l'Europe méridionale et orientale, de Madère, des Canaries, de Corse et Sardaigne, de Sicile et d'Algérie. Les nues ont les élytres latérales, n'atteignant pas le milieu de l'abdomen, chez les autres elles sont bien développées, dépassant ce milieu. Citons dans ces dernières: A.margi- nata^ Schreber, de Grèce, de Dalmatie, de Corse, d'Italie, d'Odessa; A. maculata, Schreber, remontant jusque pi'ès de Berlin dans les forêts de Conifères; A. piinctala, Charp., d'Italie, de Saxe, de Hongrie, d'Au- triche, en mai et juin, le long des haies, sous les feuilles mortes et dans l'herbe. Il est probable qu'on les retrouvera en France, dès que des amateurs s'occuperont d'Orthoptères. BL.%TT.4, Linn., ou I^HYLLODKOMlA, Aud.-Serv. — Tète à peu près cachée sous un pronotum petit, suborbiculaire ; antennes sétacées, beaucoup plus longues que le corps. Élytres coiiacécs, dépassant l'abdomen, sans écusson entre elles, paraissant striées longitudinalemeut; ailes bien développées, de la longueur des élytres, à bord antérieur coriace et foncé, ordinairement d'autre couleur que le reste de l'aile; cerques très-longs; souvent des styles, l'attes allongées, minces, épineuses. Corps des mâles allongé, dilaté chez les l'emelles. Le type de ce genre, B. yermanica, Linn., u une longueur de 13 mil- 52 OHTHOPTÈRES. limèlres çf, e( Il mil liiuè Ires Ç. C'est une Blatte d'un l'auve testacé, dont le pronotum a deu\ raies noirâtres parallèles, avec un espace jaune plus large entre elles. A ce caractère se joignent, pour distinguer cette espèce de nos Ectobia, les nervures internes des élytres droites, la nervure discoïdale de l'aile simple, n'émettant pas de branche bifur- quée, et la nervure humérale bifurquée au bout. Les cerques sont très- longs, pubescents, avec douze articles distincts; la plaque sous-génitale du mâle porte ordinairement un seul style (Fieber). Chez les larves, les deux bandes brunes du pronotum s'étendent sur le reste du thorax et sur l'abdomen. L'oothèque est rousse, longue de 7 millimètres sur 2 millimètres de haut, à suture finement crénelée ; les deux côtés, peu convexes, portent vhigt côtes perpendiculaires à la suture. L'espèce vit en liberté dans les bois et sous les feuilles sèches aux environs de Paris, en médiocre quantité ; de même dans l'Europe tem- pérée, en Sicile, en Sibérie, dans les steppes des Kirghiz, en Algérie, à la fin d'avril, sous les feuilles humides, dans les bois près du lac de Tonga, cercle de la Calle, paraissant manquer près de Vienne et en Andalousie. La voracité considérable de cet insecte l'a rendu domestique dans les pays du nord de l'Europe. 11 parait qu'il est chassé des maisons par le Periplanpta orienlalis, et qu'il a expulsé, à son tour, jusqu'en Laponie, VEctobia lapponica, selon la loi natu- relle des forts et des faibles. Il ne semble pas exister libre en Bel- gique, mais s'y trouve par places dans les maisons, attaquant les provisions, très-commun dans certaines localités près de Liège, de Bruxelles, etc. Il abonde dans le nord de la Russie, notamment dans les cuisines à Saint-Pétersbourg, mangeant à peu près de tout, mais préférant le pain, et même le pain blanc au pain bis, ne recherchant la farine et la viande qu'à défaut d'autre nourriture, se trou\ant par milliers dans les flacons qui ont contenu de l'huile, aimant beaucoup le cirage des bottes et le rongeant jusqu'au cuir. Les Russes pensent que cette espèce leur a été importée de la Prusse par leur armée, au retour d'Allemagne après la guerre de Sept ans, et qu'elle était inconnue auparavant à Saint-Pétersbourg. Hummel (Essais entom., n" :l, Saint- Pétersbourg, 1821) a étudié ses métamorphoses. Il n'y a guère qu'un mâle par neuf femelles ; l'accouplement se fait environ quinze jours après la mue d'adulte, à reculons et sur la môme ligne, comme chez les Forficules. Le mâle, moins fort, est souvent emmené par la femelle et obligé de suivre tous ses mouvements. L'oothèque commence à pa- raître huit jours après, visible au bout de l'abdomen, et la femelle paraît la traîner très-longtemj)s, (juinze h vingt jours. La femelle, après l'avoir pondue, la làle et la retourne en tous sens, la prend entre ses pattes de d(!vant et lui fait uiu' ouverture longitudinale d'un bout à l'autre. A mesure que cette fente s'élargit, sortent de la coque de petites larves blanches, roulées, attachées deux à deux, une trentaine par oothèque. La mère les aide à sortir et à se développer, en les frap- BLATTA, I.OBOPTERA, 53 pant doucement avec ses antennes et en les louchant avec ses palpes maxillaires. Les lanes remuent leurs antennes, leurs pattes, se déta- chent les unes des autres, et marchent au bout de quelques secondes. L'oothèque, restée vide, montre, autant que de larves, de petites cel- lules séparées par des cloisons, blanches et lisses, dont le nombre correspond à celui des raies externes. Les jeunes larves sorties, la femelle ne s'en occupe plus. Blanches et translucides, avec des yeux noirs et une marque foncée sur l'abdomen, indiquant par transparence le tube digestif, elles ne tardent pas à devenir noires nuancées de gris jaunâtre, et au bout de vingt minutes courent çà et là, cherchant à manger, s'attachant aux miettes de pain et débris à leur portée. Hummel a compté six mues, non compris la sortie de l'œuf, en cinq à six mois. A chacune, l'insecte s'accroche à quelque objet et sort de la vieille peau fendue le long du dos, la nymphe avec fourreaux alaires à la cinquième mue, l'adulte à la sixième, et la Blatte, après chaque mue, reste (juclques instants d'un blanc de neige, avec les yeux noirs, se colorant ensuite à vue d'œil, d'abord par les antennes et les pattes. Ce nombre de mues est peu important, car Hummel rapporte que par- fois les larves ou les nymphes mangent les anciennes peaux et la ma- tière des oothèques ; il a donc pu se tromper sur les mues. Si dans une mue une larve casse ou endommage un de ses membres, ainsi une antenne, il est réparé, mais incomplet et bien plus court qu'à l'état normal. Cette répullulalion des parties, que nous retrouverons chez les Phasmiens, est un caractère de Crustacé. La Blatte germanique pullule dans les vaisseaux ; on l'a rencontrée dans des barils de riz ou de blé. TUiger assure qu'elle aime beaucoup les citrons, divers acides végétaux et même l'encre. Elle est devenue cosmopolite par transport : se trouve à la Nouvelle-Hollande, à Ceylan, au nord de l'Afrique et en Algérie (H. Lucas), en Guinée, au Mexique, aux Antilles, dans l'Amérique du Nord, au Chili. Les autres espèces, une cinquantaine environ, sont exotiques et des régions chaudes des deux mondes : ainsi le B. bivittata, Aud.-Serv., ressemblant beaucoup à B. fiermanica, à nervure discoïdale de l'aile ramiflée, formant quatre à six rameaux postérieurs, à élytres parcourues par une bande brune longitudinale, du Brésil, des Indes orientales, de Ceylan, paraissant devenir cosmopolite. I.OHOPTER.t, i!r. de \V. — Corps (itiloni;-ovale ; tête petite, ;i antennes de la lo[i4;upur du corps. Élytres abrés'ées ou lobiformes ; ailes nulles. C-nisses très- épineuses; jambes rompriniiTs, dilatées; pas de styles. Ce genre a été détaché des Phyllodroinia d'Audinet-Serville, des Poly- zosteria de MM. Burmeister et.Fischer. Les espèces sont de petite taille; trois ont les élytres lobiformes, très-courtes, latérales et sans contact. Ce sont le L. decipiens, Germar. de 8 millimètre? cf. Il millimètre? ^. bh ORTHOPTÈRES. noir, luisant, tout le corps bordé latéralement de blanc, les élylres en lobes noirs, bordés de blanc, les pattes couleur de rouille. La larve est noire, sans bordure latérale, à pattes plus claires. I/oolhèque, de la forme de celles des Blatta, est longue de 5 millimètres et haute de 3,5, lisse, avec des crénelures à peine visibles sur la suture. L'espèce se trouve sur toute la côte de Dalmatie, sous les pierres et les Algues rejetées par la mer, en Carniole, en Provence, en Corse, en Sardaigne, en Toscane, en Espagne, en Algérie près d'Alger, à Madère, en Grèce, en Turquie. .Joignons à cette espèce L. limbata, Charp., très-voisin du précédent, pubescent, peut-être de même espèce, de la France méri- dionale, de Portugal, de Sicile, de Corse, de Sardaigne, de Madère, et L. trivittata, Erichson, de Tasmanie. Une espèce des Indes orientales, L. indica, Br. de W., a les élytres seulement raccourcies, mais tangentes au bord suturai. PHOit.%fiiPlS, And.-Serv. — Tète aplatie, à yeux très-écartés ; antennes sétacées, très-lines, de la longueur du corps. Corselet un peu élevé en capuchon au- dessus de la tète; élytres bombées, larges à la base, pointues au bout, cornées, lisses et luisantes, sans nervures visibles en dessus ; ailes développées, Pattes étroites. Abdomen des deux sexes de même forme, aplati, élargi, avec une carène dorsale médiane, les segments dorsaux dépassant beaucoup les ven- traux et très-pointus aux angles postérieurs; cerques courts, pointus, de douze articles ; styles courts. Ce genre, étudié par M. E. Blanchard dans un travail intéressant déjà un peu ancien (i), a été réduit par M. Brunner aux seules espèces amé- ricaines, qui, au nombre d'une dizaine, sont du Mexique, d'Haïti, de la Guyane, du Brésil. Ces Blattiens, par leurs couleurs luisantes et-souvent vives, leur forme bombée, ont l'aspect de Coléoptères; leur coloration indique des insectes vivant à la lumière. A. Doumerc a toujours vu à la Guyane les Phoraspis blottis entre les feuilles qui forment les spathes des Maïs, des Cannes à sucre et autres Graminées. Us s'y tiennent, comme les grandes Cassides de ces pays, immobiles sur les feuilles ; mais dès qu'on agite les tiges de ces plantes en ouvrant les spathes, ils se laissent choir ou s'envolent brusquement pour aller se réfugier sur une autre gerbe. On ne trouve jamais, dit A. Doumerc, les Phoraspis dans les carbets, tandis que les Kakorlacs y dévorent les chaussures et les pains de cassave. Les Blabères, au contraire, ne se prennent que dans les forêts de l'Orénoque, à la nuit tombante, près des troncs d'arbres pourris. M. Brunner divise les espèces de Phoraspis en deux groupes, celles uù les élylres sont oitum^s de baiulelettes, et celles où ces (1) Mouogr. du rjcarc Phoraspis, de la famillp. des Blattiens, précédée de quel- ques observ. sur les Blattes des anciens [Ann. Soc. entom, de Fr., l"'" sér., 1837, VI, 271). PHORASPIS, POLYZOSTERIA, PERIPLANETV. 55 organes sont unicolores. M. Brunnor a roeonnu, grftce h la possession de nombreux sujets, que la couleur des élytrcs varie beaucoup, étant, tantôt foncée, tantôt claire, ce qui avait conduit M. E. Blanchard à éta- blir des espèces sur de simi)Ies variétés. Le dessin des élytres den)eure constant, ainsi que la couleuiJ du corps et des extrémités. En outre la face inférieure des élytres ne participe pas à la décoloration de la face supérieure dans les variétés claires. Le type est le I\ picta, Drury, du Brésil (pi. Lxi, fig. 3), commun dans toutes les collections, noir, à élytres d'un brun très-foncé, avec une bande humérale rouge occupant les deux tiers de la longueur de l'élytre et s'oblitérant en pointe ; les ailes sont enfumées avec une tache jaune allongée. M. E. Blanchard a décrit, sous le nom de luteola, une variété pâle, testacée, où la bande humé- rale des élytres n'est indiquée que par une teinte orangée. Les trois genres qui suivent ont l'abdomen des femelles muni de deux valves libres, en forme de nacelle, au sixième ou dernier segment ventral. POIiYXOrv. — Tète tout à f.iit eaclu'-e sdus le pronotuni; antennes de la hinguenr ihi corps, s'élargissant gradiielb'un'ut vei's le milieu, à articles moniliforrnes ; ocelles luisants; pronotinii iioilu , cilié aux bords. Élytres larges, aplaties, coriacées, sans nervures visibles, ciliées an bord et pubes- centes, saut" la partie recouverte de Félytre droite; ailes parfois développées, à (ilianq) anal non plissé en éventail, ordinairement rudinientaires. Pattes grêles. Abdomen très-dépriiuf- , tous ses segnienfs contrai'tés au milieu; cer(pies hmgs, de douze articles pubescents ; styles longs. Les espèces peu nombreuses de ce genre sont exclusivement du .S. E. de l'Asie. Le type, très-aïu-iennement connu, des Indes orientales, est le C. Petiveriana, Linn., ayant une longueur de 16 millimètres rf, et 25 millimètres Ç. Les deux sexes ont une forme orbiculaire et sont d'un noir terne, les élytres noires avec sept taches blanches. Le bord recou- vert de l'élytre droite est d'un orangé sale. Les ailes varient beaucoup en développement, ordinairement rudimentaires, égalant chez quelques r.ORYDlA, POLYPHAGA. 61 individus la longueur des élylres. Elles sont d'un orangé foncé, à bord apical noir. L'abdomen est noir avec les bords dorsaux de couleur orange, et les cerques noirs. LiinuTus avait confondu cet élégant Blattien avec un (-oléoptère, et le plaçait dans le genre Cassida. M. Gerstâcker a fait connaître quelques espèces des lies Philippines, du Bengale, de l'Assam, dont l'une au moins présente un curieux caractère îqui rappelle tout à fait les Malachies (Coléoptères). Dans le C. car unculi fiera, Gerst., de Manille, espèce d'un brun châtain, les deux premiers segments abdominaux portent, k la jonction du segment dor- sal ou ventral, un appendice membraneux, en forme de poche, que l'insecte peut, à volonté, faire sortir de l'abdomen, ou replier à l'inté- rieur. Il est long chez le mâle de près de '2 millimètres et large de 1 millimètre, et, chez la femelle, a plus de /i millimètres de long sur û de large ; son usage est inconnu. Dans le groupe de Blattiens qui nous occupent, il nous reste à indi- quer seulement quelques genres curieux de l'Amérique méridionale, des Antilles, du Mexique, de l'Afrique et des îles de l'océan Pacifique. Le genre Holocompsa, Burm., est formé d'espèces de petite taille, la plupart du Brésil et des Antilles, ressemblant à des Hémiptères hété- roptères de la tribu des Scutellériens. En efl'et les élytres, étroites à la base, laissent libre un grand scutelle triangulaire, s'élargissant vers l'extrémité ; une hgne oblique sépare les élytres en deux plaques, une basilaire opaque, l'autre apicale, membraneuse et transparente ; les ailes hyalines ressemblent à celles des Aphidiens. Le type est VH. fulva, Burm., d'Egypte et d'Abyssinie, entièrement brun, a\ec la partie mem- braneuse apicale des élytres brune, tigrée de points diaphanes chez le mâle. Le genre Euthyrrhaplia, Burm., présente une espèce unique, n'ayant que 7 à 8 millimètres, d'un brun bleuâtre, avec le pronotum bordé d'orangé, les élytres ornées d'une tache médiane orangée, et, ce qui est remarquable, ayant les ailes dont le bout enfumé dépasse les élytres. C'est ÏE. pacifica, Coquebert, des îles de l'océan Pacifique, du Brésil, du Mozambique. BLATTIENS MUTIQUES NUDITARSES IM»l,YPIIA(i;.%, lîriillé. — Tète gloliuleusc, ; ocelles dos mâles élevés, bien dévc- loppés, les femelles n'ayant (lue des taches occlliformes ; pronolum poilu ou cilié. Organes du vol bien dévelojipés chez les niàles, avec champ anal des ailes entièrement réfléchi, non plissé ou éventail. Femelles tantôt pourvues d'organes du vol pareils à ceux des mâles, tantôt aptères. Cuisses inermes, sauf une longue épine terminale, pubescentes. Abdomen à segments contractés au milieu ; des styles. Ce genre se divise naturellement en deux sous-genres. Dans l'un, 62 ORTHOPTÈRES. Heterogamia, Burm.., los mrdcs et les femelles sont très-dissemblables, les premiers étant du type des Corydia, les secondes analogues aux larves des Blahera. Les tarses des mâles sont fins et grêles, ceux des femelles robustes, les premiers ayant ordinairement une petite pelote entre les crochets qui manque chez les seconds (ce caractère offre quelques exceptions). L'abdomen comprimé des mâles se termine par des cerques très-longs, de huit articles; l'abdomen élargi des femelles, qui sont orbirulaires et convexes, ne porte que des cerques très-courts, triangulaires et complètement recouverts par la plaque suranale. Toutes les espèces sont de l'ancien monde, surtout de l'I^gyple, aussi de la Syrie et de Port-Natal. Le type est le Polyphatja regyptiaca , Linn., d'un brun châtain dana les deux sexes, avec le bord antérieur du corselet blanchâtre. Le mâle est long de 20 millimètres, à élytres d'un brun terne, toutes les nervures bien marquées, la strie arquée profondément imprimée, les ailes rembrunies, un peu plus courtes que les élytres. M. L. Brisout a observé trois cas où l'un des tarses n'offrait que quatre articles. La femelle, tout à fait aptère, variant de 27 à 38 millimètres, est ovalaire, terne, plus foncée que le mâle, à antennes beaucoup plus courtes que le corps, les segments ciliés de poils roux et luisants. L'oothèque a une forme très-particulière, longue de 11 millimètres, haute de 5, presque cylindrique, cannelée dans le sens longitudinal et nn peu recourbée aux deux extrémités. La suture offre une crête très-apparente, prolon- gée à un bout en un éperon arrondi long de 3 millimètres ; toute la crête est armée d'une vingtaine de dents disposées en scie, profondé- ment incisées et fortement courbées du côté opposé à l'éperon. Les larves des deux sexes ressemblent par la forme à la femelle développée, et sont ornées de taches blanches en deux séries sur les segments. Les mâles volent le soir contre les fenêtres. — Nous représentons des détails de cette espèce pi. lxi : fig. Zi, lèvre inférieure et palpes labiaux; Û a, mâchoire ; h 6, tarse postérieur; à c, base de l'antenne. — On la trouve sur les terrains sablonneux du littoral de la Méditerranée, en Dalmatie près de Spalato, en Grèce, à Corfou, en Calabre, en Sicile, en Syrie, en Palestine, en Egypte, en Algérie (H. Lucas), dans le Caucase, la Russie méridionab; , lu Sibérie, la Perse. Les grandes femelles, pareilles du reste aux petites, viennent de la Perse et de la Turcomanie. L'autre sous-genre, Ilomœogamia, Burm., offre un degré de dévelop- pement de plus ; les deux sexes ont les organes du vol bien développés, les élytres poilues, les ailes à champ anal non plissé en éventail, les pattes grêles et sans pelote tarsienne. On ne connaît qu'une espèce, de la partie' orientale du Mexique, le P. mcxicanu, Burm., de couleur châtain, à élytres dépassant beaucoup l'abdomen chez les mâles, l'éga- lant chez les femelles, de 20 à 25 millimètres. Les larves, d'un brun chocolat, ressemblent aux femelles de P. œgyptiaca, mais sont dense- [monachoda, blabëra. 6ï mcnl poilues en dessus. Les Espagnols de l'Araérique nomment ces insectes Cucaraches et Madrés de Chinchas (mères des Punaises). MO:%At:ifl4»MA, liuriii. — Tète gruiulc, dépriiuôc, à aiitcmics plus courtes que le corps ; corselet très-large, avec un capuclion dépassant beaucoup la tète. Élytres planes, très-larges, rareuient abrégées; ailes très-amples, rarement rudimentaires. Cuisses inermes, tarses à grands crochets sans pelote; seg- ments abdominaux dorsaux à angles postérieurs avancés en lobes; plaque suranale ample, profondément incisée dans les deux sexes; cerques longs; un seul style du côté droit. Ce genre présente des espèces de grande taille, qu'on ne rencontre qu'aux Antilles et dans l'Amérique du Sud, et qui commettent beau- coup de dégâts dans les maisons. Les larves sont très-déprimées, ce qui leur permet de se glisser partout entre les planches des caisses, dans les tiroirs, dans les malles : cela explique la nécessité de renfermer les vêtements dans des caisses de fer-blanc soudé à l'étain. Elles ont les segments dorsaux avancés en bouclier qui recouvre le corps. Elles paraissent vivre fréquemment dans le bois, car les individus qu'on reçoit sont souvent couverts de fragments ligneux. Il y a deux espèces communes dans les collections, toutes deux du Brésil, à mâle brun, à femelle tcstacée. L'une est le M. reflexa, Aud.-Serv., espèce indiquée par Moufett, à mâle allongé, à femelle large, les élytrcs linéaires et acuminées au sommet chez les mâles, dilatées et arrondies chez les femelles, les ailes de forme analogue, développées dans les deux sexes. L'autre espèce est le M. pedestris, Aud.-Serv., à corps très-large dans les deux sexes, à élytres larges dans les deux sexes et acuminées au som- met, les ailes du mâle parfaitement développées et brunes, celles de la femelle rudimentaires. BLABï:n.%, Aud.-Serv. — Antennes de la longueur du corps; pronotum très- large, subdéfléchi, dépassant à peine la tête. Élytre.s très-larges, pointues vers le sommet) et ailes de même longueur. Cuisses inermes, tarses longs. Abdo- men souvent dilaté sur les bords; un seul style. Toutes les espèces de Blabera sont de grande taille et vivent ait Mexique, aux Antilles et dans l'Amérique méridioiuile ; elles sont nom- breuses et difficiles à distinguer. Les larves des Rlabères ont les seg- ments dorsaux prolongés en une membrane transparente, comme celles des Monacbodes, et n'en diffèrent que par le pronotum antérieurement plan, tandis qu'il est plus ou moins relevé chez les scïcondes. Nous cite- rons le B. (jigantea^ StoU, Linn., du Brésil, de la (inyane, de l'Amérique australe. On dit que cette Blatte géante ronge, pendant la nuit, les ongles des gens endormis. La femelle atteint G centimètres de long. La tête et les antennes sont noires, les taches ocellifornies jaunes; le thorax est teslacé, moucheté de brun, avec une grande tache noire; 6U ORTHOPTÈRES. subcarrée, au centre du pronotum ; les élylres sont testacées, avec une ligne noire à la base, l'élytre gauche ayant une grande tache brune et confuse sur le disque, et une autre, moins marquée, à l'extrémité. L'élytre droite ne porte qu'une très-petite tache, coupée à l'endroit où, à l'état de repos, l'élytre gauche recouvre la droite, toute la partie recouverte étant hyaline. Les ailes sont très-pâles^ à nervures testa- cées ; les pattes brunes; l'abdomen brun, avec quelques marques testa- cées. M. Brunner a séparé, sous le nom de B. Stollii, Br. de \V., une espèce de la Guyane très-voisine, dont la femelle acquiert 75 millimètres de long, il pattes et abdomen tostacés, ayant seulement quelques parties brunes. Ajoutons à ces citations le B. Atropos, Stoll, de 36 à /i2 milli- mètres de long, des Antilles, de Cuba, d'Haïti, du Venezuela, de Colom- bie. M. L. Brisout a observé un cas sur cette espèce où l'un des tarses n'avait que quatre articles. Les Blabères sont de hideux insectes. PAWESTHIA, Aud.-Serv. — Tète très-grande et bombée; antennes conrtes et jeux très-écartés, deux ocelles bien développés; pronotum à (lis(juc impres- sionné et tuberculeux, élevé et échancré au-dessus de la tête. Élytres très- aplaties, cornées, lisses et luisantes, à nervures peu apparentes, bordées d'un liséré membraneux et transparent, rétrécies subitement après le cliamp mar- ginal , de sorte qu'elles laissent entre elles, croisées au repos, un large- écusson triangulaire, et permettent d'apercevoir les côtés de l'abdomen; ailes ourlées au bord antérieur, dentelées au bord postérieur. Pattes fortes, assez courtes, à jambes très-épineuses ; tarses à article terminal très-long. Abdomen ovale-oblong, grossièrement ponctué sur le dos; plaque suranale très-large, avec petits cerques triangulaires: ])as de styles. Les Panesthies sont noires et très-brillantes, vivent dans le bois pourri, et sont très-communes dans l'Hindoustan, Ceylan, l'Indo-Chine, les îles de la Sonde et des Moluques et l'Australie. Le type est le /'. jauanica, Aud.-Serv., de .Java, des îles Philippines, de la Birmanie, noir, h appen- dices bruns (c'est le Blatta œthiops de Stoll), de 30 k 55 millimètres de long. M. L. Brisout a observé sur cette espèce quatre cas où l'un des tarses n'était composé que de quatre articles. Les larves sont brunâtres, et portent quatre grandes taches jaunes sur le mesonotum et le metanotum. CRYPTOCURCl'iii, S. Scudder. — Corps allongé, aptère dans les deux sexes, ourlé sur tout son pourtour. Tète grosse, entièrement cachée sous le prono- tum ; ocelles nuls; antennes courtes. Pattes courtes et grosses; cuisses avec quel((ues éi)iues à l'extrémité. Extrémité et appendices abdominaux renfermés dans une sorte de boîte à deux valves. Ce genre, voisin des Panesthia, est très-anormal. On ne compte que sept segments dorsaux apparents (également chez les Panesthia) et six ventraux. Le 7'= dorsal et le 6^ ventral se soudent par les bords, de MANTIENS. 65 manière à former comme un bec large, d'aspecl de bouche de grenouille ou de lézard, renfermant, cacliés chez les mâles, les 7<^ segments dorsal et ventral trùs-pctits et le 8" ventral, et, dans les deux sèves, la plaque suranale triangulaire et ses petits cerques lancéolés, une plaque sous- génitale arrondie, avec deux styles chez les mâles. Ce genre est établi sur une espèce du Tennessee (États-Unis), le C. punctulatus, S. Scudd, d'un brun marron semé de ponctuations éparses, le corps du mâle grêle, fusiformc, de 22,5 à 27 millimètres. Tribu des IIAMTIE^S. Les Mantiens, type carnassier des Orthoptères, sont, à ce titre, les seuls insectes de cet ordre qui soient véritablement utiles pour nous; s'ils détruisent des insectes carnassiers, il y a chance qu'ils frappent de mort une bien plus grande quantité de phytophages, beaucoup plus nombreux, moins agiles, moins bien armés pour la défense. L'organisation des Mantiens est en rapport avec leur genre de vie, qui exige à la fois la force et la souplesse. La forme du corps est le plus souvent allongée, même bacillaire, parfois courte et ramassée. La tête est triangulaire, bien découverte, à face aplatie, perpendiculaire au corps. Les antennes sont sétacées en général, formées de beaucoup d'articles subcylindriques, pectinées et courtes dans certains mâles (genres Blepharis, Empusa, Theociytes); elles restent toujours grêles chez les femelles et moins longues que le corps, qu'elles dépassent quel- quefois chez les mâles. La vision et très-développée, comme chez tous les carnassiers. Les yeux, en général gros, arrondis et bombés, par- fois coniques et pointus, sont placés en arrière, et occupent les angles supérieurs du triangle de la tête, de manière à exercer la vision dans plusieurs directions. Ce sens a un complément d'organes par l'existence constante de trois ocelles, souvent portés sur des éminences, et plus gros chez les mâles que chez les femelles, les deux supérieurs regardant eu dehors et l'inférieur en bas. Au-dessous des ocelles existe un écusson facial {de Saussure), bordé par des lignes saillantes et occupant presque tout l'espace compris entre les yeux, les antennes et le chaperon : cette pièce est importante pour la diagnose des genres et des espèces. Les pièces buccales sont d'une longueur médiocre, offrant un labre arrondi, des mandibules fortes et tranchantes, destinées à inciser la chair, et portent cinq dents séparées en deux groupes, trois à l'extrémité, deux à la base ; les mâchoires sont un peu allongées, le lobe interne bidenté au bout, les palpes maxillaires médiocres, ayant cin({ articles, les deux premiers courts, le troisième plus long, le dernier appointi. La lèvre est quadrilùbée, avec palpes labiaux de trois articles subégauv, le dernier appoinii. On voit que les deux sortes de palpes se terminent en pointe, sans oil'rir à l'extrémité, comme dans les autres tribus d'Orthoptères, une surface tactile garnie d'une vésicule, Iji ellVI, les Mautieiis, se GIRAUD. JI. — T) 66 ORTHOPTÈRES. nourrissant de proie vivante, ont pour organe principal, dans la re- cherche de la proie, la vue et non le loucher, ce qui explique la sim- plification de structure des palpes. La tète tout entière tourne très- librement sur son articulation au prothorax. Le thorax est remarquable par un très-grand allongement de son premier segment, le prothorax. Il se dilate au-dessus de l'insertion des hanches, de manière à loger les muscles puissants nécessaires aux pattes antérieures, organes caractéristiques et fondamentaux des Man- tiens ; puis se rétrécit peu à peu en un cou de longueur variable qui porte la tête. Le mésothorax et le métathorax sont courts, avec un mesonotum et un metanotum lisses et demi-coriacés, protégés au repos par les organes du vol, sans écusson; au metanotum se soude le segment médiaire, conservant l'apparence d'un segment abdominal- Les organes du vol ont une grande analogie de nervures avec ceux des Blattiens, avec les nervures moins ramifiées et plus nettes. En général, les pscudélytres sont grandes, dépassant l'abdomen dans les deux sexes, parfois raccourcies ou même rudimentaires, surtout chez les femelles, coriacées ou membraneuses, toujours plus membraneuses chez les mâles que chez les femelles. La nervure humérale ou principale reste simple presque jusqu'au bout, où elle émet un rameau qui forme la pointe de l'organe ; la nervure médiane longe de très-près la précé- dente, et ne s'en détache que dans la moitié terminale de l'élytre ; la nervure discoïdale fournit plusieurs secteurs aboutissant au bord sutu- rai. Le champ anal ou axillaire est toujours partagé par un pli oblique ou rectiligne, qui permet à sa région postérieure, demeurée membra- neuse, de se rabattre en dessous, en se plissant, quant la pseudélytre rentre au repos. Au milieu de celle-ci et appliquée contre la nervure humérale est une callosité allongée, plus ou moins étendue, le sligma, qui interrompt souvent les nervures médiane et discoïdale, et empêche de distinguer l'une de l'autre. Quand l'élytre reste membraneuse, le stigma peut manquer, ou être remplacé par une simple ligne, mem- braneuse et luisante. Les ailes sont hyalines ou colorées, grandes, membraneuses, dépassant souvent les élytres au repos. Leur nervure la plus apparente est la discoïdale, qui peut être simple, ou bifurquée, ou ramifiée, au maximum en quatre branches, sans devenir jamais aussi rameuse que chez les Blattiens. Quand les organes du vol se rac- courcissent, ce qui est assez fréquent, les élytres ne deviennent jamais aussi courtes que chez les Pliasmiens et continuent à recouvrir les ailes abrégées ; celles-ci ont alors une tendance à prendre une couleur vive, rouge ou d'un noir violet, comme par une sorte de compensation, et parfois des ailes hyalines passent au brun dans la même espèce, chez certains individus; après la mort, la couleur des ailes tend parfois à s'obscurcir par dessiccation et altération des tissus. Les pattes présentent les caractères éminemment distinctifs des Mantiens. Les antérieures acquièrent un développement et surtout une MAMIEINS. 67 - rme qui leur ont fait donner le nom de ravisseuses. Les hanches sont Jevenues très-longues, au moins de la longueur des cuisses, compri- mées, anguleuses, souvent épineuses sur leurs carènes ; très-mobiles, elles s'articulent par artlirodie sur le prothorax. Les cuisses, articulées sur les hanches par un trochanlin distinct, sont renflées et comprimées, et munies en dessous d'une cannelure dont les deux bords sont armés d'épines, plus nombreuses au bord interne qu'à l'externe ; en outre, à la base, est une rangée oblique d'épines, avec une principale ou basilaire plus grande que les autres, atteignant quelquefois une extrême longueur {Empma, Metalleutica). La jambe, plus courte que la cuisse, prismatique ou comprimée, se termine par une forte griffe, arquée et aiguë, à deux bords munis d'épines, celles du bord interne au nombre de treize à quinze, de longueurs croissantes, celles du bord externe moins fortes, parfois réduites à des dents obtuses; en dessous est un canal où viendra se placer le tarse au repos. Les hanches triquètres s'appliquent l'une contre l'autre sous le prothorax; la cuisse s'adapte extérieurement à la hanche et porte repliée contre elle la jambe, de manière à former comme une main ou un étau redoutable destiné à saisir et à maintenir la proie : c'est le bord interne, le plus fortement armé d'épines, qui joue le rôle principal et sur lequel la Mante dévore sa victime. Les deux rangées d'épines du tibia et du fémur, se faisant opposition, s'engrènent entre elles, et, comme les épines du bord interne du fémur sont alternativement courbées en dehors et en dedans, elles s'entrecroisent avec celles de la jambe comme les dents d'une carde; les épines du bord externe de la cuisse jouent le rôle de bornes pour empêcher la jambe de dévier hors de la cannelure de la cuisse. Enfin le tarse, inséré à la base de la griffe de la jambe, se trouve, dans la flexion de repos, engagé entre l'épine principale de la cuisse et la pre- mière épine du bord externe, qui sont comme deux chevilles qui l'assu- jettissent à droite et à gauche, ses crocheta se fixant au coude formé par l'articulation du trochanter et de la hanche. Aussi la longueur du tarse est en relation directe avec celles de la cuisse et de la jambe. Les quatre autres pattes sont simplement ambulatoires, en général longues et grêles, parfois courtes, ordinairement cylindriques, parfois prismatiques et multicarénées {Theoclyles), se chargeant de lobes membraneux dans toute une série d'espèces. Les cuisses sont d'ordinaire inermes, avec quelques exceptions {Eremiaphila), et les jambes ont en général des poils couchés. Les tarses, toujours grêles, souvent comprimés, ont cinq articles (sauf chez les Hetcronijcltotarsus) ; souvent le quatrième article se dilate en dessous, comme une sandale bilobée, et il n'y a jamais de pelote ou arolie entre les crochets. L'abdomen est de forme variable, en rapport avec l'aspect général du corps, conique, rhomboïdal, linéaire ou bacillaire chez les rardes, rhomboïdal, fusiforme ou bacillaire chez les femelles. On y compte, outre le segment médiaire, neuf arceaux dorsaux, dont le dernier 68 oiiniOfrèRES. formo la plaque siirauuk;, très-variée de forme, et portant deux cerques en général Irés-développés et de configurations diverses. Le ventre a six segments chez les femelles, huit chez les mâles. Le dernier segment ventral des femelles se renfle et s'allonge en bec pour servir de four- reau à un oviscapte très-court et recourbé en bas, et où l'on trouve les mêmes parties que dans le grand oviscapte des Locustiens, chaque valve étant composée de trois pièces. Cette gaine remplit d'importantes fonctions lors de la ponte, s'ouvrant en forme de truelle, et servant à pétrir la matière visqueuse qui formera la capsule des œufs. Chez les mâles existe une grande plaque sous-génitale, de forme arrondie, portant toujours deux styles subarticulés. Elle offre protection auv cro- chets copulateurs, en général atrophiés au côté gauche, et qui rovè- tent des formes très-compliquées, analogues à celles qu'on observe chez les Blattiens mâles. Les Mantiens montrent une sorte de parallélisme a\ec les Phasmiens phytophages, en présentant naturellement la supériorité dans les fonc- tions de locomotion et de relation, en raison de leur régime carnassier. Des affinités étroites les lient aux Blattiens, carnassiers de substances mortes. Ces derniers ont, comme les Mantiens, la tète lenticulaire et comprimée transversalement, le vertex en avant, la bouche en dessous, tandis qu elle est dirigée en avant chez les Phasmiens ; mais chez les Blattiens la tête, plus ou moins recouverte par le prunotum, n'est pas librement articulée comme chez les Mantes, la souplesse des mouve- ments n'étant pas nécessaire pour saisir des substances inertes, qui ne cherchent pas à s'échapper à la fa(;on des proies vivantes. 11 existe enlin des ressemblances collatérales entre les Mantiens et des insectes carnas- siers d'autres ordres, également munis de pattes ravisseuses. Le type le plus analogue aux Mantes est celui des Manlispes, chez lesquelles les pattes antérieures ont presque la même structure, si ce n'est qu'elles sont plus simples et que la jambe n'offre pas d'épines en dehors de la griffe. La ressemblance d'aspect a fait confondre par tous les anciens auteurs les Mantes et les Mantispes ; mais ces dernières sont des >iévro- ptères par la nervation des ailes et par la forme du prolhorax, qui n'offre pas de cou, et qui, au lieu d'être dilaté uu-dessus des hanches, est dilaté à son bord antérieur pour l'articulation de la tête. Les Hémi- ptères ont aussi plusieurs genres à pattes antérieures ravisseuses, mais le seul qui ressemble aux Mantiens est celui des Banatrcs ; il s'en dis- tingue facilement par la tête, allongée et enchâssée par la base, avec la bouche en avant, comme les Phasmes, et surtout par la différence des pièces buccales. Les Mantes européennes éclosent au mois de juin et mettent près de trois mois pour parvenir à l'état adulte. L'accouplement a Heu à la tin d'août et en septembre et dure plusieurs heures. La femelle se promène lentement, portant le mâle sur le dos placé parallèlement à elle, et semble comme abêtie, indifférente à ce qui se passe autour d'elle. En MANTIENS. 69 Europe, la ponte se fait en septembre, en mai au cap ûr. Roniie-Espé- rance. F. es Mantiens entourent leurs (enfs d'une oolli(''que, mais la l'açoiuu'iil jiendant la ponte même cl non dans roviduct(\ et l'aban- donnent sur place, sans que la femelle la traîne avec elle. Chez les espt>ces observées, la femelle dégorge, en même temps que les œufs, une masse considérable de matière visqueuse qu'elle fixe sur les tiges des buissons ou sur les pierres. Pendant qu(! cette viscosité s'écoule, l'abdomen de la Mante se livre à des ondulations régulières, malaxant sans cesse la matière gommeuse, et l'étalant par couches successives qui s'emboîtent les unes dans les autres en calotte ovoïde. Dans ce travail, le bec déployé du dernier segment ventral, ou plaque sous- génitale, remplit les fonctions d'une truelle, taiulis que les cerques se meuvent sans cesse à la surface de l'amas gommeux pour l'arroTulir et en égaliser la surface. Toute la masse se termine par une sorte de queue qui se colle à la tige, ou qui, dans certaines espèces, reste dirigée en haut, ainsi dans l'espèce américaine Staçimomantis carolina, don- nant à la coque l'apparence d'un fruit provenant d'un ovaire multilo- cnlaire, erreur qui a été souvent commise. Les espèces qui impriment cette forme à leurs capsules ovigères en retieinient la queue visqueuse entre leurs pièces anales pendant quelques minutes, pour permettre à cette queue de se solidifier en position ascendante. En Europe, les œufs des Mantis et des Amcles, pondus en automne, se conservent jus- qu'à l'été suivant, et les Mantes périssent avant l'arrivée des froids, en sorte quelles disparaissent entièrement pendant environ six mois, car il n'y a qu'une seule ponte annuelle. Il est très-probable que, dans les pays chauds, la vie des Mantes ne s'interrompt pas aussi longtemps, et déjà, dans les parties les plus méridionales de l'Europe, les Empuses hivernent à l'état de larves, et se transforment au printemps suivant. Les oothèques oifrent des différences de forme selon les espèces. La coupe de celle de la Mante religieuse montre deux parties symétriques; une chambre médiane contient les œufs dans des loges formées par des cloisons qui se rétrécissent au-dessus des œufs; elles se terminent en goulot par une lame arquée s'imbriquant sur la lame de la cloison précédente, dans la direction du petit bout de la coque. On trouve huit ou dix œufs dans chaque loge, chacun enveloppé d'une pellicule gom- meuse. Les œufs de chaque loge sont donc comme juxtaposés entre les deux parois dune bouteille aplatie à goulot arqué, et l'écaillé ter- minale de chaque cloison, imbriquée sur l'écaillé de la cloison sui- vante, ferme la loge placée entre les deux cloisons au moyen d'un opercule élastique que les petites larves auront à soulever pour trou- ver issue à travers le goulot. Latéralement à la chambre centrale à œufs, sont de chaque coté des enveloppes formées d'une écume plus légère, contenant aussi des loges arquées et disposées par couches successives, correspondantes à la succession des loges centrales. Elles ne contiemient pas d'œufs et scrvenf de rev(''fements protecteurs de la 70 ORTHOPTÈRES. chambre centrale. I/oothèque est d'abord molle et blanchâtre, mais bientôt s'obscurcit et devient dure, parcheminée, imperméable à l'eau. On peut la plonger dans un liquide sans que les œufs soient atteints, tant les écailles en opercules se ferment exactement les unes sur les autres. On a peine à comprendre comment la Mante peut, tout en pondant, construire une oothùque aussi régulière et aussi compliquée. Elle commence l'établissement par le gros bout, et, en imprimant à l'extrémité de son abdomen des ondulations circulaires, arrange par couches concaves la matière gommeuse qui s'en écoule. 11 faut suppo- ser que, pour chaque couche, elle dégorge d'abord les œufs enveloppés d'une matière plus fortement gommeuse que le reste, et qui, on séchant, constituera la loge médiane à parois cornées, et qu'elle dépose ensuite, de droite et de gauche, une viscosité moins substantielle, qui, en se solidifiant, formera les masses écumeuses latérales. Les petites espèces du genre Ameles ont des capsules ovigères prismatiques, presque dépourvues de tissu cellulaire latéral. M. de Saussure suppose que c'est grâce à un dégagement de gaz, boursouflant la substance visqueuse au moment de la ponte, que se forment les loges et les cellules. Le développement de la Mante religieuse, qui sert de type pour les Mantiens, a été étudié avec soin par M. Pagenstecher. L'œuf éclôt au mois de juin, et la jeune larve en laisse la coquille au fond de 1a loge. Elle offre d'une manière générale l'aspect de l'adulte, mais n'a que des articles du tarse incomplètement segmentés, et des cerques remplacés par de longs filaments. Trop faible pour se servir de ses pattes, elle emploie pour sortir de la loge un artifice pareil à celui des chrysalides de Sésies se hissant hors des trous des arbres. La surface de son corps porte des épines dirigées en arrière, de sorte qu'en im- primant un mouvement ondulatoire à l'abdomen, les épines servant d'appui contre les parois de la loge, la larve chemine vers l'opercule, de la même manière qu'un épi de seigle, à l'aide de ses barbes à er- gots, glisse sur un morceau de drap soumis à des secousses. La petite larve soulève avec son dos l'opercule de la loge et s'échappe. Parfois l'opercule, se refermant par son élasticité, enferme ses pattes et ses tilets anaux, et, si elle ne réussit pas, avec cet appui, à sortir de sa première peau, elle périt. Dans les autres changements de peau, l'insecte est également obligé, pour sortir de sa dépouille, de se fixer à quelque objet ou de l'arracher avec ses grili'es. Les petites larves, à l'origine délicates, molles et pâles, s'écartent d'abord peu de l'oothèque, puis se cachent sous les feuilles et les pierres, où se fait leur première mue. Elles ne prennent aucune nourriture, mais ont déjà les attitudes de l'adulte, tournant la tête en arrière, repliant leurs pattes ravisseuses. Elles sont pourtant singulièrement timides, et se réfugient sous les pierres à l'apparition du moindre insecte. Les pattes antérieures ne leur servent encore que pour grimper, et elles; cherchent en effet sans MANTIENS. 71 cesse à gagner les extrémités dos tiges, où elles paraissent se rendre à la recherche des Pucerons. Ces animalculos leur inspirent cependant une grande terreur au déhut de leur vie, et c'est seulement avec une extrt'me circonspection, et en usant de toutes les ruses 'que dicte la prudence, qu'elles s'en approchent et apprennent peu à peu à les saisir. Les ocelles manquent encore, et ne se développent que dans les mues suivantes. Les jeunes Mantes dévorent aussi les petites larves de divers insectes, les cadavres de leurs compagnes, et rongent les parties molles des insectes qu'on leur ofl're. Au bout de douze à quinze jours, survient la seconde mue, crise mortelle pour beaucoup d'individus, qui ne parviennent pas à se dégager de leur enveloppe. Alors les jeunes Mantes mesurent environ un centimètre, et peuvent se rendre maîtresses de proies d'une certaine taille, comme des Éphémères, des ïhysanoures, etc. La troisième mue survient quinze à vingt jours plus tard. Après chaque mue, les Mantes sont si faibles, qu'elles ne peuvent pas se livrer à la chasse, et elles redeviennent alors aussi peureuses qu'à l'époque de leur première jeunesse, se laissant tomber des bran- ches, terrifiées à l'approche d'un insecte; mais bientôt naît un appétit vorace, et elles dévorent des insectes ou des larves ayant moitié de leur taille et qu'elles saisissent à la course. Leur agilité augmente, et elles commencent à prendre ces mouvements de singes qu'on retrouve chez les adultes, se laissant tomber d'une branche à l'autre et se rattrapant par une giiffe tibiale. Elles ont au moins sept mues, mais qu'on ne peut suivre toutes par la difficulté d'élever ces larves en captivité. Le nombre des articles des antennes augmente à chaque mue à partir de la base. Les ocelles ne se montrent qu'avec les rudiments alaires, mais le nombre des articles des tarses est de cinq aussitôt après la première mue. Les organes du vol apparaissent au bord latéral des segments du mesonotum et du metanotum, et dans ces moignons séparés des téguments on distingue déjà la ner\ure principale et le champ anal strié longitudinalement. Ils ont déjà la position normale, le bord costal étant externe et le suturai interne, car, n'étant pas articulés, ils ne peuvent se renverser. Ces organes sont bien plus développés que chez les Blattiens, où les nymphes offrent bien des prolongements thora- ciques, mais non dessinés dans leurs contours. On est étonné, à la der- nière mue, du développement énorme des pseudélytres et des ailes, comparées aux petites gaines où elles étaient renfermées chez les nymphes. Ce sont des nymphes que se rapprochent les Mantiens adultes subaptères, où les organes du vol existent sous forme de moignons. Ainsi chez les Coptopteryx femelles, où les élytres seules se développent raccourcies, les ailes gardent la forme nymphale de lobes striés non séparés du metanotum. Au contraire, chez les Blattiens et lesPhasmiens, l'état larvaire est celui qui se conserve le plus souvent chez les espèces aptères ou subaptères. Les Mantiens présentent, à un degré analogue aux Phasmiens, les 72 ORTHOPTfcRRS. phénomènes protecteurs du mimatisive, ou adaplaliou aux milieux ambiants par la couleur et la forme. Les espèces planticoles sont en général vertes, parfois grises ou jaunes par variétés individuelles, ou brunâtres quand elles imitent les feuilles mortes, il y a des espèces, habitant les rochers stériles et les déserts, qui ont toujours une teinte grise ou jaunâtre {Eremiaphila, Uderoriychotarsus, Fisclieria). Outre la couleur, ces insectes simulent encore la terre par les rugosités de leur corps. Chez ces Mantes terricoles, les organes du vol tendent à s'atro- phier et les pattes postérieures à s'allonger. 11 y a des Maiitiens à corps bacillaire, ressemblant à de minces branches d'arbre ; leurs ailes ten- dent à s'atrophier, et même deviennent impropres au vol dans les grandes espèces de cette forme {Thespis, Aiifiela, etc.), caries muscles des ailes ne peuvent prendre assez de force pour les mouvoir quand le corps reste bacillaire; les petites espèces de ce type gardent des ailes bien développées (Miopteryx), car, la puissance de l'aile étant propor- tionnelle au carré de sa longueur, le fonctionnement des ailes de petites dimensions absolues exige assez peu de force musculaire' pour coïncider avec un corps très-grèle. Certains Mantiens imitent les formes des feuilles avec leurs nervures, ou par un prolongement foliacé du prothorax {Chœradodis, Epaphrodita), ou par des élytres découpées sur leurs contours {Deroplatys, Acanthops), ou dilatées outre mesure {Cardioptera, Stagmatoptera). Quelquefois les apparences végétales sont très-bizarres par le concours de lobes foliacés des pattes, du corps et de la tète {(iongylus). Enfin les insectes peuvent associer certaines postures aux formes déchiquetées de leurs appenilices, de manière à ressembler à des fruits follicules ou à des paquets de folioles (Acanthops Ç). Les Mantiens, les Rapaces des Orthoptères, sont des insectes de rapine, combinant les mouvements du Chat et du Singe. Leurs pattes anté- rieures sont à deux tins. Elles peuvent servir à grimper, à l'aide du tarse et surtout de la griffe crochue qui termine la jambe; mais le plus souvent ce sont des organes de chasse. La vie de ces insectes se passe à errer sournoisement dans les herbes et dans les buissons, à la recherche d'une proie, ou à se mettre à l'all'ût pour la sur- prendre. Le corps est alors soutenu par les quatre pattes posté- rieures, le prothorax relevé obliquement, et les pattes antérieures, tout à fait libres de leurs mouvements, repliées et dissimulées sous le pro- thorax. Ils attendent ainsi avec patience qu'un insecte passe dans le voisinage de leurs redoutables serres. Dès qu'il est à portée, ils projet- lent subitement sur lui une patte antérieure, avec une telle vitesse, que l'œil n'en saurait suivre le mouvement, ainsi qu'il arrive pour la langue du Caméléon immobile. Ils ramènent la viclime serrée dans l'étau, et maintenue par les épines, entre la jambe et la cuisse. Les Mantes font leur nourriture habituelle des Mouches, et s'emparent aussi des Phasmes, des Sauterelles et même des Coléoptères, dont elles ne dévorent que les parties les plus tendres. Certains insectes à odeur MANTIENS. 73 fétide, ainsi les Mûloés (Culéoplrres), Unir iiispiront une grande répulsion, et semblent à l'abri de leurs atteintes. Les Mantes poussent la voracité jusqu'à une férocité véritable. Rœsel rapporte que les petites larves se dévorent entre elles, môme sans être pressées parla faim. Les adultes se battent avec acharnement lorsqu'on enferme plusieurs individus ensemble. Les Chinois s'amusent à les mettre en cage, pour se donner le spectacle de leurs duels, sur lesquels ils engagent des paris comme sur les combats de coqs. De même que chez les Araignées, les mâles, toujours plus petits et plus faibles que les femelles, courent le risque de la vie pour l'accomplissement de la fonction génitale, et sont souvent dévorés après l'accouplement. Un vieil auteur, Poiret, rapporte à ce sujet un fait curieux. Conservant renfermée une Mante femelle, il voulut lui donner un époux. Le mâle qu'il mit en présence, plein d'ardeur à la vue de la femelle, essaya aussitôt de l'approcher ; mais celle-ci le saisit violemment et lui coupa la tête avec ses mandibules. L'épotix décapité, mais non découragé, n'en continua pas moins ses efforts auprès de sa cruelle compagne. L'ayant saisie par le cou, il réussit à se glisser sur son dos, et effectua le coït pendant plusieurs heures; mais le lendemain la femelle, sans pitié comme sans reconnaissance, acheva de le manger. Le terrible appétit des Manliens n'est pas limité au monde des insectes. Suivant Zimmer- mann, les Mantes de l'Amérique du Nord s'emparent de petites gre- nouilles et même de lézards, et M. F.iirmeisler rapporte une observation faite près de Buenos-Ayres sur la femelle du l'uptoptenjx Argentinn. Elle avait saisi sur luie branche un petit oiseau qui battait des ailes et poussait des cris de détresse. On reconnut, quand on réussit aie déga- ger, qu'il avait la peau du crâne déchirée, et le crâne môme entamé par les mandibules de la Mante. Dans la posture d'affût, les Mantiens semblent agenouillés, et, comme souvent ils élèvent leurs pattes antérieures en l'air, en les joignant dans une attitude suppliante, l'imagination naïve de tous les peuples a voulu voir dans cette attitude un acte de piété qui a attiré sur les Mantes une vénération particulière. Les Hottentots, suivant Sparrmann, et les Nu- biens, les considèrent comme des dieux tutélaires, et les Européens de toutes les nati lUS les ont nommées Prie-Dieu. Ce sont les Profia-Diou des pays languedociens et les Loura-Deos des Portugais. Saint François Xavier, dit une légende monacale, ayant aperçu une Mante tendant les deux bras vers le ciel, la pria de chanter les louanges de Dieu ; sur quoi l'insecte entonna aussitôt un cantique des plus édifiants. Pison, dans son Histoire naturelle des Indes uccidentales, appelle les Mantes Vates, et parle de cette superstition propre aux chrétiens aussi bien qu'aux païens, qui les nomment prophètes ou devins. L'habitude qu'ont aussi les Mantes d'étendre en avant tantôt une patte ravisseuse. tantôt l'autre, et de garder longtemps cette position, a fait croire en outre qu'elles indiquaient le chemin aux passants. « Cette bestiole est 74 ORTHOPTÈRES. réputée si divine, dit MoufetI (op. cit., p. il8), qno si un enfant lui demande sa roule, elle lui montre la véritable, en étendant la patte, et le trompe rarement ou jamais. » Ces poses bizarres ont valu aux Mantes beaucoup de leurs noms spécifiques, qui veulent dire devin, suppliant, priant, elc. On voit ces Orthoptères, les plus agiles de tous, tourner la tête çà et là, comme avec prudence, paraissant vous regarder, de même que les Oiseaux parmi les Vertébrés. En outre, la Mante amène très-habilement à la bouche ses tarses antérieurs, les nettoie et les humecte. M. Goureau dit qu'elle a la faculté de su.surrer en frottant ses élytres l'une contre l'autre, bruit que M, Fischer, de Fribourg, n'a pas observé. La distribution géographique est analogue pour le groupe des Ortho- ptères marcheurs, les Mantiens et les Phasmiens. Ce sont des insectes de pays chauds, abondantssous les tropiques, ne dépassant guère ZiG" lat. dans l'hémisphère austral et h8° lat. dans l'hémisphère boréal; ils s'avancent un peu plus vers les pôles que les Mantiens, et, en Eu- rope, en raison de la douceur d'un climat marin, remontent le long des côtes de l'Océan jusqu'en Normandie. L'ancien continent paraît posséder plus de genres et d'espèces que le nouveau. A côté de genres qui s'étendent à tout l'ancien monde, comme les Hierodula, d'autres sont spéciaux ou à l'Afrique, ou cà l'Asie ou à l'Australie et aux îles du Pacifique. C'est en Asie, et surtout dans les archipels de la Sonde et des Moluques, que la tribu paraît le plus richement repré- sentée. L'Amérique a des genres spéciaux, et certains genres sont des des deux hémisphères : ainsi les genres Ameles et Iris sont à la fois d'Amérique et des régions méditen-auéennes; les genres Litnrqousa et CardiopfiTd se trouvent en Amérique et dans l'Afrique australe, Mio- pter\ix en Amérique et en Asie, et enfin les Thespis américains repa- raissent en Afrique et en Asie sous la forme des Oxythespis. La classification si difficile des Mantiens a été établie comme il suit par M. H. de Saussure, après plusieurs tâtonnements qui s'expliquent par l'absence de collections suffisantes, et les modifications apportées par la découverte d'espèces nouvelles. On se procure avec peine ces insectes presque tous exotiques. Un premier groupe présente les an- tennes sétacées dans les deux sexes, et la plus grande partie est com- posée de Mantes mtclipèJes, c'est-à-dire dont le corps et les pattes sont dépourvus d'appendices. Les genres sans appendices du premier groupe sont les uns munis d'un prothorax non rétréci en avant, ne formant pas de cou proprement dit, ce sont les Orthodérides ; tandis que les autres, constituant les Mantides, ont le prothorax ayant une dilatation surcoxale distincte, sa partie antérieure rétrecie en cou. Ces deux premières f.unilles ont la tète de forme ordinaire, triangulaire, sans prolongement conoïde du vertex ; les élytres ovalaires ou lancéolées ; simples, à bords entiers; les pattes simples, tricarénées ou unicarénées, l'abdomen et les bords du thorax non crêtes, sauf pourtant le genre MANTIENS. — EREMIAPHILA. 75 Gonatista, car toutes les classitk'atioiis ont toujours des exceptions, lu classification naturelle n'élant jamais qu'une approximation tlicoriquc. Viennent ensuite des Mantiens lobipèdes, où toutes les parties du corps tendent à prendre des formes décliiquetées ou foliacées, de manière à constituer des êtres mimiques des végétaux. Tantôt le prothorax, l'abdomen, les pattes, portent des dilatations membraneuses ; tantôt l: tète et le thorax se couvrent de tubercules et d'épines; tantôt enfin la partie supérieure de la tète est armée de pointes ou prolongée en forme de cône. La confignration des yeux, globuleuse ou pointue, ne peut fournir des caractères séparateurs, car elle varie de la sorte dans les mômes types. Une famille des Lobipèdes est simplicicorne, ce sont les Harpacides ; une dernière, les Empusides, offre les antennes des mâles serrulées ou pectinées, et les pattes muUicarin niées. Nous renverrons le lecteur aux mémoires de M. de Saussure sur les Mantiens {Mrm. Soc. de phijs. et dliist. nalur. de Getiève, t. XXI, 1870, et suppL, 1871, 1872; — Mission au Mexique et dans l'Afrique centrale. Orthoptères, 2' livr., Paris, 1872, Imprimerie nationale). GENRES PRINCIPAUX. MANTIENS SIMPLICICORNES NUDIPÈDES. ORTHODÉRIDES. EnFiMl.%l>llll..«, Lefebvre. — Corps court et trapu, surtout dans les femelles; vertex uni et mutique ; yeux saillants et arroudis; prothorax subtrapézoïdal. Organes du vol atrophiés, non fonctionnels. Élytres raccourcies et coriacées, souvent squaniiformcs, à nervures rayonnantes; ailes petites ou nulles, arron- dies, demi-opaques, le champ anal, quand il existe, se renversant simplement en dessous sans se plisser. Pattes à nombreuses épines, les antérieures fortes, trapues, les autres grêles et longues. Abdomen large, rhomboïdale, arrondi chez la femelle, plus grêle et subparallèle chez le mâle ; dernier segment ventral de la fi'melle en plaque cornée, terminée par deux longues épines. Les Érémiaphiles sont des insectes essentiellement propres aux dé- serts. Découverts d'abord par Savigny, lors de l'expédition d'Egypte, ils furent décrits beaucoup plus tard par A. Lefebvre (1). Le fait le plus curieux de leur histoire, c'est qu'ils habitent des déserts privés de toute végétation, et jouissent de la faculté mimatiqne de changer de couleur suivant les teintes des sables et des cailloux sur lesquels ils se meuvenl, (1) Expéd. d'Egypte, pi. 2 des OuTiiOPTiiRES. — A. Lefebvre, Monogr. du genre Eriimiaphile[Aiiti. Soc. entom. de France^ V sér., IV, p. lihSi, pi. 11, 12, 13j. 76 ORTHOPTÈRES. de manière à imiter ionjours la iinnnco du sol. A. I.ofebvre s'exprime ainsi : « Ce qui me frappait évidemment, cëtait le changement de coloration que j'observais dans ces insectes, selon le terrain sur lequel je les rencontrais, et avec la teinte duquel ils offraient la plus parfaite identité. l/OMicnôme, presque le seul oiseau qui s'aventure dans ces régions désertes, aux environs des oasis envalii(!S par les sables, et un petit saurien [Traprlus œyyptiacus), que je rencontrais parfois avec les Érémiaphiles, me présentaient cette identité parfaite de coloration avec le sol, dont j'avais bien entendu parler, mais que je n'aurais jamais cru poussée à un tel point. Cette identité était si frappant»', que dans certaines régions où le terrain était brun. Reptiles et Insectes étaient de cette même couleur; et si, cent pas plus loin, je me trouvais sur des débris de coquilles, ou sur des dalles de calcaire éblouissant de blancheur, les mêmes êtres participaient de celte couleur argentée qui les confondait avec les aspérités du sol. )> il est à désirer qu'on fasse l'expérience d'enlever à ces Érémiaphiles égyptiens les yeux et les ocelles, en les transportant d'un sol à l'autre, afin de voir peut-être, comme pour les Caméléons et les Poissons pleuronectes devenus aveugles, l'assimilation cesser, tandis qu'elle se ferait pour des sujets munis des organes de vision. Lefebvre n'a pu découvrir aucun insecte capable de nourrir ces carnassiers, et les a vus disparaître aux abords des oasis, aussitôt que commeuivait la végétation ; cependant leur atrophie alaire les localisait dans les déserts alisolument arides où il les rencontrait. Il faut dire que depuis on a découvert d'autres espèces, au Liban et en Algérie, dans des lieux qui nourrissent quelques herbes chétives. Lefebvre croyait avoir affaire à des nymphes pom- plusieurs espèces à élytres et ailes très-abrégées, lobiformes; c'étaient cependant des adultes, selon la loi recomnie aujourd'hui, car ces élytres sont articu- lées. La trufdle cornée et biépineuse ([ui termine l'abdomen des femelles sert indubitablement à fouiller le sable pour la ponte des œufs. La présence de cet appareil est liée au genre de vie des Érémiaphiles, mais ne leur est pas exclusive, car on la retrouve chez certains Fischeria, d'un autre type, qui vivent aussi dans des lieux arides et sabloinieux (espèces inéditerrauéemies, indiennes, caucasi([ues et persanes). Les Érémiaphiles semblent localisées dans les régions méditerranéennes de l'Afrique et de l'Asie, et ont de nombreuses espèciîs encore rares dans les collections, et qu'on est loin de connaître toutes. M. de Saussure en a décrit vingt-six, dont douze étaient connues de Lefebvre. Parmi ces espèces, les E. hebrai'ca, Lef., Anubis, Lef., Sacitjniji, Lef., brevi- pennis, Sauss., nilotica, Sauss., étaient ligures par Savigny dans la Description dr VÈtjupte. Les localités de ce genre sont la basse et la haute Egypte, le désert de Luxor, les oasis, l'isthme de Suez, l'Arabie, l'Abyssinie, la Nubie, et enfin l'Algérie. Dans celte dernière région, YE. harbara. L. Bris, de Harn., habite le plateau de Sélif, et VE. numida, Sauss.. l'oasis de IJiskra. M. de Saussure a fait cette curieuse remarque, HETEIÎONYCHOTARSUS, METALLEUTICA. 77 que les Ércmiaphiles ont sous les organes du vol des taches d'un bleu métallique qui rappellent, à une place limitée de l'insecte, l'aspect général des Mctalleutica, genre voisin. llKTBcnowniOTAKj^t M, Let. — Corps plus grêle qiie'les Eremiaphila . Tarses antérieurs de quatre articles, les autres de trois. Sixième segment ventral de la femelle très-grand, occupant en dessous presque la moitié de la longueur de l'abdomen, enveloppé latéralement par les bords des derniers segments dor- saux, en forme de triangle allongé, terminé en pointe bilide. Les autres caractères analogues aux Eremiaphila. Ce genre, établi sur une seule espèce dont on ne connaît que la femelle, offre une remarquable exception au type tarsal à cinq articles des Manliens. Les organes du vol sont rudimentaires et squamiformes. L'espèce, ayant 13 millimètres chez la femelle, du désert libyque en Egypte, est 1'//. u-jijpliacm, Lef., grêle, d'un jaunâtre pâle, les élytres et ailes squamiformes, blanchâtres, sans taches obscures en dessous; les élytres sont contiguës par l'extrémité de leur bord interne, ovalaires, recouvrant les ailes rudimentaires. MET.^a>ï>a';i;TB4'.a, Westwood. — Corps assez élancé, d'un éclat mélallique, bleu, vert ou bronzé; occiput gonflé. Oi'ganes du vol normaux. Élylrcs dépas- sant l'abdomen, opaques chez les femelles, membraneuses chez les mâles, très-réticulées; ailes notablement plus courtes que les élylres. Pattes longues et fortes, à cuisses antérieures trigones, trcs-dilalées, très-éjuneuses, ayant une très-forte épine basilaire, comme nue grande griffe. Les Métalleu tiques offrent, par une exception rare chez les Ortho- ptères, les belles couleurs cclutanles et mélalli(iues de certains Coléo- ptères. Comme Ta indiqué M. Burmeister, ils ont une certaine analogie d'aspect avec les Cicindèles, surtout par la forme de la tète et les pattes postérieures, très-longues et très-robustes. 11 est probable qu'ils ont des habitudes analogues à celles des Coléoptères hantant les lieux arénacés, voletant le long des falaises et prenant leurs ébats au soleil. Il n'est même pas impossible, aidés par l'analogie d'aspect et de coloration, qu'ils ne donnent la chasse spécialement aux Cicindèles, car l'énorme épine des cuisses antérieures indique qu'ils attaquent des insectes à téguments durs, et cette arme doit les rendre capables d'engager la lutte même avec des espèces carnassières. On connaît deux espèces de Metalleutica, de Java et de la côte du Malabar. En Amérique, ce type asiatique est remplacé par leaCliciecssa, Hurm., qui n'ont plus l'éclat de leurs congénères, mais le corps et les élytres hérissés, les élytres membraneuses, les pattes raccourcies, les anté- rieures grêles. 78 ORTHOPTÈRES. Les autres genres des Orthodérides ont le pronotuni plus allongé que les précédents, arrondi et resserré en arriére, s'élargissant en avant. Les uns ont la tèle lenticulaire, à vertex dirigé en avant, les ailes pel- lucides. La plupart ont les yeux peu gonflés, parfois allongés, le plus souvent arrondis : ainsi les Clioeradodis, Aud.-Serv., d'Amérique et de Ceyian, les Orthodera, Burm., d'Australie, de Tasnianie, les Chiropus,. Sauss., de l'Afrique australe et occidentale. Ces derniers vivent peut- être immergés dans l'eau et iiu-ruslés aux cailloux des ruisseaux, comme les Prisupus parmi les Pliasmiens, ce qu'indiqueraient leurs formes aplaties, leurs pattes courtes et ciliées, et les mâles, bien ailés, qui ont un aspect de Pcrliens. Enfin un genre, Oxijophthalma, Sauss., a les yeux allongés et très-étroits, mais prolongés en sorte de dent conique. D'autres genres ont la tête large, gibbeuse, à yeux gonflés, le prothorax rétréci en arrière, plus ou moins bosselé en dessus, les élytres des femelles çpaques, leurs ailes colorées : tels sont le genre américain Gonatista, Sauss., et son homologue de l'ancien monde, Humbertiella, Sauss., du Sénégal, de Ceyian, de llnde centrale, d'Am- boine, d'Australie. MANTIDES, La famille des Mantides se subdivise en deux séries, les Mantites et les Thespites. Les premiers ont la plaque suranale transversale ou très- courte ; chez les seconds, elle est saillante, arrondie, triangulaire ou lancéolée. Ou établit les genres selon la nervation des ailes, la nervure discoïdale étant tantôt simple, tantôt ramifiée. Il faut prendre ce caractère sur les mâles, parce que, dans ce sexe, les organes du vol sont presque toujours bien développés, tandis qu'ils s'atrophient assez souvent chez les femelles, et qu'alors la nervure discoïdale, imparfaite- ment développée, reste simple au lieu de se ramifier. On rencontre chez les Mantides les formes les plus extrêmes, depuis les types les plus ramassés jusqu'aux plus filiformes. Série des MANTITES. Dans un groupe de nombreux genres exotiques des deux continents, la nervure discoïdale de l'aile, est simple ou bifurquée dans les deux sexes, mais non ramifiée. In autre groupe a cette nervure ramifiée chez les mâles, simple ou ramifiée chez les femelles. On y rencontre les genres : Getnjpeta, Sauss., de l'Asie centrale, de Ceyian, des Mo- luques, de Java, de l'Afrique occidental ; Stagmaioptera, Burm., d'Amé- rique et d'Afrique; Hierodula, Burm;, d'une distribution géographique très-étendue, Indes, Syrie, Afi-ique, Chine, îles Sondaïques, Australie^ Philippines ; enfin des genres : MANTIS. 79 MAÎWTIS, Linn. — Formes presque semblables dans les deux sexes. Tête petite, arrondie; yeux peu saillants, ovalaires ; ocelles gros dans les deux sexes; antennes sétacées, niulliarticulécs, capillaires dans les femelles, plus épaisses et beaucoup plus longues dans les luàles. Éiytres bien développées, assez grandes, ovales-lancéolées ; ailes normales, la nervure discoïdale émettant deux ou trois branches hyalines ou l'asciées de brun. Pattes antérieures assez fortes. Abdomen 9 fusiforme, un peu déprimé ; chez le mâle assez grêle, presque eu forme de ruban ; plaque suranale Q transversale, çf en triangle arrondi. Dans ce genre, tel qu'il est restreint aujourd'hui, les éiytres sont médiocrement larges, à extrémité régulièrement arquée ; ces organes opaques chez les femelles ou demi-membraneuses le long de la suture, chez les mâles membraneuses en entier ou demi-membraneuses. Les hanches antérieures sont finement épineuses, souvent ornées de taches à leur face interne, les cuisses à bord inférieur régulièrement arqué, dilatées au maximum au milieu, avec épine principale assez grande. Une première série d'espèces offre les éiytres opaques dans les deux sexes, avec le bord interne hyalin, ces deux parties nettement sépa- rées. Tels sont : M. prasina, Aud.-Serv., des îles Maurice et Bourbon, à organes du vol très-étroits, à ailes légèrement enfumées ; M. Natalemis, Stal., du Cap, petite espèce à ailes légèrement enfumées; M. sacra, Thunb., de l'Afrique tropicale et méridionale, des îles Canaries au Mozambique. Cette dernière espèce a été considérée à tort comme une grande race de la Mante religieuse. Elle en diffère par plusieurs carac- tères, ainsi par les éiytres dont la partie opaque et la partie hyahne sont nettement séparées et ne passent pas de l'une dans l'autre, les hanches antérieures bien plus lisses, et une disposition diirérente des épines des jambes de devant. Une seconde série d'espèces offre les éiytres des femelles plus ou moins opaques, celles des mâles plus ou moins hyalines, mais la partie opaque passant graduellement à la partie hyaline. Cette série, outre quelques espèces de Chine, du Cap et de la Cafrerie, du nord de l'Australie, nous présente une espèce, la plus intéressante pour nous des Mantiens, le M. religiosa^ Linn., Mante de Geoffi'oy, le Gryllus religiosus de Linnaeus, espèce connue aussi de Moufett. — Nous figurons des détails pi. lxi : fig. 7, tête vue de face; 7 a, mâchoire. — La femelle atteint 5Zi millimètres et le mâle hO. La couleur est d'ui! joli vert, parfois jaune ou d'un roux testacé. Le pronotum, ayant environ une fois et demie la longueur du reste du thorax, est caréné^ denticulé, subdilaté et sillonné en avant d'une impression transversale, rebordé sur les côtés; les éiytres recouvrent l'abdomen dans les deux sexes, verdâtres ou testacées antérieurement, ainsi que la base des ailes, celles-ci hyalines avec l'extrémité subopaque. Les cuisses anté- rieures ont une tache noire en dedans, entourée d'un ocelle blanc, avec des lul)ercules blancs en dessous; la plaque suranale est très- courte dans les deux sexes. La capsule des œufs de la Mante rehgieuse 80 OKTHOPTfcRES. atteint plus de 3 centimètres de longueur, d'un brun grisâtre, ellipsoï- dale, convexe en dessus, fixée aux rochers par sa face inférieure plane, et se confondant avec eux par sa couleur, plus rarement à une branche, ou collée aux parois de la boîte, si l'on tient captive la femelle. De chaque côté sont une vingtaine de chaml)res contenant des œufs oblongs, collés par le gros bout sur le plancher de la chambre -, il y en a une dizaine dans les chambres centrales, six, quatre ou deux dans les chambres extrêmes, plus rétrécies, Les petites larves sortent d'abord des œufs du petit bout de l'oothèque, bien que ces œufs aient été déposés les (h'rniers. La Mante religieuse habite l'Europe méridionale et tempérée, commune surtout dans les vignes et les gazons. Elle est abondante en Algérie en été et une partie de l'automne. On la trouve en Espagne, en Italie, en Sicile, fréquente dans les champs et les jar- dins de la Toscane, dans tout le midi de la France, remontant près de Dijon, de Saintes, de la Rochelle, etc., et sur les côtes normandes jus- qu'au Havre (E. Blanchard, H. Lucas). Elle se prend accidentellement près de Paris, à P'ontainebleau (Aud.-Serville), à Montlhéry et Marcoussie (L. Brisout). On a dû quelquefois la trouver dans la plus proche ban- lieue de Paris, puisque Geoiïroy l'a comiue. Elle existe dans l'Allemagne australe et moyenne, en larve en juillet, adulte d'août à octobre. Puis elle passe par la Russie méridionale et orientale, et le sud de la Sibérie jusqu'aux côtes orientales de l'Asie (Ning-Po, Chiner, entiii elle habite toute la côte septentrionale de l'Afrique. TI<:^onB';lt %, lUirm. — Protliorax allongé, rorteiiient caréné chez les femelles. Élytrcs trùs-élroites, deini-niembraneiises, à bords parallèles, tcruiiiiées en pointe arrondie; ailes très-longues, étroites, à nervure discoïdale bifurquéc et à échancrure anale très-prononcée, hyalines ou marbrées de brun, avec tous les passages. Abdomen étroit, parfois presque bacillaire, l'usiforme chez les i'emelles, cylindrique déprimé chez les niAles. Ces Mantes sont de l'ancien monde, mais des régions tropicales, au moins dans l'iiémisphère nord, de l'Australie, de la Tasmanie, de rarchipel indien, des hides, du .Japon, de la Chine, peut-être d'Afrique. Citons T. aridifolia, Sloll, à ailes marbrées, espèce des Indes, de l'iu- chipel indien, de la Chine, du .lapon; T. superstitiosa, Fabr., de l'archi- pel indien, figuré par l'iconographe Stoll (1) ; T. intermedia, Sauss., espèce intermédiaire entre les deux précédentes, de la Nouvelle-Zélande et des îles Auckland. (1) Caspar Sloll, Hcprésentation (:xacte»ienf colorée d'aprrs nitturc des Spectres ou Phud/ties, des Mantes, des Sauterelles, des Grillons, des Criquets et des Blattes qui se trouvent dans les quatre jmrtics du monde, l'Europe, l'Asie. l\ifri(pie et P Amérique. Amsterdam, 1813. AMELES. 81 Séiic (les -THESPITES. On distingue dans ce groupe deux types, l'un ayant les formes tra- pues et les élytres plus ou moins opaques, au moins chez les femelles, l'autre offrant des formes entièrement bacillaires, avec les élytres membraneuses, lorsqu'elles sont développées ; il y a tous les passages. Les organes du vol offrent toutes les variations, tantôt normaux, tantôt raccourcis dans les deux sexes, souvent raccourcis et même rudimeu- taires dans les femelles seules. ASlKIiES, Burin. — Corps pou allongé; antennes longues, fines, sétacées. Vcrtex comprimé ; yeux arrondis on coniques chez les mâles, où ils tendent à devenir pointus. Protliorax court, rliomboïdal-arrondi, peu dilaté, lisse, non caréné. Organes du vol développés ou rudimentaires. Pattes grêles. Abdomen grêle chez les mâles, grêle ou large chez les femelles ; plaque suranale triangulaire ou arquée, assez longue, surtout chez les mâles ; cerques et styles bien visibles. Les Ameles sont de petites espèces de Mantes propres au bassin méditerranéen, au nord de l'Asie, au cap de Bonne-Espérance et à iNatal, et aussi au Mexique et en Australie. Les espèces d'Europe ont des oothèques prismatiques, de 2 centimètres de long, composées d'une vingtaine de loges triangulaires très-nettes, renfermant chacune six ou sept œufs, de fort grande taille eu égard à celle des espèces. Toutes les variations se présentent chez les Ameles pour le système alaire : parfois pseudélytres et ailes sont développées dans les deux sexes et dépassent l'abdomen; le plus souvent elles sont rudimentaires chez les femelles; enfin les élytres peuvent être rudimentaires dans les deux sexes. Les élytres des mâles sont le plus souvent étroites, membraneuses, subhya- lines; les ailes des mâles hyalines, à nervure discoïdale entière ou bifurquée. Nous trouvons parmi les espèces à organes du vol bien développés çf, rudimentaires $, VA. decolor, Charp., .petite espèce peu •colorée, d'un gris corné, de 25 millimètres environ, les yeux un peu aigus en pointe obtuse, ra])domen des femelles grêle, du bassin médi- terranéen (en France : Montpellier, Var, Alpes-Maritimes), d'Algérie. Dans ce pays on rencontre VA. decolor en juin, dans les bois près du lac Houbeira, cercle de la Galle, se plaisant dans les lieux ombragés et couverts d'herbes, de très-vive allure, volant par saccades, et aimant à se reposer à la base des tiges des grandes herbes, (liions encore : r.l. Spallanzania, Rossi, de l'Europe méridionale, surtout d'Italie, en France près de Marseille et d'Hyères, très-courte ; l'abdomen de la femelle large et dilaté, rhombo'idal, ce (jui rend chez elle la pla(|ue suranale exceptionnellement courte; les yeux arrondis, subcuni(jues ; — l'yl. Picteti, Sauss., à yeu\ coniques, terminés par une épine. ic> ailes hyalines (liez le mâle, les élytres et les ailes de la fi-mellc scjuauii- GIKAUlP. !J. — S2 ORTHOPTÈRES. formes, l'abdomen gnUe, les cerques long?, les styles grands, du midi de l'Europe, de l'Audulousie. La France méridionale possède une espèce d'Aineles, à organes .du vol rudimentaires dans les deux sexes, VA.breoipmnis, Yersin, à cerques sétacés, les yeux; terminés par une épine, le corps grôle dans les deux sexes. Citons une très-petite espèce à nervure discoïdale de l'aile simple, 1'^. pygmœa. Sauss., de 10"'",5 de long, une taille de Mantispe, la plus petite Mante connue, du nord de l'Australie. La seule espèce encore connue en Amérique est 1"^. mcxi- cana, Sauss., grande pour le genre, 35 à 36 millimètres, à élytres très- courtes, à ailes d'un rouge sanguin, noires postérieurement. M. de Saussure se demande, avec beaucoup de doute, si J'on ne doit pas rapporter aux Ameles le Perlamantis AlUberti, G.-Mén., genre établi sur un sujet unique, perdu aujourd'hui, trouvé à Puymoisons (Basses- Alpes) par M. AUibert, très-curieux Mantiens à élytres diaphanes comme les ailes, ressemblant d'aspect à une Perle (Névroptères) (1). Nous donnons ces détails pour engager les amateurs à le rechercher, ainsi du reste que tous les Ameles méridionaux, qui sont rares en collection. mis, Sauss. (en raison des arcs irisés des ailes). — Tèl,c assez petite et assez épaisse; yeux peu glojjuleux; ocelles en triangle équilatéral, petits chez les femelles, médiocres chez les mâles; antennes ti'ès-fnies, courtes. Prothorax médiocrement long, n'ayant pas deux fois la longueur du reste du thorax. Organes du vol normaux ou raccourcis chez les mâles, toujours raccourcis chez les femelles ; ailes à nervure discoïdale simple ou liilïirquée, offrant des zones colorées arquées. Pattes assez grêles, les postérieures médiocre*. Couleur du corps et des élytres verte. Les Iris ont les cuisses antérieures armées de cinq ou six épines au bord externe, tandis qu'il n'y en a que quatre dans les genres MaïUis et Tenodera. Leurs élytres sont à bords parallèles, opaques chez les femelles, raccourcies, moins longues que l'abdomen, normales chez les mâles, opaques seulement dans leur partie antérieure, ou raccour- cies comme chez les femelles. Les ailes sont agréablement ornées de . taches et d'arcs coloré. Le dernier segment ventral offre la forme habi- tuelle aux Mantiens; l'extrémité en est pincée, séparée par un sillon et sert de gaine à l'oviscapte; la plaque suranale est médiocre et arrondie. Les Iris vivent sur les végétaux à la façon des Mantes ordinaires, et sont des deux niondtîs, d'Lurope, du nord de l'Afrique, de l'Afrique australe, de la Guyane et des Antilles. L'espèce d'Lurope est 1'/. orato- ria, Linn., avec beaucoup de synonymes, de tout le bassin méditerra- néen jusqu'aux steppes des Kirghiz ; rare en Algérie, des environs de Mostaganem, ne dépassant; pas A5" lat. N.; d'une grandeur variable, présentant au plus de 30 à 34 millimètres; les élytres d'un vert terne ii) Hev>ie iooL de la Soc. cuviérienne^ février 18.'i3. p. k\ . FISCHERIA. 83 chez la femelle, plus courtes que l'abclomeu ; les ailes de la longueur des élytres, transparentes, à bord antérieur roussàtre, avec une grande tache arrondie sur le disque, d'un noir bleuâtre luisant, ayant en dehors plusieurs bandelettes transversales de la même couleur; les épines des cuisses et des jambes sont noirâtres à l'extrémité, les antennes verdàtres à la base, noires au bout. Le mâle a le prothorax cilié latéralement, les élytres au moins de la longueur de l'abdomen, transparentes, lavées de vert au bord antérieur. L'oothèque est ovale. FI|B>CIIIDRIA, Sauss. — Caractères analogues aux Iris. Couleur du corps et des élytres terfeuse. t'rothorax caréné, à bords dentés ; ailes obscures, ornées de taches ou d'ocelles. Hanches antérieures dentées ; pattes postérieures longues ; plaque suranalo toujours grande, allongée, triangulaire ou arrondie, ou même très-longue et étroite. Les Fischéries ont les cuisses antérieures n'ayant que quatre ou cinq épines au bord externe ; l'aire anale des élytres a des nervures obliques ou axillaires distinctes, de même que dans le genre Iris. Ainsi que les Erémiaphiles, elles habitent les déserts de sable et les lieux poussiéreux, et se meuvent à la surface du sol à la recherche de leur proie. De là plusieurs caractères d'adaptation communs avec les Erémiaphiles. Le corps n'est pas vert, comme chez la plupart des Mantiens, mais jaunâtre ou gris, imitant la couleur des sables; la surface est rugueuse, ter- reuse, comme saupoudrée de poussière. Les pattes sont très-ambula- toires, et la paire postérieure atteint souvent une grande longueur. Ce genre renferme des espèces très-voisines les unes des autres, ayant toutes un aspect commun, une livrée analogue, presque identique même. Les élytres sont bordées de blanc ; quand elles sont raccourcies elles sont d'une texture dcmi-coriacée et offrent en dessous une sorte d'ocelle brun qui se voit par transparence à la face supérieure ; elles ont aussi en dessous des bandes colorées, comme les Erémiaphiles, mais d'une couleur pâle et non d'un noir violacé; leur aire anale est noire. Les ailes sont brunes, ornées vers l'extrémité d'un ocelle bicolore dans les espèces où elles atteignent quelque grandeur. On peut établir plusieurs sections dans les nombreuses espèces de Fischéries. Il en est qui ont des formes grêles, les sexes analogues, la lête épaisse, à front bosselé. L'abdomen des femelles présente la partie basilaire du dernier segment ventral sous l'aspect d'une plaque cornée triangulaire, limitée de chaque côté par un bord tranchant et dont l'ex- trémité porte deux épines : cette truelle biépineuse doit fouiller le sol, comme celle des Erémiaphiles, pour la ponte des œufs. Les organes du vol sont médiocres ou petits chez les femelles, grands chez les mâles, les ailes finement tessellées de brun, plus pâles à la base (ju'au bord postérieur, ornées à l'extrémité d'une tache bicolore ocel- laire ; le premier article des tarses 2^ et 3'^ garni en dessous d'une 84 ORTHOPTÈRES. rangée de très-petites épines. Le type de ce groupe est le F. bœtica, Rambur {Faune do V Andalousie)^ long. Ç 61 à 66 millimètres, cf 57 mil- limètres, espèce figurée par Savigny dans Y Expédition d'Egypte, habi- tant le bassin méditerranéen, la Russie méridionale, et s'étendant jusque dans le Tnricestan. On trouve cet insecte près d'Alger, dans les lieux secs et arides. Les élytres du mâle, longues et étroites, demi- membraneuses, n'atteignent pas tout à fait l'extrémité de l'abdomen ; elles sont raccourcies chez les femelles et n'arrivent qu'au troisième segment abdominal. Les ailes, plus courtes que les élytres, sont brunes, avec l'ocelle terminal d'un noir violet en dedans, blanc en dehors, en quart de cercle dans les femelles, sans échancrure anale ; leur nervure discoïdale est bifurquée. La plaque suranale est lancéolée et très-longue. Quelques autres espèces de l'Inde et du Caucase. Le reste des Fischéries présente l'abdomen inerme, ce qui indique une ponte, comme à l'ordinaire, sur les tiges végétales. Certaines, sans doute très-terrestres, ont des formes trapues, la tète large, bosselée, le prothorax rhomboïdal, la plaque suranalc relativement courte, en triangle arrondi. Les sexes sont semblables, à organes du vol rudimen- taires, les élytres appointées, les ailes offrant le champ antérieur plus ou moins coriace, gris et orné en dessous, comme les élytres, de bandes et de taches colorées pâles, le champ postérieur pâle, bordé de brun, le premier article des tarses inerme en dessous. Espèces du midi de la Russie, du Caucase, du Turkestan, des Indes. D'autres Fischéries ont les formes grêles, les sexes très-différents, la tête large et comprimée, le protliorax élancé, la plaque suranale assez longue, triangulaire, le premier article des tarses 2"^ et 3"^ garni en dessous d'une rangée d'épines. Les femelles, à prothorax dentelé, ont les organes du vol rudimentaires, arrondis au bout, ofï'rant en dessous des bandes pâles colorées, le champ postérieur des ailes brun; chez les mâles, le protliorax est inerme, un peu élargi en arrière, à col grêle, les organes du vol grands, les ailes brunies avec une tache pâle subapicale. Les espèces sont des Indes, d'Abyssinie, d'Afrique ?, de la Cafrerie. Citons le P. gigas, Sauss., d'Afrique?, la plus longue des Mantes connues, la femelle atteignant iZiO à 1^5 millimètres ; mais l'envergure des ailes est moins grande que chez le Macromantis ovalifolia, Sauss., du Mexique. Une dernière série de Fischéries sert de transition au Thespis. Elles ont le corps bacillaire, très-allongé, les jambes et le premier article des tarses des deuxième et troisième paires incrmcs, la plaque suranale très-longue. Les organes du vol des femelles sont très-petits, les ailes brunes, les élytres de la couleur du corps, offrant parfois une bande pâle. Espèces de Palestine, du Sénégal. THCll!»Pl$^, Aud.-Surv. • — Les deux sexes analotciies. Tète large, Iranâversalc, comprimée ; ocelles médiocres. Protliorax grêle, allongé, caréné, le col anté- rieur très-ôiroit. Organes du vol membraneux, teintés plutôt que colorés, HYMENOPUS. 85 subégaux, dans les deux sexes, les ailes (ir'|iassaiit. un peu les élytres au repos, celles-ci membraneuses, étroites, n'alleignant pas le bout de l'abdomen ; les ailes étroites. Pattes longues et llliforuies, à jambes antérieures garnies d'épines assez nombreuses, les cuisses antérieures ayant (|uatre ou cinq épines au bord externe. Abdomen filiforme; plaque suranale triangulaire, très-longue, débor- dante, lancéolée, carénée; eerques assez petits, cylindriques; plaque sous- génitale dos mâles munie de styles allongés. Ce genre est restreint aux espèces américaines, de la Havane, de la Guyane, de la Colombie, du Brésil. Les espèces ont les élytres subhya- lines ou mouchetées, avec la nervure médiane de l'élytre simple dans les petites espèces, bifurquée dans celles de grande taille. A côté de ce genre se place le genre Angela, Aud.-Serv., de l'Amé- rique méridionale chaude, à formes très-gréles et linéaires, à abdomen bacillaire dans les deux sexes, à ailes magnifiquement colorées de couleur de chair ou de brun violet. Les Oxythespis, Sauss., diffèrent des Thespis par les yeux épineux et les antennes plumeuses : Sénégal, Afrique intérieure. Les Schizocephala, Aud.-Serv., ont le corps entière- ment filiforme, très-allongé, le prothorax très-allongé, les organes du vol chez les mâles étroits, membraneux, moins longs que l'abdomen, les élytres des femelles très-courtes, ne dépassant pas le thorax, les ailes non articulées : Afrique australe. Le genre américain Coptopteryx, Sauss., offre des femelles à élytres squamiformes, à ailes non sépa- rées, en fourreau, les élytres des mâles allongées, hyalines. Les Car- dioptera, Burm., sont des Mantes vertes, à sexes très-différents, les femelles à antennes courtes, à organes du vol raccourcis, les élytres opaques, vertes, les ailes courtes, hyalines ou barrées de bandes jaunes, les antennes des mâles fortes, assez longues, les organes du vol grands, assez étroits, les élytres membraneuses, souvent avec une bande opaque sur la nervure principale, les ailes hyalines : Amérique et Afrique, IVatal, Mozambique. Le genre Miomaiitis, Sauss., de l'Afrique australe, a les sexes inégaux, les femelles à organes du vol courts, très-grands chez les mâles. MANTIENS SIMPLICICORNES LOBIPÈDES. Les Mantiens de ce groupe, à antennes simple* et sétacées dans les deux sexes, tous exotiques, peuvent se diviser en plusieurs familles, les Harpacites et les Toxodérites formant les deux principales. Les Harpacites ont le prothorax court, les yeux appointés et pro- longés supérieurement, lu plaque suraïuile courte. Nous indiquerons quelques genres. lil'ME.\"OFl.S, Aud.-Serv. — Yeux terminés en i)oinle aiguë. Vertex portant une corne au milieu. Élytres et ailes grandes, dépassant l'abdomen, les élytres en ovale allongé, dilatées près de la base, rétrécies et siiiuées au bord antérieur» 8(i ORTHOPTKRKS. l'allés ayant leurs arèles dilatées en lamelles ; cuisses des 2*^ el 3*^' paires ayant an bord inférieur une grande foliole qui occupe toute leur longueur, et au bord supérieur une étroite membrane. Le type est une espèce anciennement connue, des îles de la Sonde et des Moluques, ÏH. bicornis, StoU, ou coronatus, Aud.-Serv., dont la femelle atteint 67 à 68 millimètres. Le corps est d'un jaunâtre uniforme ; la corne du vertex creusée en gouttière au-dessous, un peu dilatée au sommet; les élytres jaunâtres, subopaques, portant deux taches bru- nâtres, la base et l'extrémité de cette couleur; les ailes jaunâtres, tachetées de brunâtre à l'extrémité. H.%RP.%X, Aud.-Serv. — Antennes moniliforinos chez les mâles, épaissies ; yeux allongés, terminés par une épine ; ocelles, au moins les deux supérieurs, portés sur des prolontrenients frontaux qui forment un processus bifide. Pro- thorax court ou médiocre, grêle, ovalaire ou cordiforme. Élytres vertes, sub- opaques, en partie membraneuses chez les femelles, ne portant pas d'ocelle coloré, membraneuses chez les mfdes; ailes des femelles colorées, beaucoup moins chez les mâles, à nervure disco'idale simple ou bifide. Pattes médiocres; cuisses des 2^ et 3« paires portant à rextrémilé \m faible lobule. Ce genre est africain dans ses deux sous-genres : Pspudoharpax, Sauss., à chaperon non caréné, prothorax ovalaire, non bosselé, à bords non dilatés, abdomen à bords entiers, et Harpax proprement dit, à chaperon caréné, prothorax bosselé, cordiforme ou trilobé, à bords laté- raux dilatés au milieu en lobes, les bords de l'abdomen dilatés et lobés. Le type est une espèce très-anciennement connue, de l'Afrique australe, VH. tricolor, Linn. (beaucoup de synom. : lobata, Fabr., nasuta, Fabr., cornuta, Oliv., Latr., etc.), long de 20 à 22 millimètres, de couleur vei'te ; le processus frontal des ocelles formé de deux lon- gues épiiies réunies à la base ; le prothorax ayant quatre taches d'un jaune pâle; les élytres marbrées de vert pâle et de blanchâtre; les ailes de la femelle d'un rouge cerise â la base, hyalines au bord apical, ayant le champ anal, entre le bord hyalin et la base rouge, orné d'une large bande noire ou brune, à reflets violets; les ailes du mâle hya- lines, avec lechamp anal marqué au milieu d'mie bande brune ovale. L'abdomen de la femelle est lobé sur les bords en forme de feuilles ou de fers de lance, la plaque suranale de la femelle en lari;e triangle, les pattes marbrées. Les Toxodérites ont les formes jdus ou moins grêles, le prothorax allongé, les pattes plus ou moins lobées. Le corps s'allonge de plus en plus et finit par devenir subfilil'orme. Les insectes de cette famille affectent des formes générales analogues à celles des Thespites, avec TOXODEHA. — PECTINICORJNKS. 87 cette ditréronce que la plaque suranale n'est pas allongée, mais courte et transversale. TOXOWKR.*, Aufl.-Serv. — Antennes sétacécs, courtes; yeux allongés latérale- ment en cône, terminés chacun par une forte épine ; trois ocelles très-gros, en triangle sur une protubérance du front. Prothorax à peine dilaté antérieure- ment, fortement comprimé en toit aigu après la naissance des premières pattes et courbé en arc, concave en dessous. Élytres et ailes du mâle transparentes, un peu plus courtes que l'abdomen. Abdomen allongé et cylindrique dans le mâle, tous les segments ventraux ayant à l'extrémité un lobule foliacé, les segments dorsaux i et 5 offrant sur les côtés des appendices dilatés en folioles, paraissant articulés. Cuisses intermédiaires et postérieures ayant des lobes foliacés, extrémités de ces cuisses portant quatre longues épines ; les quatre dernières jambes ayant à l'extrémité deux longues épines ou éperons; tarses fililoniies. On no connaît que les mâles de ce genre singulier, d'aspect bizarre parmi les Mantiens. Les folioles de l'abdomen le rapprochent des Phas- miens, et les lobes foliacés des cuisses des Empusites. Les yeux et le prothorax constituent une conformation sans exemple, ainsi que les quatre épines de l'extrémité des cuisses. Le type est nn mâle (sujet unique, collection du Muséum) de Java, atteignant 122 millimètres, d'un jaunâtre varié de brun, peut-être vert sur le vivant, le T. denti- culata, Aud.-Serv. Les découvertes modernes ont ajouté, dans la même famille, les genres Popa, Stal, à sexes dissemblables, à formes élancées, du Cap, de Madagascar ; Da/mrm, Stal, à corps bacillaire, très-allongé, bien plus grêle que chez les Popa, île couleur grise, à ailes colorées, les organes du vol rudimentaires chez les femelles, de Zanzibar, de l'Afrique aus- trale ; Heterocho'ta^ Westwood, du Sénégal, MANTIENS l'ECTlNICORNES diez les màle^ {\uw la plupart) LOBIPÈDES. Ce dernier groupe des Mantiens, qu'on peut nommer la famille des Empusides, présente les antennes des nielles en général courtes et pec^ tinées, parfois plus longues et seulement serrulées, rarement très- longues et sétacées, les pattes des 2" et 3^ paires souvent mullica- rénées. Les caractères de cette famille sont donc peu constants; mais, en général, quand les antennes des mâles sont sétacées, on reconnaît encore les Empusides à leurs pattes multicarénées. La plupart de ces insectes miment les végétaux par leurs formes bizarres. 11 y a deux types bien distincts et sans passages, l'un américain. l(>s Throchjlilcs, l'autre de l'ancien continent, les EwpKsitps. 88 ORTHOPTÈKES. THÉOCLYTITES. La tête est Irigone et transverse, le vertex mutique, le front parfois mutique {Stenovates, Sauss.; Heterovates, Sauss.), le plus souvent armé d'une double corne ou de deux tubercules. Les antennes des mâles sont médiocres, luiipectinées ou serrulées, ou allongées et subsétacées. Le prothorax est toujours allongé. Les élytres sont le plus souvent opa- ques chez les femelles et marquées de taches brunes, hyalines chez les mâles, sauf dans le champ marginal, qui reste vert opaque ; les ailes sont colorées. KOOLKA, Aiul.-Serv. — Antennes des mules allongées, grêles, subsétacées ou en dents de scie au côté interne ; front armé d'une doutile corne. Abdomen fusiforme, les côtés des derniers segments lobés en dessus et en dessous, ayant en outre dans leur milieu ventral un lobe foliacé. Pattes perfoliées. Ce genre a pour type le Z. lobipes, Oliv., pi. lxi, fig. 5, femelle, du Brésil, indiqué par Stoll {}Jantis macroptera), par erreur, de Tranquebar, de longueur d'environ 67 millimétrés. Le corps est verdàtre et lisse, la corne du vertex divisée en deux parties longitudinales, longues de 6 millimètres, aplaties, étroites, pointues, creusées en dessus, souvent très-rapprochées et paraissant ne former qu'une corne bifide à la pointe. Les élytres sont verdâtres, subopaques, plus longues que l'abdomen, avec une ligne longitudinale blanche le long de la côte, le bord anté- rieur d'un vert-pré terne; un grand nombre de nervures pâles; les ailes un peu plus courtes que les élytres, verdAtres, fort transpa- rentes. Les pattes sont d'un vert jaunâtre, tachetées de brun, à épines brunes an bout; les cuisses 2** et 3*^^ ayant un lobe à la base et un autre lobe à l'extrémité, foliacé, à trois crêtes, une supérieure, deux inférieures; les quatre jambes postérieures ayant vers leur base un lobe foliacé divisé en deux parties, et im lobule oblong, rudimentaire, h l'extrémité de la jambe. THEOCLYTE!i, Aud.-Serv. — Antennes des mâles médiocres, un peu épaisses, en dents de scie. Abdomen fusiforme, à plaque suranale courte et transversale. Pattes dépourvues de lobes foliacés, mais multicarénécs. Nous citerons dans ce genre le T. chlorophœa, E. Blanchard, de New- York, ayant 66 millimétrés de long et 71 d'envergure; le front armé d'un long processus bifide ; la tête brune, ainsi que le protliorax, fine- ment dentelé sur les bords; les élytres dépassant un peu l'abdomen, échancrées vers les deux tiers de leur étendue, subhyalines, d'un vert- pomme, avec deux taches et quelques petits points d'un brun foncé ; les ailes brunâtres, jaunes à la base et sur la côte, réticulées de petites veines blanchâtres ; l'abdomen noir, avec de larges bandes transversales THKOCLYTLS, BLEPHABIS. 89 d'un brun orangé; Ifs pattes d'un brun jaunâtre, avec taches plus brunes, les antérieures ayant à la base des cuisses une tache noire. Dans les Theoclytes, comme chez les Zoolea et les Vates, les jeunes larves n'ofl'rent pas encore de processus frontal, mais ne portent au front que deux tubercules qui représentent les premiers rudiments de cet appendice. Dans l'espèce précédente, le processus se développe avec les mues, de même que chez les Vates et les Zoolea ; mais, chez les autres espèces du genre Theodytes, cet appendice ne se développe pas, et les tubercules frontaux gardent toute la vie les deux petites dents de la larve : ainsi chez le T. cingulata, Fabr., à bords du prothorax tine- ment dentelés. Les Ta^e*, Burm., ont les antennes des mâles pectinées, les cuisses plus ou moins perfoliées. EMPLSITES. Les Empusites ont la tête allongée et étroite, le vertex prolongé en cône, les yeux parallèles; les antennes des mâles courtes et bipectinées, celles des femelles courtes et grêles. La face antérieure de la tête a tou- jours une structure assez compliquée. L'écusson facial suit la forme de la tête ; il est assez allongé, saillant an milieu, formant une carène qui se continue sur le chaperon et qui se termine supérieurement par une dent interantennaire qui regarde en haut. Le front est diversement •aréné; quant à l'appendice du vertex, il est fort variable, court ou allongé, simple ou perfolié. Les pattes des deuxième et troisième paires ont la surface arrondie, et sont le plus souvent perfoliées. Les Empu- sites, exclusivement de l'hémisphère terrestre oriental, formant une série parallèle aux Théoclytites, ont, comme ceux-ci, des formes tantôt simples, tantôt plus ou moins bizarres, les différentes parties du corps tendant à se charger d'appendices. BLEPIlAni!ii, Aiul.-Serv. — Tète large, Ibrle, triangulaire; le prolongement du vertex court, pyramidal, nullement folié, subbifide ; yeux arrondis, grands ; antennes des mâles ayant les dix premiers articles simples, les autres pectines lies deux côtés, chaque rameau élargi, arrondi au bout ; celles des femelles à articles tous simples, moniliformes. Protborax court, dilaté sur les côtés en une membrane subangulaire, bordé de dentelures épineuses. Élytres plus longues que l'abdomen, arrondies au bout ; ailes de la longueur des élytres. Abdomen à derniers segments lobés latéralement en dessus et en dessous et au milieu ventral ; cuisses intermédiaires et postérieures ayant au côté inférieur, vers l'extrémité, un lobe foliacé. Ce genre est fondé sur une seule espèce très-anciennement connue, le B. iiiendica^ Fabr. (syn. : marmorata,0\i\.,Encycl.l,nasuta,Thnnh.), 90 ORTHOPTÈRI-S. long de 5/t millimèlres, avec mouchetures mêlées de verdàtre et de blanchAtre ; le mâle, outre ses antennes, difTère de la femelle par le lobe foliacé des cuisses bordé de dentelures épineuses. L'espèce est répandue sur toute la côte septentrionale de l'Afrique, des îles Canaries jusqu'en Syrie. EMPl'SA, Illiger. — Tête étroite, en triangle allongé; yeux ohlongs, assez sail- lants. Vertex rétréci au niveau des yeux et prolongé en forme de cône étroit; celui-ci grêle à la base, un peu étranglé au milieu, le point de partage indiqué pai' deux petites dents, la partie terminale bifide, un peu bilobéo ; écusson facial loiigitudinalement caréné, cette carène se terminant au cliaperon par une dent aigué entre les bases des antennes. Prothorax très-long, grêje, un peu dilaté au-dessus des hanches, ses bords un peu dentelés, non membraneux. Organes du vol dépassant l'extrémité de l'abdomen, A élytres non dilatées à la base. Pattes longues et grêles, légèrement perfoliées. Abdomen portant au bord postérieur de ses segments ventraux une foliole comprimée, et ayant les anglet.- des segments un peu foliacés. Le type des Empuses est bien caractérisé. Les mâles ressemblent beaucoup aux femelles ; mais celles-ci ont les antennes courtes et séta- cées, tandis que chez les mâles elles sont doublement pectinées, chaque barbe trés-allongée et fihforme, les six ou sept premiers articles sim- ples, un à trois assez grands, les autres très-courts. Les mâles ont, en outre, le cône frontal plus aigu et les élytres plus membraneuses. Les élytres sont vertes, demi-membraneuses ou membraneuses, avec le champ marginal opaque, les nervures obliques longitudinales ; les ailes sont hyalines, à extrémité opaque, la nervure discoïdale fournissant deux branches. Les hanches antérieures sont élargies à la base, termi- nées par une épine ; les cuisses dilatées au milieu, presque filiformes à la base, colles des deuxième et troisième paires portant à l'extrémité une foliole simple. 11 y a une dizaine d'espèces d'Empuses, se ressemblant beaucoup, fort difficiles à distinguer, propres à l'Europe méridionale, à l'Afrique, à l'Asie. Le type estl'ii. egèna, Charp., on pauperata, Rossi, ayant de ZiO à /i8 millimèlres, figurée eu larve par Aldrovaude, iigurée par Savigny {Expéd. d'Éyuptc), dont la nomenclature a beaucoup de synonymes. La couleur est d'un vert jaunâtre un peu pâle, avec une légère nuance d'incarnat à la base des élytres, et deux lignes blanchâtres aniérieures ; les ailes, transparentes, ont au bout des lignes longiludiuales brunâtres ; les patles sont aunelées de l)run verdàtre, le lobe foliacé des cuisses jaunâtre, taché de brun. — Nous représentons quelques détails de cette espèce, pi. lxi : fig.6, tête vue de face; 6 a, id. de protil; 6 6, mandibule; 6 c, labre ; 6 of, base et extrémité de l'antenne de la femelle ; 6 c, id. du mâle. — L'Empuse appauvrie existe dans toute l'Europe méridionale et dans 1'Afri(iiu^ se|)l(Milrion€ile, ainsi en Algérie, près de Conslautine et de GONfrYLUS. — PHASMIEIVS. 91 Sétif, mais rare; ses mœurs sont absolument celles des Mantes. Nous la trouvons dans l'extrême midi de la France, mais ne paraissant pas dépasser Zi5° lat. N. ; cependant de Villers affirme avoir rencontré une fois une larve d'Empuse prùs de Lyon. Une seconde espèce plus robuste, l'E. pennicornis, Fallas, est de Russie méridionale, de Turquie, d'Asie Mineure. (;o:%f;Tl.l'«>, Tlumberg'. — Vertex tout entier élevé en cône et terminé par une double l'oliole. Protliorax très-allongé, filiforme, dilaté antérieurement en feuille. Organes du vol plus courts que l'abdomen chez les femelles. Pattes très-grêles; cuisses 2 et 3 ayant à l'extrémité trois lobes arrondis. Abdomen large, perfolié ; plaque suranale transversale ; plaque sous-génitale des mâles arrondie. Ce genre est fondé sur un bizarre insecte, très-anciemieraent décrit et figuré, ainsi par Aldrovaiule (1602), Seba, Stoll, etc. C'est le G. gon- yylodes, Limi;, de couleur partout vert jaunâtre ou brunâtre, selon les sujets, atteignant 6Z| millimètres. Les élytres diffèrent notablement de celles des Empuses, en ce que le champ marginal forme à la base une dilatation brusque. Elles sont plus longues que l'abdomen chez le mâle et demi-membraneuses, plus courtes et opaques chez la femelle ; les nervures du disque sont espacées et peclinées, dirigées vers le bord interne. Les ailes sont très-arrondies au bout, à nervures courbées à l'extrémité, la nervure discoïdale rameuse. Les hanches antérieures sont atténuées vers le bout et terminées par une longue épine ; les cuisses aniérieures grêles, très-comprimées, le bord supérieur dilaté en forme de lame, le bord inférieur cannelé et avec deux longues épines. Le 6^. gonfiijhdes est des Indes orientales et de Ceylan ; il y a une seconde espèce des mêmes pays. Le type des Empusites, outre les genres à yeux arrondis, offre un genre à yeux allongés, IdolomorpJia, IJurm., ayant le cône frontal non rétréci à la base, parfois très-long, le prothorax très-grêle, les cuisses et l'abdomen sans lobes foliacés. Cinq espèces, toutes d'Afrique (Barbarie, Sénégal, Cap). Tribu des PflAiSilllEMiS. Les Phasmiens, que les auteurs anciens ne séparaient pas des Man- tiens, et qui renferment les plus grands insectes connus en longueur, sont des phytophages ayant une sorte de parallélisme de forme avec les carnassiers de la tribu précédente, mais ne laissant voir aucun passage, c'est-à-dire n'ayant pas une affinité, ils offrent égalemeni une ressem- blance d'aspect avec le genre Proscopia, des Acridiens, et ont des carac- tères communs avec les Orthoptères sauteurs, presque tous phytopha- ges, par la forme de la tête et la position de la bouche, et présentent, chez beaucoup d'espèces, le premier développement de l'oviscapte. OBIMOPTÈRES. organe qui parvient à sa perfection chez les femelles des Grylliens et des Locustiens. Le corps des Phasmiens est bacillaire (en forme de baguette), très- allongé et cylindrique, rarement déprimé {Phyllium), aptère ou ailé, plus petit dans toutes ses parties chez les mâles, sauf les organes du vol. La tète est ovoïde et épaisse, à occiput développé, horizontale ou inclinée; la bouche toujours plus ou moins en avant, disposition con- traire à celle qu'on observe chez les Blattiens et Mantiens, oùle vertex est en avant, la face en bas, la bouche presque eu arrière. Les antennes sont très-variables, le -plus souvent multiarticulées, filiformes, aussi longues ou plus longues que le corps, surtout chez les mâles, parfois courtes, aplaties ou moniliformes {Bacillus, Pachymorpha, Phyllium ^). Les yeux sont petits, arrondis, quelquefois très-saillants. Les ocelles manquent le plus souvent, toujours chez les aptères : lorsqu'ils exis- tent dans les espèces ailées, ils sont placés entre les yeux, au-dessus des antennes. Fréquemment on n'en trouve qu'un seul; ils sont plus habituels chez les mâles que chez les femelles. La bouche présente un labre grand, échancré ; des mandibules grosses et courtes, en forme de coins, excavées à leur face interne, tranchantes, souvent crénelées sur le bord triturant; les mâchoires sont courtes, le lobe interne bidenté au bout, cachées sous les palpes de la lèvre, qui dévient en dehors les palpes maxillaires, ceux-ci de cinq articles gros et courts, les deux premiers très-petits; la lèvre est grande et courte, quadrilobée, les lobes internes plus courts que les externes, les palpes labiaux formés de trois articles courts. Le thorax est allongé, à prothorax très-petit^ plus court que la tête, partagé par un sillon transversaL Le mésothorax, cylindrique ou aplati, est très-long, ayant.ordinairement au moins trois à quatre fois la lon- gueur du prothorax; sa longueur est surtout considérable dans les espèces aptères ou mal ailées, ou dont un sexe reste aptère; à son extrémité postérieure, il porte la seconde paire de pattes et les élytres, lorsqu'elles existent. Le métathorax, qui conserve la forme du mésotho- rax, est ordinairement plus court que lui, parfois plus long par excep- tion; il porte les pattes de la troisième paire à son extrémité postérieure et les ailes à son extrémité antérieure. Le bouclier dorsal de ce segment se compose de deux pièces soudées ensemble intimement, bien que généralement distinctes et séparées par un sillon transversal. La pièce antérieure est le véritable metanotum, et la postérieure n'est autre que le premier segment de l'abdomen dépourvu d'arceau ventral, ou segment médiaire, qui a passé complètement au thorax, tandis que, chez les Blattiens, il restait parfaitement séparé. Le metasternum se prolonge en arrière du metanotum proprement dit, et c'est le segment médiaire qui complète en dessus le bouclier dorsal, en servant d'arceau supérieur à l'extrémité postérieure du sternum. PHASMIENS. 93 Les organes du vol manquout souvent sans aucun vestige ; parfois un simple sillon latéral au mosonolum et au metanotum dessine des lobes alaires soudés aux téguments. D'autres espèces ont les organes du vol libres et articulés, quoique petits; entin ils peuvent rester courts avec la même structure que dans le développement normal ; dans ce der- nier cas, les ailes s'étendent au repos jusqu'à l'extrémité de l'abdomen, mais sans le dépasser. Les mâles sont d'ordinaire mieux ailés que les femelles, ou aussi bien. Toutes les combinaisons se rencontrent à cet égard : ainsi les deux sexes aptères {Bacillus, Bacteria, Anisomorpha, etc.) ; femelles aptères avec mâles bien ailés {Diapherodes, l'hibalosoma, etc.); les deux sexes à ailes rudimeutaires {Anophelepis); enfin les deux sexes parfaitement ailés {Necroscia, Phasma, Prisopus, etc.). Les ailes sont par exception, chez les Phasmiens, plus développées ([ue la paire anté- rieure, qui mérite à tous égards le nom de pseudélytres ; c'est sur ces dernières que l'atrophie se porte de préférence, quand vient à manquer une paire d'appendices dorsaux. Les Aschipasrna ont des ailes entière- ment développées et des pseudélytres nulles. Les Phanfasis ont, pour tout organe du vol, des vestiges d'ailes au métathorax; une seule excep- tion existe pour les femelles du genre PhyUium, à très-grandes pseudé- lytres, avec des ailes atrophiées. Les pseudélytres, presque toujours ru- dimeutaires, ont habituellement la forme d'écaillés, ne recouvrant que la base des ailes, coriacées, nervulées, en général élevées en bosse et opaques ; il est assez rare qu'elles s'allongent en gaîne recouvrant les ailes {Metriotes, Prisopus). 11 n'y a pas d'écusson. La brièveté des ély- tres amène une confusion des champs, le champ anal se fondant d'or- dinaire avec le discoïdal ; cependant il devient appréciable chez les espèces à élytres relativement grandes, comme Podacantims Typhon, et même, chez quelques Phasmiens (Acrophylla Titan), reste membraneux, et se réfléchit en dessous, au moyen de plis compliqués. Les ailes sont grandes, quand elles atteignent leur développement normal, et ont le champ antérieur très-étroit et coriace, car ce champ remplace lapseudé- lytre insuffisante pour protéger l'aile au repos, et son étroitesse est for- cément liée à celle de l'abdomen, sur lequel il doit s'adapter; le champ marginal présente une nervure médiastine simple, dénuée de branches costales ; la nervure humérale est simple ou bifurquée. Le champ dis- coïdal offre trois ou quatre nervures longitudinales, parfois ramifiées (Prisopus), et il est réticulé par carrés ou par losanges. La nervure anale s'infléchit en avant, ce qui rend l'aile déployée un peu convexe elle s'écarte ahisi de la première nervure axillaire, et le triangle mem- braneux intercalé entre ces deux nervures est réticulé comme le champ postérieur ou anal rayonné. Ce dernier champ est d'autant plus grand que la partie antérieure de l'aile est plus étroite. Il s'étend jusqu'à l'ex- trémité de l'aile, se plisse en éventail, puis se renverse deux fois en dessous du champ humerai, double pli nécessaire pour la protection complète. Le rétrécissement de la partie antérieure de l'aile amène »/i ORTHOPTÈRES. une uniformité de réticulalioii qui donne peu de caractères classi- ncateurs. Les pattes sont toutes ambulatoires, et les antérieures plus éloignées des intermédiaires que celles-ci des postérieures. Rarement cylindriques, elles sont presque toujours prismatiques, à arêtes vives, trùs-longues et filiformes, ou courtes et trapues, simples ou épineuses, parfois perfo- liées ou même dilatées et lamellaires. Comme chez les Mantiens, la paire antérieure est la plus longue ; ses cuisses sont presque toujours comprimées, et se juxtaposent égalemetit dans toute huir longueur, en laissant entre elles une rainure où se placent les antennes, tandis que leur base est arquée et emboite la tête. Les tarses sont tous de cinq articles, le premier le plus long et le cinquième muni d'une arolie, souvent grosse, triangulaire, spongieuse, paraissant susceptible de faire ventouse ; les ongles sont simples. L'abdomen est tantôt plus long que le reste du corps, tantôt plus court ; presque toujours cylindrique, rarement aplati et à bords tran- chants [Diaplie rodes, PhijlUii»}) ; il porte souvent des appendices mem- braneux sur ses bords latéraux ou sur le bord postérieur des segments, surtout sur celui du quatrième. Il compte sept anneaux complets, cha- cun sligmatifère, deux arceaux dorsaux sans stigmates, et il y a, chez les maies, un huitième arceau ventral; ce qui donne, abstraction faite de l'arceau médiaire, neuf segments dorsaux et huit ventraux chez les mâles, neuf dorsaux et sept ventraux chez les femelles. Les trois der- niers segments, souvent subitement rétrécis, portent les pièces géni- tales, d'une détermination et surtout d'une identification très-difficiles. Le septième segment ventral des femelles n'est soudé qu'à la base. 11 est en forme de gouttière, souvent très-prolongé en arrière, cachant les autres pièces dans son intérieur et formant un fourreau conducteur des œufs. Au-dessus de l'anus est une petite plaque bilobée ; au-dessous du neuvième segment dorsal se trouve une plaque coriacée, bilobée, plaque sous-anale, qui forme avec le neuvième arceau dorsal un an- neau complet, et, sur les côtés, à la rencontre de ces arceaux, s'insè- rent les cerques, en général très-courts chez les femelles, parfois en longs appendices comprimés ou foliacés dans certaines espèces dont l'abdomen s'atténue à l'extrémité (certains Bacteria, Anophelcpis). C'est sous la base du huitième arceau dorsal que s'ouvre l'orifice génital des femelles, recouvert et entouré d'un oviscapte rudimentaire, en général très-court. U est formé en dessus de deux lobes juxtaposés, insérés à la base du huitième segment, divisés en deux lanières et em- boîtant la vulve, rudiments des quatre pièces supérieures du sabre des Sauterelles, et en dessous de deux lanières tenant à l'extrémité du ■ septième segment, et correspondantes aux valves inférieures de l'ovi- scapte des l.ocustiens; elles sont queUiuefois très-dévcloppées et consti- tunet la moitié inférieure d'un véritable oviscapte, restant toutefois enveloppées par le fourreau que forme le septième segment ventral. PHASMIENS. 95 Dans les espèces, comme le Podacnnthus Typhon, où ce fourreau est .'rès-arqué, en l'orme de bateau ou de t^limie de maïs, les lanières infé- rieures sont aussi très-arquées, et forment un vrai petit sabre, dérobé 1 la vue sous le grand, fourreau, La complication génitale est grande chez les mâles. Les septième et huitième segments abdominaux sont nresque toujours dilatés à leur rencontre chez les adultes. C'est sous e huitième segment que s'ouvre le conduit séminal, dans uu renflement charnu, à la base duquel sont souvent des pièces copulatrices arquées, parfois des crochets cornés et articulés. Il est recouvert d'un petit four- reau, ne dépassant pas le bout de l'abdomen, quelquefois simple, en forme de glume lancéolée, parfois renflé en forme de poche, et parais- sant composé des huitième et neuvième arceaux ventraux soudés. Dans certains types américains aptères, les Diaphevomera, les Bacteria du Mexique, l'extrémité de l'abdomen des milles allecte une forme très- singulière : le septième segment est grêle dans sa première moitié, très-renflé en bourrelet dans la seconde ; le huitième segment est étranglé et le neuvième de nouveau renflé en forme de poche globu- leuse, ouverte en arrière pour la sortie de grands cerques arqués. Les cerques mâles sont d'ordiuaire plus grands que ceux des femelles, et parfois arqués en une sorte de forceps très-apparent dans les Diaphero- mera. Il est rare que les styles existent, sauf dans le genre Phasma. La loi des métamorphoses des Phasrpiens est très-mal connue, en raison surtout de la pauvreté des collections en individus jeunes. Dans les espèces aptères on n'a que la petitesse des organes copulateurs pour séparer les larves et les nymphes des adultes, caractère fort incertain. On peut affirmer l'état adulte des espèces subaptères quand l'élytre ou l'aile est séparée ou articulée ; mais il y a des adultes qui conservent des lobes thoraciques tout à fait pareils à ceux des larves. Des espèces subaptères adultes ont des ailes en forme de palette rayonnée appliquée à la surface du métathorax, et non pas, comme chez les nymphes de Mantiens, en prolongements des bords latéraux seuls du metanotum. Les organes du vol apparaissent d'abord, chez les larves des espèces ailées, sous l'aspect de protubérances du mesonotum et du metanotum, mais il n'est pas certain que ce caractère se montre toujours. Dans l'accouplement, le mâle se cramponne sur le dos de la femelle, sa tête n'atteignant qu'au niveau des pseudélytres de celle-ci, et recourbe l'extrémité de son abdomen eu demi-cercle, pour que le pénis s'introduise dans la vulve de la femelle. On a vu, pour quelques espèces de Ihémisphôre boréal, la ponte s'effectuer en automne. Les œufs, sans oothèque, sont dispersés ci et là et ont la forme d'un cyhndre à bouts ovoïdes, tantôt lisse, lantùt sculpté, offrant en relief des côtes, des ara- besques, des étoiles. Une de leurs extrémités porte un opercule aplati, adapté à une rainure de l'œuf, et que la petite larve pousse pour sortir. En Europe on a élevé, à plusieurs reprises, dans les serres, de jeunes Phyllium. En 1862, M. H. Lucas a obtenu, au Muséum, l'éclosion de 96 ORTHOPTÈRES. jeunes larves sorties des œufs d'un Phylliiim des îles Séehelles ; elles n'ont pas tardé à périr. M. Van Hasselt a également observé à Leyde l'éclosion des œufs du Phyllium imlchrifoUum. Ces deux entomologistes ont constaté que les jeunes larves naissantes tiennent l'abdomen rejeté en dessus, et que, plus tard, elles conservent l'babitude de le relever, dès qu'on les inquiète. En Ecosse, M. Murray a étudié en serre le déve- loppement complet du Phyllium Scythe, rapporté de l'Assam, et qui fut constamment nourri avec des feuilles de myrte (1). Les œufs, à surface rugueuse et poreuse, recouvrant une coquille blanche et lisse, de la grosseur d'un pois, avaient la forme d'un barillet à si\ pans, ressem- blant à une graine de Belle-de-nuit. Ils oflVaient à l'intérieur deux membranes concentriques. M. Murray compare l'externe à un chorion et l'interne à une peau nymphalc, regardant les vraies métamorphoses comme accomplies à l'intérieur de l'œuf, la larve naissante n'étant réellement qu'un adulte encore jeune, non ailé et impropre à la repro- duction. Ou sait, en effet, que tous les Phasmiens ont, en naissant, des formes très-analogues à l'insecte parfait. Les jeunes Phyllium de M. Murray avaient, eu éclosant, leurs six pattes ; i>liés en deux, ils refoulaient l'opercule de l'œuf par le dos, les pattes sortant les der- nières, et marchaient sur les feuilles, l'abdomen vui peu relevé à la façon d'une feuille de myrte. Ils restaient immobiles presque toute la journée, appliqués à la face inférieure des feuilles par le moyen des ongles et de la pelote tarsienne. On observa trois mues, la première au bout de dix mois, quand l'insecte avait environ 27 millimètres, la seconde à treize mois, la troisième et dernière à quinze. Il paraît fort probable que d'autres mues eurent lieu la nuit, car les ]eune?, Phyllium dévorant, comme les Grillons, la peau qu'ils viennent de quitter, l'ob- servation exacte du nombre des mues est fort difticile. La veille de la transformation, l'insecte devenait très-agité ; il imprimait à sou corps des secousses répétées qui finissaient par rompre la peau, dont la cou- leur passait au gris. Après chaque mue, l'abdomen, aplati dans ce genre, s'élargissait, et l'insecte augmentait rapidement de taille ; une demi-heure après la dernière, les mâles étaient en état de voler. Le Phyllium, aussitôt après la mue, était d'un beau vert-émeraude, mais bientôt la couleur tournait au vert jaunâtre, puis au jaunâtre, prenant la teinte des feuilles avec ses variations. Les organes du vol furent d'abord accusés par des renflements du bord postérieur des segments aligères, et se développèrent subitement après la dernière mue. II y eut aussi une remarque intéressante relative aux antennes. Avec la pre- mière mue elles n'avaient que neuf articles dans les deux sexes, comme chez les femelles adultes; après la première mue, le troisième article s'allongea ; après la seconde, le nombre des articles, chez les larves mâles, passa de neuf à onze, et la multiplication s'est opérée, non par {\.)\Edinburgh iiew Philos. Journal, III, t856, p. 90. PHASMIENS. 97 l'niipuritioii de iioiiveaux articles, mais par une segmciilation dan- cifiis ; enfin, après la troisième mue, les antennes des mâles passèrent au nombre normal de vingt-quatre articles. Les Phasmiens sont des insectes lents et timides, tous terrestres, à l'exception des Prisopus, aquatiques, au moins en partie, vivant sur les végétaux, appliqués aux branches et aux feuilles des arbres. Les formes grêles de beaucoup d'espèces, en rappelant les apparitions sinistres du soir, les ont fait appeler Fonlùmes, Spectres, Diables, Chevaux du diable; la ressemblance avec des tiges a inspiré les noms de Bâton animé ou ambulant, grand Soldat de Cayenne, et, pour quelques genres aplatis ou foliacés, de Feuille ambulante, de Mouche- feuille. Les Phasmiens dévorent les feuilles et surtout les bourgeons des plantes, sans être, en général, assez abondants pour produire de véri- tables dégâts. Cependant leur grande voracité peut, dans certains pays, causer des pertes à l'agriculture. JNightingale rapporte que, dans l'île de Bara-Tonga, le chef fut obhgé de mettre la popu- lation sur pied pour détruire les Phasmiens qui faisaient périr les cocotiers. L'extrême gracilité du corps et des membres rend la marche pénible dans la plupart des espèces ; les pattes sont sur- tout des crampons permettant à l'insecte de changer de place par moments sur le végétal dont il se nourrit. Les espèces aptères demeurent de longues heures immobiles, les pattes antérieures éten- dues en avant et cachant la tête et les antennes, les autres pattes re- pliées eu arrière : quand elles se dressent sur leurs pattes, elles pren- nent des positions bizarres d'équilibre instable qui rappellent les acrobates. Cependant les espèces les mieux ailées, comme les Necroscia et les Phasma, ont les mouvements plus aisés : le Phasma putidum^ observé par Bâtes, s'envole lourdement quand on cherche à le saisir. D'ordinaire les organes du vol sont des parachutes pour le saut d'une plante à une autre. Les Phasmiens sont trop mal armés pour opposer de la résistance à leurs ennemis les Oiseaux, les petits iMammifères, les Lézards, les Mantes. Leur ressemblance avec les végétaux, jointe ;\ leur immobilité complète, est leur meilleure défense, et cette position où ils simulent la mort se prend à la moindre alerte ; souvent une patte intermédiaire reste étendue, asymétrique, toute pareille à une bifur- cation de branche. Les espèces aptères vivent souvent en petites colo- nies sur les rameaux d'un même buisson. C"est probablement pour la défense que certains Spectres rejettent, par deux pores latéraux du prothorax, une liqueur colorée et odorante, variable suivant la plante qui a servi à nourrir l'insecte ; ces pores sont très-gros chez les Aniso- morpha. En outre, le Phasma put idum, selon Bâtes, émet par la bouche une liqueur fétide. Les mutilations fréquentes que doivent subir les faibles IMiasmiens n'ont pas grande importance, du moins celles des membres, car ces organes repoussent, à la façon des Crustacés, mais sans reprendre la grandeur normale : cet accident parait être fréquent, GIRARD. II. — 7 98 ORTHOPTÈRES. d'après Itî uomljrc des individus qu'orFrent les collections, où une des pattes est restée exceptionnellement petite. Les Phasmiens possèdent le mimatisme avec les végétaux à un point qui confond l'imagination : les espèces de couleur verte ou grise, cylin- driques, lisses ou munies d'aspérités, ressemblent à des branches vi- vantes ou mortes; celles à corps lobule et déchiqueté se confondent avec des bois pourris, des écorces, des lichens. Suivant Bâtes, les Creoxylus et les Prisopus ne sauraient pas plus être distingués des écorces couvertes de lichens, sur lesquelles ils ont l'habitude de s'ap- pliquer, que les Phyliium à corps large, très-plat et très-mince, garni d'expansions membraneuses, ainsi que les membres, ne se séparent pour l'œil des feuilles des plantes qui les portent. Ce sont surtout les femelles de ce dernier genre qui imitent le mieux les feuilles : leurs élytres, par une exception unique chez les Phasmiens, se développent beaucoup, et, par un incroyable pouvoir mimique, le champ marginal s'hypertrophie, au point de former à lui seul presque toute la surface de l'élytre, tandis que les champs disco'idal et anal sont entièrement atrophiés; de sorte que les nervures humérales des deux élytres qui se juxtaposent figurent la nervure médiane d'une feuille, les nervures costales obliques simulant une nervation de feuille pennée, la tête et le petit prothorax formant comme un pétiole noueux, de chaque côté duquel les folioles des cuisses antérieures représentent des stipules. Aussi les personnes étrangères à l'entomologie prennent ces femelles de Phi/tliuin, piquées dans les collections, pour des feuilles sèches, se refusant à y reconnaître des insectes. Elles ne peuvent distinguer les Phyliium des feuilles du végétal qui les porte, môme quand on les avertit de la présence d'un insecte, comme on en a fait l'épreuve en 1867, lors de l'Exposition universelle de Paris, alors que des Phyliium vivants furent montrés au public au Jardin d'acclimatation du bois de Boulogne. Ceci explique les erreurs des colons aux Indes orientales, qui affirment que des feuilles se changent en insectes, sans doute après avoir observé accidentellement quelque mue de Phyliium, ou qui sou- tiennent que les Phyliium proviennent d'œufs déposés dans les bour- geons des arbres et surfout en môme temps que les petites feuilles. Aux Antilles, où les Cuôpes sont souvent envahies par des Cryptogames parasites, une illusion analogue a donné naissance à la fable de la Guêpe véyétante, qui se planterait en terre, et du corps de laquelle naîtrait un arbuste. Les l'hasmiens, encore plus que les Mantiens, sont des insectes émi- nemment des régions chaudes, n'ayant en Europe qu'une seule espèce ; ce sont seulement des espèces aptères et de taille médiocre qui sortent des tropiques pour passer dans les zones tempérées. La rareté des Phasmiens dans l'Afrique tropicale s'explique par l'aridité des régions et la pénurie des végétaux ; des insectes ti mal doués, au point de vue locomoteur, ne pouvant que très-peu se déplacer pour chercher leur BACILLUS. 99 nourriture. Au contraire, remarque M. Westwood, les îles chaudes et humides de l'arclilpcl hidicn, luxuriantes de végétaux, sont comme la métropole des Phasmiens, et aussi, dirons-nous, des Mantiens et d'une foule d'autres tribus des divers ordres. Les genres de Phasmiens pa- raissent très-localisés par continents, et les espèces sont souvent par- quées par régions, entre des limites géographiques étroites. Cela résulte d'uue dépendance absolue qu'ont des insectes, seulement à peiue marcheurs, avec les espèces de plantes nécessaires à leur ali- mentation. M. G. Gray a observé que l'Amérique est moins riche en Phasmiens que l'hémisphère oriental, et que les espèces y sont plus souvent aptères ou à femelles aptères ; les espi''ces asiatiques ou son- daïques, australiennes et polynésiennes, ont au contraire la tendance à ollrir des organes du vol courts ou au moins en rudiments atrophiés, sont bien plutôt subaptères qu'aptères. D'après M. de Saussure, les espèces américaines ailées ont souvent des ocelles, qui font défaut chez les espèces orientales. Les anciens auteurs, y compris Linnieus, réunissaient les Phasmes et les Mantes. La séparation date de Fabricius {Suppl. do l'Entomologie sysiéinatique, 1778), et ne fut bien démontrée que par Licbtenstein, qui établit le premier nettement les caractères de séparation {Trans. of tlie Linneun Soc. of London, 1802, YI). La classification des Phas- miens est regardée comme presque impossible. Latreille et Audinet- Scrville ont essayé une classification fondée sur la présence ou l'ab- sence de membrane foliacée aux cuisses, puis la forme des articles des tarses, la longueur ou la brièveté du thorax, etc. M. Westwood se con- tentej plus simplement, de diviser les Phasmiens en aptères et ailés, nécessairement avec quelque incertitude possible, pour certaines espè- ces subaptères ; et comme nous ne sommes nullement imbu de la chi- mère de la classification naturelle, c'est cette division que nous adop- tons. Les travaux les plus récents à consulter sur l'étude spéciale des Phasmiens sont les suivants : G. Gray, the Entomology of Australia. Lon- don, 1833, part. I, monogr. du genre Phasma. — Synopsis ofthe Species of Insects belonyinii to the family of Phasmidœ. London, 1835. — Westwood, Catal.of Orthopt. Insects in the collect. of Ihe Brit. Mus., part. I, Phas- midœ. London, 1859. — H. de Saussure, Mém. de lu Soc. phys. et hist. natur. de Genève, 186'J, t. XX, l'« part. — Mission scienlif. au Mexique^ etc., 2« livraison* Paris, 1872. GENRES PRINCIPAUX. PHASMIENS APTÈRES. ilAClls lieux couverts d'herb(îs et ombragés. Notre colonie africaine a aussi une seconde espèce, qui paraît fort rare, le B. lobipes, Lucas, trouvé à la lin de juillet dans le Boud- jarea, aux environs d'Alger. Les pattes sont très-grèles, subdenticulées extérieurement. Le caractère saillant de cette espèce est d'ofî'rir à l'ex- trémité des cuisses dos deuxième et troisième paires deux tubercules foliacés très-prononcés, tachés de brun, et deux autres, moins marqués, aux extrémités des jambes. Le genre Bacillus, d'après M. H. de Saussure, passe graduellement aux Lonchodes, genre asiatique, par l'allongement des antennes, et cet auteur y a établi trois sections ou sous-genres, d'après la longueur des antennes, le nombre et la largeur de leurs articles, la forme de l'abdo- men et les cerques. 11 y a des espèces où la tête est munie de prolon- gements auriculaires. Les Bacilles comptent une quarantaine d'espèces de l'ancien monde, d'Europe, d'Afrique, des Indes orientales, de Ceylan, de Java, de Chine, des îles Sandwich, d'Australie, de l'île Hamoa, de la Nouvelle-Zélande. b.4CTe:ri.%, Latr. — Corps grêle, bacillaire, inerme, tubercule ou épineux, tout à fait aptère dans les deux sexes, cylindrique et plus épais chez les femelles, filiforme chez les mâles. Pas d'ocelles; antennes multiarticulées, très-longues, sétacées, fines. Tète petite, parfois cornue. Mésothorax très-long. Pattes longues, grêles, miitiques ou parfois unifoliacées, le premier article des tarses long. Abdomen souvent un peu moins long que le thorax, parfois plus long que le reste du corps ; fourreau des femelles n'atteignant pas rextrémité de l'abdomen ou ne la dépassant pas, variable chez les màles^ en forme de poche ou d'apophyse cylindrique ; plaque suranale courte et échancrée, non prolongée et fendue chez les mâles. Les Bactéries, dont la plus grande partie des espèces sont améri- caines, se séparent à première vue des Bacilles par les antennes. Signa- lons seulement quelques espèces des anciens auteurs, fréquentes dans les collections. Le Z^. arumatia, Stoll [Mantis baculus, Bœsel, Oliv., Phasma ferula, Fabr.), des Antilles, de la Guyane, peut atteindre chez la femelle 220 millimètres. La tête est globuleuse et inerme ; le corps brunâtre annelé de testacé, lisse et inerme dans les deux sexes, le pre- mier article des tarses crête. Cette espèce a été le sujet des études sur le système nerveux et l'analomie interne des Phasmiens par J. Mùller et J. F. Brandt (1). Le système nerveux animal ofl'x'e un assez petit cer- (1) J. Millier, Nova Acta Acad. naturœ curiosorum, t. XII, pars 2, 1825, p. 553, pi. L à LV, et t. XIV, p. 1, 1828, p. 71, pi. vu, viii.— J. F. Brandt, Ann. sciences natur., Zool., 183*), f. V, p. IO.t (trad.). 102 ORTHOPTÈRES. veau rectangulaire, fournissant les nerfs optiques et antennaires, et relié parle collier au ganglion sous-œsophagien ; puis trois ganglions thora- ciques et cinq ganglions abdominaux, le dernier formé de deux gan- glions soudés. Les nerfs stomatogastriqucs se composent de deux sys- tèmes, un impair, l'autre pair. Le premier, issu du cerveau par un ganglion frontal triangulaire, donne des filets aux pièces buccales, et sa partie principale ou dorsale longe l'œsophage en dessous de la série des cœurs et olfre un ganglion triangulaire au-dessus de l'estomac. Le système pair, moins développé, parlant aussi du cerveau, se compose de deux paires de ganglions et envoie des filets aux cœurs. Le tube digestif est en rapport avec la forme allongée typique des Phasmiens. Au début de l'œsophage débouchent deux paires de glandes salivaires, chacune à huit utriculos. Cet œsophage, large et linéaire, un peu resserré à la région du second ganglion thoracique, sans jabot ni proveniricule, abou- tit à l'estomac à l'extrémité du métathorax, et envoie, comme chez les Libellules, un long prolongement dans son intérieur ; l'estomac est droit et long, strié de fibres musculaires, sans appendices caîcaux à l'entrée, avec des prolongements aveugles en filaments et de nombreux canaux de Malpighi à l'extrémité terminale ; le tube digestif se termine ensuite par un court iléum conique suivi d'un ample rectum. L'appareil respi- ratoire se compose de trachées tubuleuses très-ramifiées en élégant réseau. Les ovaires des femelles, rattachés antérieurement au vaisseau dorsal, sont constitués par des tubes transversaux parallèles, d'aspect pectine, rangés sur les côtés d'un oviducle linéaire longitudinal, avec une capsule séminale piriforme et sans glandes appendiculées. Les organes sexuels du mâle ressemblent beaucoup à ceux des Névroptères à métamorphoses incomplètes ou Orthoptères homoptères (Libellules, Éphémères, Perles) ; les testicules, ramifiés, consistent en nombreux funi- cules globuleux, fixés à l'extrémité supérieure de pourtsvaisseaux défé- rents ; le conduit éjaculateur n'offre pas d'appendices glandulaires. Une seconde espèce, le B. bicnrnis, StoU, de l'Amérique méridionale, dépasse chez la femelle 170 millimètres. Tl est glabre et lisse, d'un brun dilué ; les longues pattes à bandes obscures ; les cuisses anguleuses, les intermédiaires mutiques en dessous au sommet ; toutes les jambes mu- tiques ; l'article basai des tarses du mâle simple, plus ou moins crête en dessus chez la femelle; la tête un peu allongée, portant ileux cornes en forme d'oreille. C'est le Spectre ou Sqmlette cornu de Stoll, le Mantis keratosquelcton d'Obvier (Encycl. méth.). Dans ces deux espèces, les mdles sont un peu moins de moitié plus petits que les femelles. Une troisième espèce des Antilles, le />'. filiformis, Fabr. (/?, cortiuta, Cuilding), est voisine de la précédente, à corps et pattes bruns, celles-ci anne- lées de testacé, les pattes antérieures inermes, de la longueur du corps, le premier article des tarses non crête, les antennes noires, Guilding rapporte quelques détails sur la biologie de cette espèce. Elle est cou- verte à l'état vivant d'une viscosité verdàtre : s'accouple en mai et juin, ANISOMORPHA. 103 et la femelle dépose, de seplembre à novembre, une vingtaine d'œufs, ressemblant à une graine de Léguminenso, operculés, opaques, d'une nuance rougeàlre avec des points enlbncés épars. Ils restent longtemps retenus au bout de l'oviducte, jusqu'à ce qu'ils aient acquis la dureté convenable, et sont alors pondus sans précaution et à nu. Les petites larves sortent au bout de quatre mois environ. Les Bactéries, qui comprennent plus de cinquante espèces, consti- tuent un genre cosmopolite dont les espèces se trouvent au Mexique (terres chaudes), dans toutes les Antilles, à la Guyane, au Brésil, en Colombie, au Pérou, au Cap, à Natal, à Sierra-Leone (Afrique), à Bor- néo, au nord de l'Inde, aux îles Sandwich, en Australie. Il y a plusieurs genres très-voisins des Bactéries : ainsi le genre Lonchodes, Gray, ayant une trentaine d'espèces du Japon, de l'Asie orientale et de ses archi- pels, faisant un passage des Bacillus aux Hacteria, ne différant de ce genre que par le dernier segment abdominal des mâles, qui, au lieu d'être court et tronqué, s'allonge en poche comprimée et fendue, avec une carène transversale à la base ; le genre Diapheromera, Gray, du Mexique, des États-Unis, se distinguant des Bacteria par les cuisses intermédiaires des mâles, qui sont très-renflées, et la forme compliquée de leur abdomen à deux renflements, l'un au septième segment, l'au^ tre à l'appendice en casque qui termine le huitième, avec cerques très- longs, obtus et arqués, formant une sorte de pince. M. de Saussure fait rentrer dans le genre Bacteria, en raison de leurs longues antennes, de leur corps et de leurs pattes très-grèles, plusieurs espèces à corps très-épineux, que M. Westwood plaçait dans le genre Acanlhoderus. AlVU^OMORPHA, Gray. — Corps trapu, gros et large, déprimé, assez grêle et cylindrique chez les mâles. Mésotliorax et métathorax presque également longs ; prothorax ayant de chaque côté, au hord antérieur, un gros pore, entouré d'un cercle corné, ou une saillie creusée d'un petit enfoncement cir- culaire ; parfois très-faibles rudiments alaires. Pattes courtes chez les femelles, inermes et souvent cylindriques. Les Anisomorphes ont un aspect spécial, qu'elles doivent à leurs corps épais, lisse, cylindrique, à leurs antemies assez courtes et assez grosses, à leurs pattes courtes et très-ambulatoires, et à leur abdomen obtus au bout, dont le fourreau ne dépasse pas l'extrémité. Llles dllVèrent des Rhaphiderus par le corps inerme et lisse. Ce genre, exclusif à l'Amérique chaude, présente le plus grand développement des pores éjaculateurs du prothorax. D'après .1. Goudot (Description de troia nouvelles espèces d'Orthoptères de la famille des l'hasnu'rns, dans Magas. de Zool., 18^3), tandis que les vraies Bactéries, grêles et à longues antennes, sont diur- nes et vivent sur les feuilles, les Anisomorphes, plus ramassées, sont tout à fait nocturnes, et restent pendant tout le jour cachées sous des pierres on dnns des troncs d'arl)res. T'nc espèce très-commune dans les 10/i ORTHOPTÈRES. t'iivirons de Satita-Fé do Bogota (NouvoUe-Groiiade), VA. bogofensis, Coudot, longue do 35 millimètres, est d'un noir luisant, avec quatre tubercules, rouges chez les raàles, rougoàtres chez les femelles, vestiges tout à fait inutiles d'organes du vol. De chaque côté du prothorax, l'insecte lanc(>, dès qu'on le saisit, à 33 centimètres de distance, une liqueur laitousc très-àcre, due à deux glandes oblongues et latérales, d'un centimètre de long. On trouve cet insecte sous les pierres, dans les lieux humides, mêlé avec ses larves grises, sans rudiments d'ailes, vivant d'herbes. Les œufs sont pondus épars sous les pierres, gris, marbrés de noirs, longs de 3 millimètres, cylindriques, aplatis aux deux bouts, avec un grand ombilic, l'opercule sautant ta l'éclosion de la larve. L'accouplement dure une journée ; la femelle dépose en octo- bre moins de vingt œufs épars, éclosant en mai de l'année suivante, par une température moyenne de 18 degrés environ. Les larves sont grisâtres, et ont en éclosant 11 millimètres, c'est-à-dire à peu près quatre fois la longueur de l'œuf. Chaque jour, à la tombée de la nuit, ces petits animaux sortent de leur retraite, et se répandent sur les Gra- minées basses, restant toute la nuit en agitation, mais au jour naissant se retirant sous les pierres. J. Goudot cite encore deux autres espèces plus rares, et n'offrant réunis ensemble que deux ou trois individus, habitant des régions élevées et plus froides de la Cordillère centrale de la Nouvelle-Grenade, sous les troncs d'arbres tombés. M. E. Blanchard {Voijage iU> d'Orbigny et Histoire du Chili de Gay) a fait coiniaître d'autres espèces, du Pérou et du Chili, résidant sous les écorces d'arbres, etc. RU.%PHIDERII!4, Aud.-Serv. — Coips alloiii^é, entièrement dépourvu d'élytres et d'ailes dans les deux sexes. Tête petite dans les mâles, assez forte et bombée au-dessns chez les femelles ; yeux petits, i^-lohuleux; pas d'ocelles. Thorax épineux; prothorax trois fois plus court ((ue le mésothorax, carré, avec des tubercules épineux, dont quatre disposés régulièrement en carré. Pattes longues ou assez longues, épineuses, surtout 1(!S jambes et cuisses 2 et 3. Abdomen à oviscapte non saillant au bout, cylindrique dans les milles, ovalaire dans les femelles et fort élargi jusciu'aux trois quarts. • Ce genre, qui a beaucoup de caractères des Bacteria, n'en est pas séparé par M. E. Blanchard ; ses formes, constamment beaucoup plus grêles, le distinguent des Eurycantha. 11 est souvent nommé Acantho- derus, Gray, mais nous avons dû rejeter ce nom employé auparavant pour un genre de (joléoplères longicornes, comme lo fait remarquer avec raison Audinet-Serville. Nous citerons le R. scabrosus, Gray, de l'ile de France, vert, avec front et vertex jaunes, des bandes longitudinales jaunes sur les côtés du corps, la base des cuisses, le bout de l'abdomen et la base des seg- ments jaunes : le vert est tendre chez la femelle, foncé brillant, quel- quefois nuancé de rougeàtre chez le mAle (pi. i.xu, tig. U). Dans les RHAPHTDERUS, EURYCANTHA. 105 deux sexes, la lOie offre postérieurement quelques raies noires longi- tudinales; le mésothorax porte des tubercules épineux sur son disque en double rangée; le niésothorax est lisse et mutique en dessus; tous deux ont en dessous des épines. Les quatre cuisses postérieures ont plusieurs épines sur leur angle interne supérieur ; les antennes et les pattes sont de la couleur du corps. Assez nombreuses espèces des deux mondes : Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Hollande, Assam, Himalaya, Japon, Java, Amboine, Bornéo, Philippines, Ceylan, île Woodlark (Montrouzier), île de France, Co' lombie, Brésil, île Saint-Thomas. E:i.'RYt'.%.'VTBIA, Hoisduval. — Corps épais, aptère dans les deux sexes, épineux le plus souvent. Tête étroite, ovale ; antennes écartées, assez fortes, de la lon- gueur du thorax; yeux petits, i;lobuleux ; pas d'ocelles. Thorax court, qua- drangle, déprimé en dessus; métathorax plus court que le mésothorax. Pattes courtes et épaisses, plus ou moins épineuses; les cuisses postérieures souvent très-épaisses et très-épineuses, avec les jambes grêles. Abdomen de la largeur du thorax à sa base, cylindrirpie chez les mâles, de forme ovoïde-allongée chez les femelles, déprimé en dessus, diminuant de longueur de la base à l'extrémité. Les Eurycanthes sont en entier d'un I)run marron ou d'un brun ver- dàtre ; leur grande taille, jointe à leur grosseur, à leurs épines mul- tiples, leur donne un aspect étrange. Le plus anciennement connu, \'E. hon'ida, Roisd., rapporté de la Nouvelle-Calédonie par Labillar- dière, fut plus tard retrouvé à la Terre des Papous par Dumont d'Ur- ville et décrit par M. Boisduval, dans la Zoologie du Voyage de VAstn^- labe. La femelle atteint 135 millimètres, le mâle un peu moins. Il n'a pas les plaques anales prolongées, et ses cuisses postérieures sont beau- coup plus renflées que chez la femelle. Le corps est aplati, cai'éné sur les côtés. La tète, carrée, porte quatre épines sur le vertex. Le thorax offre latéralement une rangée de fortes épines ; l'abdomen a deux pe- tites épines sur chacun de ses segments, et trois très-fortes de chaque côté. Les pattes sont munies de plusieurs rangées d'épines sur leurs carènes, et les cuisses postérieures des mâles en portent trois très-fortes, comme des ergots. Dumont d'Lrville rapporte (ju'il faut saisir cet insecte avec précaution à cause des piquants dont son corps est armé. L'espèce existe aussi à la Nouvelle-Irlande et à l'île Woodlark. Le P. Montrou- zier (1) a fait connaître plusieurs autres espèces d'Eurycanthes : ainsi E. luicmntha, Montr., de l'île Woodlark, à cuisses non renflées, à épines plus rares et plus courtes que chez ÏE. horrida; E. scorpionides, Mont., de l'île Woodlark, à cuisses non renflées, mais très-épineux, et dont le nom est tiré de l'habitude qu'a le mâle de recourber son abdomen en (1) Ann. Soc. liiméenne de Lyon, 1855, t. Vil. !06 ORTHOPTÈRES. haut, comme les Scorpions ; E. ausfralis, Mont., de l'île de Lord Howe, au nord de l'AusIralie. Cette espi'ce estinermo, épaisse, subcyliiidrique, n'ayant d'épines qu'aux cuisses postérieures en' dessous. Le fait de ce corps lisse, en désaccord avec le mot Eurycantka, avait porté le P. Monl- rouzier à changer le nom du genre en celui de Karabidion, substitution inacceptable et source de confusion qu'on doit proscrire en histoire na- turelle, en respectant la priorité des noms de genres comme d'espèces, et acceptant, comme fait, toutes les exceptions ultérieures. Ajoutons à ces espèces les E. Tyrrhcus, Westw., des Nouvelles-Hébrides et Loyalty, îles de la mer Pacifique ; E. olivacea, Westw., de Ceylan ; E. calcarata, H. Lucas, espèce très-épineuse, de l'île San-George (archipel des îles Salomon). Les Eurycantbes offrent fréquemment le fait de la répuUu- lation des pattes arrachées ou mutilées. Ce sont des insectes comes- tibles, dont les nègres océaniens de la Nouvelle-Calédonie mangent la chair à l'instar des EJcrevisses. PHASMIENS AILÉS, au moins les mâles. PBlB%IiO$iiOMA, Gray. — Antennes courtes et fines. Mésottiorax très-allongé. Pattes i;rèles, carénées et cannelées, à arêtes garnies de lobes ou d'épines. Mâles à élytres rudimentaires et ailes assez longues, mais n'atteignant pas l'extrémité de l'abdomen ; extrémité de l'abdomen très-renflée, le 8'^ segment ventral en poche terminée en pointe, ou formant parfois un long prolongement qui cjépasse l'abdomen. Corps grêle, cylindriipie, filiforme, très-allongé. Femelles aptères, bacillaires, à abdomen cylindrique ou un peu déprimé ; four- reau dépassant en général l'abdomen et renfermant les deux filets prolongés de l'oviscapte ; cerques très-courts. Nous citons ce genre de Phasmiens parce qu'il est un de ceux qui contiennent les plus grands de, tous les insectes sous le rapport de la longueur. Tels sont le P. LepdleU'eri, Gray, ou rabispinosum, Aud.-Serv., tantôt granuleux, tantôt hérissé d'épines, dont la femelle atteint 225 millimètres, du nord du Brésil, taille qui n'est dépassée que parle P. hypharpax, Westw., des archipels indiens. Par les femelles les Phi- balosomes à formes grêles rappellent les Bactéries, mais s'en distinguent par la longueur de leur fourreau et la brièveté des antennes, qui attei- gnent au plus la moitié de la longueur du corps ; les mâles diirèrent des autres Phasmiens par leur mésolhorax très-long et très-cylindrique, cimj ou six fois plus long que le prothorax : de tous les nicàles ailés, ce sont ceux qui ont les formes les plus grêles et les plus allongées. La distribution géographique de ce genre est très-étendue : Mexique, Guyane, Brésil, Indes orientales et Tndo-Chine, Ceylan, îles Sondaïques, Philippines cl M(dii((ues, îles Fidji, du Priuce-de-Galles et Salomon. CTPHOCRANA. 107 CYPHOCR.%M.%, Aud.-Serv. — Antennes mulliarticulées, filiformes ou sétacées, de longuoiir variable. Tète gibbeiise posténeurenient, grande dans les l'emelles; trois ocelles plus ou nnoins distincts; yeux globuleux, saillants. Thorax très- long, Elytres ovales, élevées au milieu, n'ayant que le quart de la longueur des ailes chez les mâles, et au moins la moitié chez les femelles; ailes grandes dans les mâles, plus courtes que l'abdomen dans les femelles. Pattes épineuses, à jambes parfois lobulées au bout. Abdomen cylindrique, se rétrécissant vers le bout chez les femelles ; la plaque sous-anale dans ce sexe très-bombée, cymbiforme, dépassant l'extrémité de l'abdomen. Les Cyphocranes sont les géants des insectes, propres aux parties les plus cliaudes de l'ancien monde, aux îles de l'océan Indien, au nord de l'Australie, à la Nouvelle-Guinée, au Congo, au Sénégal. Le C. gigas, Linn. (pi. lxu, fig. 3, tête de profil; 3 a, de face), d'Amboine, des Moluques, le mâle de 135 millimétrés, la femelle de 216, d'un jaune brun ou fauve, avec granules noirs, vert foncé pendant la vie, le thorax trés-tuberculeux, les élytres verdàtres, ainsi que le bord antérieur des ailes, celles-ci transparentes, avec nombreuses taches carrées, en six bandes transversales irréguliéres, les pattes et antennes de la couleur du corps. Cette espèce, très-anciennement connue, est le Grijlhis gigas de Linna-'us, VArumatia cruribus maculatis de Petiver, le Géa?îi ou Phasma gigas de Stoll, Fabricius, Donovan, Lichtenstein, le Spectrum gigas de Lamarck, Mantis gigas d'Olivier. A côté se place une espèce encore plus grande, le C. Goliath, Gray, à corps et pattes verdàtres, va- riés de lignes jaunâtres, les élytres verdàtres, avec deux taches blan- châtres à la base, devenant deux lignes longitudinales chez le mâle, les ailes à bord coriace vert bordé de rouge et d'un rouge de sang inférieu- rement, de Java, de Timor, de la Nouvelle-Guinée, de Moreton-bay, au nord de l'Australie. Une variété femelle et plus grande, pouvant avoir en longueur 270 millimètres, est le C. versirubra, Auà.-Sevw. ou hercu- leanu, Charp., à base des ailes et à dessous des élytres et de la partie coriace des ailes d'un beau rouge pourpré, d'Australie, crue à tort du Brésil par Latreille et Audinet-Serville. Le genre voisin, Platycrania, Gray, à ocelles nuls, à abdomen des mâles terminé en massue, celui des femelles cylindrique, avec plaque sous-anale pointue au bout, creusée en gouttière en dessus, unica- rénée en dessous, présente comme type le P. edulis, Licht., ou viri- dana, Gray, d(>s Indes orientales, des îles Moluques et Philippines, de l'île d'Arou (Wallace), de Céram (M""^ Ida Pfeiffer), à mésothorax ru- gueux chez le mâle, glabre chez la femelle, vert partout, sauf les ailes, jaunâtres et transparentes, rosées ou coccinées à la base, le bord costal coriace et vert, les pattes courtes, submutiques, les quatre cuisses pos- térieures denticulées en dessous. C'est le Spectre rerd de Stoll. Le nom donné par Lichtenstein indique un insecte qui entre dans la nourriture des Mélanésiens entomophages. Le genre Platycrania a deux autres 108 ORTHOPTÈRES. espèces, une de Ceylan et des Philippines, l'autre des îles Fidji. Un genre aussi très-voisin, Acro}ihijll(i, Gray, a été fondé pour une dizaine d'espèces des diverses régions de l'Australie. L'.-l. Titan, Macleay, à femelle de plus de 250 millimètres, est épineux, d'un brun rougeàtre, les élytres jaunâtres, avec tache blanchâtre, étendue jusqu'au bout chez le mâle, variées en outre de nombreuses taches d'un brun bleuâtre, les grandes ailes diaphanes, tachées de brun, le bord antérieur coriace pareil aux élytres, la base d'un joli rose tendre. Dans le genre austra- lien Podacanllius, Gray, se trouve aussi une espèce moins grande, le P. Typhon^ Gray, à ailes hyalines teintées de rose, le bord costal vert, les élytres vertes, rosées en dessous à la base, à bord extérieur rosé chez le mâle. PllA*i».il.%, Stoll. — Insectes complètement ailés dans les deux .. 1 ù 30. ORTHOPTÈRES SAUTEURS. 113 chaque côte de la vulve, sout ileu\ appeudiccs foliacés, saillants au dehors, destinés probablement à retenir le mâle et à saisir les œufs au moment de la ponte, l.e systùme nerveux a offert trois ganglions tho- raciques et cinq abdominaux. ORTHOPTERES PROPRES SAUTEURS. Les Orthoptères du groupe des Sauteurs ont le corps le plus souvent subcylindrique, et les pattes postérieures organisées pour le saut, en raison surtout de la longueur et de l'épaisseur des cuisses. Les trochan- ters sont généralement peu apparents ; les tarses ont deux, trois ou quatre articles. La tête est libre, parfois un peu avancée, d'habitude perpendiculaire au corps et à bouche inférieure. Les organes du vol avortent dans certains genres. Les cerques anaux ne sont pas articulés en général. Ces insectes sont habituellement diurnes, et fuient plus souvent en sautant que par le vol ; ils sont rarement cavicoles et très- rarement cavernicoles. Les niAles sont presque toujours bruyants avec divers mécanismes. Ces insectes étaient réunis par Linnoeus dans un grand genre qu'il appelait Gryllus et subdivisait lui-môme en yicheta, Locusta, Tettïgonia, Bulla et Acrida. Peu à peu se sont dégagées de cette synonymie em- brouillée les trois tribus des Grylliens, correspondants aux Gryllus, Geoffr., Oliv., Gr(///MS Acheta, Linn., Acheta, Fabr.; Locusficns, formés desLocMsto, Geoffr., Fabr., ou Gryllus Tettigonia, Linn.; enfin les .4cri- diens, constitués avec les Acridiuvi, Geoff.,les Pneumora, Thunh., partie des Gryllus Ihilla, Linn., les Truxalis, Fabr., ou Gryllus Acrida. Linn., les Acridium propres ou Gryllus, Fabr., ou Gryllus Locusta, Linn., et quelques Gryllus Bulla, enfin les Tettix (à tort Tetrix), Latr., ou Acri- dium, Fabr., ou partie des Gryllus Bulla, Linn. Il existe, comme nous l'avons déjà dit, pour les Orthoptères sauteurs, des caractères plus certains que pour les autres Orthoptères, au moyen desquels on peut séparer les larves et les nymphes des adultes. Outre la position des fourreaux alaires supérieurs à ceux des élytres dans ces pre- miers âges, les ailes des adultes sont toujours plissées en éventail, et ces plis se retrouvent marqués chez les Orthoptères, dont les ailes à l'état parfait sont à peine visibles et tout à fait impropres au vol. Les nymphes ont au contraire les fourreaux alaires plans, de forme plus ou moins triangulaire, et jamais plissés en éventail, quoiqu'on y voie déjà les ner- vures suivant lesquelles ces plis se formeront dans l'âge adulte. Ycrsin (1) (1) Note sur la dernière mue des Orthoptères {Bull, Soc. vaudoise des se. natur,, séance du 18 avril 1855). GIRARD. II. — 8 114 ORTHOPTÈRES. a fait voir par quel mécanisme, lors de la dernière mue, le bord supérieur des gaines qui renferment les élytres et les ailes se sou- lève peu à peu, et pivote en faisant une demi-révolution autour du point d'insertion, de sorte que, après la sortie de l'insecte parfait des téguments nymphaux, l'élytre, qvù était recouverte par Taile, lui devient supérieure. Tribu des GR^iiLlElv.s. Les Grylliens ont de grands rapports avec les Locustiens, en raison surtout de l'oviscapte saillant de la plupart des femelles, et du mode de stridulation des mâles ; mais ils se rattachent aussi aux Blattiens par le's Myrmecophila, et même aux Acridiens parles Xija ou Tridactijlus, dont la structure interne les faisait ranger par L. Dufour dans cette der- nière tribu. Ce sont les Gryllides ou Grilluniens de Latreille et Audi- net-Serville, les Achetariœ de Zelterstedt, les Achetidœ, Achetida, Aché- tides, de Stephens, Leach, Rambur, etc. Ces insectes ont les antennes sétacées, rarement moniliformes {X)ja) \ les tarses habituellement de trois articles, parfois de deux {Rhipijilcnjx, iNewm.) ou de quatre [Schizodactijhis, BruUé) ; les organes stridulants situés sur le champ intermédiaire ou discoïdal. On distingue deux groupes chez les Grylliens, suivant la structure des pattes antérieures. Les uns, Grylliens fouisseurs, ont certains articles de ces pattes élargis pour construire avec le sable ou pour fouir la terre {Tridactylus, Gryllo- talpa) ; en outre, leur tète est un peu avancée, ovale. Les autres ont les pattes de devant simples {Grylliens propres), la tête un peu avancée (Œcantlnis), ou, le plus souvent, globuleuse, verticale, à bouche infé- rieure. 11 y a dans ce dernier groupe certains Gryllus qui sont fouis- seurs, sans conformation anatomique spéciale. Nous n'avons pas un très-grand nombre de caractères généraux à citer chez les Grylliens, tribu de passage, voisine surtout des Locus- tiens, et aussi en raison du nombre médiocre de ses genres, môme en y comprenant les exotiques. Le corps est de grandeur très-variée, depuis 2 miUimî'ires {Myrmeco- phila) jusqu'à des dimensions considérables, moindres toujours que dans la plupart des autres tribus des Orthoptères propres (ainsi la Cour- tilière vulgaire femelle, les lirachijtrypes, atteignant /lO millimètres ; le Schizodactylns mo7istrosus, de 80 millimètres, les ailes fermées). Il est parfois large et vaste [Gr]jllolalpa, Brachyiri/pes), ou grêle, plan, subdé- primé (OEcanthus)^ ou subcylindrique, à bords parallèles (Gryllus, etc.), ou allongé-ellipti([uc (J/o//o/j//.v<(?s), ou enfin ovale c^t convexe [Myrmeco- phila). La tête est le plus souvent grande, globuleuse, convexe en des- sus, verticale, ou plus rarement subavancée {Tridactylus, Gryllotalpa^ Œcanthns) ; le vcrtex est convexe, ou parfois aplani {QEcanthus), rare- GRYLLIENS. 115 mcnl muni d'une lame foliacée, comme une ombelle {Platyblemmus (f). Les yeux sont latéraux, f,4obuleux, parfois grands, subarrondis. Les ocelles, ou bien développés au nombre de deux ou trois, ou bien repré- sentés par de simples taches, sont placés enire lesyeux et au-dessus des antennes, le médian inférieur parfois transverse. Les antennes sont in- sérées entre les yeux dans de vastes fossettes, le plus souvent sétacées, multiarticulées, de la longueur du corps, le premier article comprimé, dilaté, tous les suivants trùs-courts, et allant en diminuant peu à peu vers le sommet de l'antenne, rarement submoniliformes, de dix articles {Tridactylus). Leclypeus, impressionné longitudinalement, est quelque- fois séparé du front par une impression transverse. Le labre est trans- verse, large {Gryllus) ou suborbiculaire {Gryllotalpa) ; les mandibules sont robustes, armées au bord interne de dents fortes {Gryllus), ou plus obsolètes. Le mando des maxilles offre en dedans une dent linéaire, libre et aiguë ; le galea est linéaire ; les palpes, de cinq articles, le der- nier avec une vésicule tactile sur le vivant, parfois tiianguiaire, sécu- riforme {Trigonidium). La lèvre est quadrifide, les lobes internes (mando) linéaires, les externes (galea), ou allongés, hérissés (Gryllo- talpa), ou courts, dilatés [Gryllus), avec palpes de trois articles, le der- nier vésicnleux. Le pronotum est tantôt subcylindrique, à dos subcarré {Gryllus, Tri- (jonidiuni,), ou allongé {OEcanlhus), tantôt convexe en dessus, presque en bouclier {Gryllotalpa, Tridactylus) ; le mesonotum et le metanotum ont la forme ordinaire, ce dernier plus robuste quand les ailes sont déve- loppées. Les pièces sternales sont, le plus souvent, planes, transverses, mutiques ; le prosternum est caréné au milieu chez les Gryllotalpa, membraneux chez les Gryllus, avec intercalation de plages cornées symétriques. Un petit nombre de genres {Myrmecophila, Moyoplistes) sont tout à fait privés d'élytres et d'ailes. Chez les autres, ces organes ont un degré variable de développement, selon les espèces et selon le sexe, tantôt plus longs que l'abdomen, tantôt beaucoup plus courts ; les élytres sont tantôt plus courtes que les ailes, tantôt plus longues. Les élytres et les ailes restent en grande partie horizontales sur le corps, ce qui rattache les Grylliens aux tribus précédentes, tandis que chez les Locusticns et les Acridiens leur plus grande portion est déclive. Le champ marginal des élytres des Grylliens est seul délléchi, les champs discoïdal et anal restant à plat sur l'abdomen ; ce qu'on voit bien sur les espèces à abdomen ctnjit et à élytres larges (Oiï'ca/ifAus), et aussi sur les espèces à large abdomen et à élytres peu amplifiées. La disposition des nervures est difficile à débrouiller sur les élytres, surtout quand elles sont abortives ; les nervures scapulaire et externo-médiane épais- sies forment la séparation de la portion défléchie de l'élytre (champ marginal) d'avec les autres champs, constituant la partie horizontale. Au repus, le plus souvent l'élytre droite recouvre la gauche ; la consis- tance des deux élytres est le plus souvent analogue {Gryllus campesiris) : 116 ^ ORTHUPTERLS. plus rarement la membrane de 1 elytre gauche est plus minée, plus pcllucicle(G. ou Neinobius sylvpstris). (]hez les màlcs, une nervure four- nit près de la base une branche anguleuse, profondément imprimée en dessus, proéminente et très-finement dehticulée en dessous, don- .nant par ses rameaux plusieurs aréoles dans le champ discoïdal, et offrant à son angle une petite membrane {clianfrrcllo de M. Goureau), le tout formant l'appareil de stridulation. Les ailes sont caudées chez quelques espèces, c'est-à-dire très-étroites vers le bout, beaucoup plus longues que les élytres et Ics-dépassant au repos, comme une queue ou lanière allant en s'amincissant (Gryllotalpa). Les ailes pcllucides de cette espèce ont le bord antérieur, et souvent la strie du champ discoïdal, de consistance cornée, avec une coloration distincte, tandis qu'au repos tout le reste de l'aile, surtout le champ anal très-ample, est caché et comme protégé sous cette strie cornée, en plis nombreux: et très-étroits. Le genre Schizodactyltis présente les élytres et les ailes dépassant beau- coup l'abdomen, et contournées au repos en plusieurs tours de spirale serrés. La plupart des autres genres de Grylliens ont les ailes subégales en longueur aux élytres, ou plus petites ou nulles. On peut déjà dans les nymphes, d'après les fourreaux longs ou courts des ailes, deviner si l'adulte aura les ailes caudées ou non. Les pattes de devant sont fouisseuses chez les Tridactyles et les Cour- tilières, tandis que les postérieures sont propres à un saut énergique chez les premiers, très-faible chez les secondes. Les pattes postérieures de tous les Grylliens sont plus ou moins saltaloires. Les hanches anté- rieures, sans épines en dessus, sont très-rapprochées entre elles ; les trochanters des quatre pattes antérieures sont distincts, les postérieurs oblitérés. Dans le genre OEcanthus, toutes les pattes sont grêles ; les cuisses des Grylliens sont mutiques, les quatre antérieures courtes, ca- naliculées en dessous, les intermédiaires plus grêles; les postérieures épaissies à la base pour le saut. Les deux jambes antérieures sont com- primées, portant souvent à la face externe de la base, plus rarement à l'interne, une cavité recouverte par une membrane argentée, entourée de poils, organe qu'on retrouve chez les Locustiens et qui paraît être un tympan auditif. Toutes les jambes sont armées au sommet d'épines mobiles ou calcars, et les tarses ont, presque toujours, trois articles comprimés, le premier, le plus long, terminé le plus souvent au som- met, dans les pattes postérieures, par des calcars ; il y a des ongles puis- sants et pas de pelote ou arolie. L'abdomen, le plus souvent assez court, est ovale ou oblong, plus cylindrique ou déprimé que comprimé, ayant neuf ou dix segments dorsaux et huit ventraux. Le dernier segment dorsal, ou plaque supra- anale, est petit ou prolongé dans les deux sexes, qui ont également la plaque subgénitalc naviculairc et comprimée. Ces deux plaques, peu différentes chez h' mâle et la femelle, n'ont pour cette raison que peu d'importance chez les Grylliens. Au contraire, la longueur GRYLLIENS. U7 réciproque des cerques el de l'oviscapte chez les femelles d'une même espèce est assez constante, et doit être indiquée dans les descrip- tions de détail. Il faut prendre garde de confondre avec les cerques les queues fourchues des ailes de certains genres, qui parfois les dépassent. ' Les larves mâles des espèces aptères dill'èrent des adultes par l'évo- lution imparfaite de la plaque subgénitale ; mais chez les nymphes cotte partie est déjà presque aussi développée que dans l'adulte. Les larves et surtout les nymphes des femelles se distinguent de l'insecte parfait par un oviscapte plus court, plus large, à valvules molles disten- dues (caractère conser\é dans le genre Myrmecophila), et c'est par les vestiges de cet oviscapte, si l'adulte est muni d'un oviscapte saillant, que les larves un peu âgées et les nymphes des femelles se séparent de celles des mâles. 11 y a trop peu d'homogénéité chez les Crylliens et trop peu de tra- vaux sur leur anatomie interne, pour que nous puissions exposer des indications générales. Nous donnerons une étude résumée des organes de nutrition et de reproduction, et du système nerveux, à propos de quelques genres seulement : ainsi Tridactylus, Gryllotalpa, Gryllus. Une découverte toute récente est celle des organes musicaux virtuels chez certains Grylliens indigènes, analogues aux appareils sonores des Cigales (Hémiptères Homoptères), mais ne produisant pas de sons, fonctions dévolues aux élytres chez les tirylliens mâles. C'est sur la Courtilière que M. Landois (1) a surtout étudié cet organe, cet insecte le présentant avec son maximum de développement. Il avait déjà été soupçonné par Van den Hoeven. Il est surtout bien visible sur une grosse femelle gonflée par l'alcool, qui distant les anneaux de l'abdo- men et rend les sept stigmates bien saillants. L'appareil, tout à fait comparable à la membrane plissée qui forme la timbale des Cigales, débouche obliquement entre les quatrième et cinquième stigmates de l'abdomen, et sa base remonte contre la moitié supérieure du second anneau abdominal, il figure un demi-cercle de chitine, au côté con- vexe duquel adhère un court manche également chitineux. La longueur totale de l'organe est de S""", 8 et le diamètre du demi-cercle est de 2'"«',5, et il forme dans toute son étendue une partie externe du corps. Le demi-cercle est revêtu d'une fine membrane faiblement convexe et lisse, tandis que le reste de l'appareil participe à la soyeuse villosité du corps. Même à l'œil nu, on peut reconnaître au milieu de la mem- brane une petite rainure longitudinale où s'insère un muscle. Chez les Cigales, au lieu d'un demi-cercle, c'est un anneau complet de chitine qui porte la mince pellicule vibrante. La structure interne de l'appa- (1) Sur un organe des Grijlhens indigènes analogue ii l'appareil sonore des Cigales {Journal de zoologie scientif. de von Siebold et KoUiker, I.eipzitr. Entcel- manri, 1872, p. 348, pl.xxvm). { 1 8 ORTHOPTÈRES. reil dénote une ressemblanco encore plus frappante. Si l'on fend, par une incision loni^iludinalc, le clos de la ('ourlilière, si l'on écarte les intestins et le tissu adipeux, la préparation myologique devient aisée (pi. Lxii, fig. G). Au milieu de la fine membrane arrive un long muscle de 6 millimétrés, plat comme les autres muscles ventraux, avec des stries obliques comme d'habitude chez les insectes, et qui a son ori- gine prés du bord antérieur du premier segment abdominal ; les nerfs qui l'animent ont semblé partir du ganglion métal horacique, ou peut- être du premier ganglion abdominal, qui est presque entièrement soudé avec le précédent. C'est une disposition musculaire analogue qui a été vérifiée sur les Cigales par les plus récentes observations de M. Cesare Lepori [Bull. Soc. entom. ûalian.,t. I. p. 221, pi. v). Chez les Cigales, la timbale sert à renforcer le son ; elle semble sans emploi chez la Courtilière. M. Landois a retrouvé l'organe chez le Grillon champêtre, à la même place que chez la Courtilière, avec des dimensions proportionnelle- ment moindres. Le demi-cercle chitiueux se complète presque jus- qu'à former un anneau entier oblong, dont le diamètre longitudinal est de l'"'",02, l'organe total étant long de l""",/i7. Enfin, quand on l'est familiarisé avec cet organe dans les espèces précédentes, on peut procéder à sa dissection chez le Grillon domestique, où il échapperait facilement, en raison de sa petitesse, sa longueur totale n'étant que 0'"'",72, avec un diamètre du demi-cercle de O""™,/!!/! ; en outre, la portion chitineuse se distingue à peine de son entourage, en raison de la cou- leur claire de la peau de l'insecte, et la forme de l'organe diffère assez de celle des précédents. Les dimensions de cet appareil paraissent égales dans les deux sexes, avec un peu plus de grandeur chez les femelles, en rapport avec ce fait que chez les Grylliens, la femelle est d'ordinaire plus forte que le mâle. Le degré d'atrophie de l'organe est en rapport inverse avec l'intensité du son chez les Insectes. Le Gril- lon domestique est le plus petit des trois espèces considérées, mais c'est en proportion celui qui produit le son le plus intense ; aussi chez lui l'organe décrit est très-difficile à découvrir en raison de son très- faible développement. Au contraire, on entend rarement le mâle de la Courtilière frottant ses élytres l'une contre l'autre, et le son ainsi produit est très-faible, tandis que l'organe en question est, par contre, plus développé qu'ailleurs. Le Grillon champêtre, plus bruyant que la Courtilière, mais <à son proportionnellement moins fort que le Grillon domestique, oflre un appareil de dimensions également inter- médiaires. On voit donc, dit M. Landois, que plus l'organe sonore s'est développé chez les Grylliens, plus les organes servant au ren- forcomeiil chez les Cigales se sont atrophiés. Il me semble que la fonc- tion de ces organes n'est peut-être plus la même, et que cette mem- brane, tendue et vibrant par la communication des ondes sonores extérieures, est peut-être an organe d'audition, d'autant plus déve- GRYLLIENS. 119 loppé, que. le son est plus faible. On sait au reste que chez les Insectes les nerfs acoustiques ne partent pas nécessairement du cerveau. Le genre de vie des Grylliens est assez varié, mais tous sont terrestres et ils volent très-peu, même ch(;z les espèces pourvues de longues ailes, comme les Gryllotnlpa et quelques sujets des Tridactylus, les Tngoni- dium, les Brachytrypi's et certains Gryllus, les OEcanthus. (^'est par le saut et surtout par une course rapide, et non par le vol, que les Grylliens cherchent à échapper à leurs ennemis. Le saut ne manque complète- ment à aucun genre de Grylliens, et sans corrélation avec les pattes fouisseuses de devant, puisque, s'il est très-faible chez les Courtilières, il est au contraire très-puissant chez les Tridactyles. Dans les Gryllus, les petites espèces sautent très-bien ; de même les Platyblemmus, les Myr- mecophila. Selon Ratzeburg, laCourtihère nage bien. La faculté de fouir, outre les genres à conformation spéciale, existe aussi dans des espèces des genres Gryllus et Brachytrypes, à pattes courtes, douées de fortes jambes épineuses. Le Grillon sylvestre, au contraire, et des espèces voisines, vivant à la surface du sol, n'ont que des pattes grêles ; elles sont très-minces, allongées et des moins fouisseuses dans le genre Œcanthus. Les Grylliens mâles d'Europe ont la faculté de striduler, à l'exception des genres et espèces aptères, du genre Tridactylus, dont les élytres des mâles sont dépourvues de l'appareil de stridulation, et probable- ment des Triyunidium. La Courtilière mâle même, quoique souterraine, fait entendre un chant doux ; les Grillons champêtre et domestique ont un chant sonore, distinct pour chacun; ce sont les petites espèces qui donnent la note la plus aiguë, en relevant plus ou moins les élytres. Les OEcanthus les tiennent presque perpendiculaires au corps, en les redressant et les frottant avec une grande rapidité. On u 'a que très-peu de renseignements sur la copulation des Gryl- liens ; nous parlerons des spermatophores du genre Gryllus. Les œufs des Courtiliôres et des Tridactyles sortent directement de l'abdomen, et sont pondus ou dans des trous en terre, soit naturels, soit creusés à cet elfet, ou au fond même des terriers de refuge de ces insectes. Les Gryl- liens, beaucoup plus nombreux, munis d'un oviscapte saillant, intro- duisent leurs œufs au moyen de cet organe, soit dans les creux du sol, soit dans les tiges vertes des plantes {OEcanthus). Certains Grillons et les Courtilières en larves hivernent sous terre. Tous les insectes de cette tribu paraissent aimer beaucoup la chaleur et redouter le froid ; aussi les terriers des espèces cavicoles sont placés toujours à l'exposition mé- ridionale. De Geer dit que des Grillons qu'il exposa au froid du mois de novembre ne tardèrent pas à périr. I-e Grillon domestique reste agile en hiver dans les lieux chauds des maisons, mais tombe en torpeur dans les parties froides, et se réveille par la chaleur d'un foyer allumé. Ces Orthoptères sont tous d'une extrême timidité, cessant au moindre bruit de produire leur vibrante stridulation ; dès qu'on s'approche de 120 ORTHOPTÈRES. lui, le Gryllien champtMre rentre dans son terrier, et celui des maisons court au plus vite se cacher dans quelque fente. Il y a des Grylliens qui habitent diverses cavités, des trous du sol, des terriers préparés à l'avance, et n'en sortent que pour la recherche de la nourriture ou l'accouplement (certains (Iryllus, Gryllotalpa, Brachy- trypes). Les Tridactyles vivent en troupe, chacun se réfugiant dans un long boyau, oblique ou vertical, creusé dans le sable humide des rives des fleuves ou des lacs. Les Myrmécophiles hantent les fourmilières ; d'autres genres affectionnent, comme retraite, les pierres, les souches végétales, les feuilles tombées, les mousses, les bruyères (P/(/i(/6/em?/ms, certains Gryllus). Le Gryllus cloineslicus est l'hôte exclusif des maisons, et surtout des boulangeries. Enfin un petit nombre de genres vit dans les herbes (les Trigonidium sur les Joncs), et sur les buissons et les fleurs des prairies sèches et des landes (OEcanthus), souvent se cachant sous les plantes. Certains Grylliens paraissent omnivores, les Courtilières, le Grillon champêtre, sans dévorer cependant les substances mortes altérées ; d'autres ont une nourriture végétale, d'autres exclusivement animale (probablement les Tridactylus). Des espèces rassemblées en captivité {Gryllotalpa, Gryllus) se dévorent entre elles, ce qui ne prouve pas grand'- chose pour leur régime normal, la privation de liberté amenant ces perversions de l'appétit chez des espèces phytophages en liberté. Le Grillon domestique mange de la farine, substance azotée ; peut-être recherche-t-il aussi les insectes qui y vivent. A l'exception dû Grillon domestique et surtout de la Courtilière, les Grylliens ne nous sont pas nuisibles. Les Grylliens habitent principalement les régions chaudes de la terre, dans les deux hémisphères, l'Australie, Madagascar, etc. ; mais l'Europe en possède un bien plus grand nombre de genres et d'espèces que pour les tribus des Orthoptères coureurs, et surtout marcheurs (Mantiens et Phasmiens). Certains Grylliens ne dépassent pas l'Europe australe et le nord de l'Afrique : ainsi des espèces de Gryllus, les Mogoplistes, Trigo- nidium, Platyhlommus et Brachytrypcs. Le genre Tridactylus atteint, au nord, Lyon et la Hongrie. Les Myrmécophiles, surtout de l'Europe mé- ridionale, de la Sicile, de l'Algérie, offrent des apparitions isolées près de Paris, dans la Saxe, la Silésie supérieure ; de même les OEcanthes dépassent un peu l'Europe méridionale, en remontant en France jus- qu'aux environs de Paris et sur les côtes normandes, et, d'autre part, jusqu'en Silésie supérieure. On peut conclure du silence, complet de Zetterstedt, dans ses Insecta lapponica, que tous les Grylliens manquent en Laponie. La Courtilière n'existe déjà plus dans la Scanie boréale, et dans sa Faune de l'Ingrie, ancienne province baltique sur le golfe de Finlande, du côté russe (actuellement gouvernement de Saint-Péters- bourg), Cederhjelm ne cite que la Courtilière et le Grillon domestique comme représentants de celte tribu aux environs de Saint-Pétersbourg. TRIDACTTLUS. 121 GENRES PRINCIPAUX. I. — GRYLLIENS à pattes hétéronomes, les antérieures fouisseuses. TRID.%€Tl'l.i:^, Oliv., ou XvA, Illig. — Corps grêle. Antennes courtes, de dix articles, submoniliformes ; yeux grands, subovales ; trois ocelles à peine appa- rents. Corselet bombé, en bouclier. Élytres courtes, coriaces, subtriangulaires, ne recouvrant que la base de l'abdomen ; ailes repliées, étroites, linéaires, le plus souvent abrégées et à peine plus longues que les élytres. Pattes antérieures à jambe dilatée en raquette ovale et comprimée, poilue, à bord externe épineux, recevant tlans un sillon le tarse de trois articles; pattes intermédiaires plus longues, comprimées, à tarse de trois articles ; pattes postérieures à cuisse comprimée, très-large, de la longueur de l'abdomen. Jambes grêles, droites, portant des séries de lames foliacées, imbriquées au repos, extensibles, et terminées, au lieu de tarses, par des rangées de lames élastiques et extensibles. Abdomen cyliudroïde, de neuf segments, tcrminii par quatre appendices allongés, droits et velus. Les Tridactyles sont de petits Grylliens des plus agiles et de mœurs curieuses. Ce genre a été découvert par Olivier et établi sur une espèce d'Orient (Encycl. méth., 1789, t. III, p. 26) non décrite, à laquelle l'au- teur assigne trois digitations comme terminant les pattes postérieures. Ce caractère, d'où est tiré le nom du genre, ne se retrouve pas dans l'espèce la plus connue, le T. rariofiatns, Illig. On dirait une Courtilière en miniature, le mâle ayant U millimètres, et la femelle ne dépassant pas 6 millimètres, ayant 11 millimètres du front à l'extrémité des pattes postérieures étendues. Le corps est d'un noir bronzé luisant, glabre, avec les bords latéraux du corselet, la base des élytres, le dessous de l'abdomen et des mouchetures aux pattes, blanchâtres (1). Les jambes postérieures, qui se tiennent au repos sous le bord inférieur tranchant des cuisses, offrent en dessous, dans leur tiers postérieur, deux séries de lames oblongues, blanchâtres, papyracées, chacune de quatre ou cinq lames, couchées longitudinalement les unes sur les autres dans le re- pos, mais pouvant s'écarter en éventail ou en panache, lorsque l'insecte saute et déplie le membre postérieur, à la façon des pattes des Oiseaux palmipèdes, de manière à dépasser les bords interne et externe de la jambe, qui paraît alors ailée. Le bout de la jambe se termine par deux séries de digitations analogues, pareillement extensibles, continuant au (1) Poudras, Observations sur le Tridady le panaché. Brocli. iu-S". Lyon, 1829. — L. Dufour, Recherches sur Vldstoirc naturelle du Tridactyle panaclw {Ann, scierie, natur., 2« sér., Zooi.., 1838, t. IX, p. 321). 122 ORTHOPTÈRES. repos la jambe pliée sous la cuisse, et atteignant alors presque le men- ton ; à leur base inférieure est un vestige tarsien en forme de pelote ovale. I.ors du saut qui lance ces petits insectes à plus d'un mètre, toutes les lames s'étalent cà la façon d'un parachute. On doit se servir du lilet de gaze pour les saisir sans les blesser. !.. Dufour suppose, en outre, que les digitations, qui garnissent et qui prolongent les pattes postérieures, servent à nager, quand les Tridactyles rencontrent de l'eau au fond des galeries. Cet auteur rangeait les Tridactyles parmi les Acri- diens, en raison de l'énergie de leur saut, de la brièveté et du petit nombre d'articles de leurs antennes,^et surtout par la structure de l'ap- pareil digestif. Il n'a, en effet, que la longueur du corps de l'insecte, et ne se replie pas, comme cliez la Courtilière, le Grillon, la Sauterelle. Les glandes salivaires sont petites et le gésier manque ; l'estomac dé- bute par trois digitations conoïdes peu développée's, structure vestigiaire de sa forme chez les Tettix (Acridiens), et, comme dans cette tribu, les canaux de Malpighi s'insèrent isolément et immédiatement à son ex- trémité postérieure. L'ovaire de la femelle est formé de six tubes, cha- cun à cinq ou six loges, sans ligament suspenseur, avec un calice tubu- leux et un large oviducte ovale, à l'extrémité postérieur duquel adhère un réservoir de semence, simple, long, enroulé. Les quatre filets qui terminent l'abdomen du Tridactyle n'ont pas été nettement identitiés aux appendices ordinaires des Orthoptères ; il en est deux, biarticulés, hérissés, qui paraissent des cerques, etdeux autres inarticulés, existant dans les deux sexes. Ce Tridactyle panaché vit dans le sable humide des rives des fleuves et des lacs d'eau douce, en très-grand nombre, criblant le sable de ses galeries de retraite. Quand on marche au milieu de ces peuplades, on voit les petits insectes effrayés sauter de toutes parts; il en est souvent qui tombent dans l'eau et y restent un moment à la surface, toutes les pattes éten- dues. Bientôt, pliant les jambes de derrière sous les cuisses, ils rega- gnent en un ou deux sauts la plage que la frayeur les avait forcés de quitter. Ces insectes sont des maçons arénicoles, creusant dans le sable de longs puits verticaux ou obliques, bien cylindriques, au fond duquel se tient le Tridactyle la ttMe en bas, et d'où il sort h. reculons. Us arra- chent le sable avec leurs mandibules, et aussitôt celles-ci le cèdent à l'une des pattes antérieures. Ce n'est pas ici le tarse, mince et grêle, qui peut faire l'office de main ou de truelle, c'est le côté extérieur ou le revers de la jambe qui s'empare des petits matériaux, les ajuste et les consolide. La jambe est armée latéralement de trois dents, et en des- sus de poils roides et assez clair-semés, en sorte que l'instrument du Tridactyle opère sur la bouche de celui-ci comme l'une des cardes du matelassier sur l'autre, lorsque l'ouvrier veut mettre à part la laine suffisamment cardée. Tout cela s'exécute avec une telle rapidité, que souvent l'œil ne peut suivre les mouvements. Les grains de sable en- TRIDACTYLUS. 123 core humide s'accumulent à droile et h gauche, puis se réunissent en voûte au-dessus de l'insecte. On trouve à la fois des Tridactyles à tous états, ce (|ui indique une reproduclion conlinue. Les larves et nymphes n'ont que de trùs-courts vestiges d'tHylres triangulaires, et ne parais- sent prendre les ailes et les organes sexuels qu'à la dernière mue ; on ne voit pas de larves plus petites que 1 millimètre, ce qui porte à croire que les très-jeunes larves restent au fond des puits, où les fe- melles déposent sans enveloppe des œufs très-petils, ronds, transpa- rents et d'un jaune hrillant. Il y en a environ quarante par trou, et le ventre de la femelle contient un grand nombre de ces petits corps jaunes qu'on peut faire sortir par pression. On n'a pas observé l'accou- plement des Tridactyles, ni ses préludes; peut-être se fait-il dans les Ix'ous. D'après Fondras, les mâles et les femelles se ressemblent beau- coup ; celles-ci seulement à ventre plus gros, avec un point ou échan- crure au bord du 8*^ anneau, bord qui resterait au contraire entier, comme les autres chez les mâles. Par un fait analogue à ce qui se passe dans plusieurs genres d'Orthoptères, ainsi Stenobothrus et Tettix chez les Acridiens, taudis que presque toujours les ailes sont abrégées, très- étroites, linéaires, dépassant à peine les courtes élytres, de très-rares sujets, que L. Dufour croyait, probablement à tort, être les mâles exclu- sifs, ont des ailes repliées, bien plus longues que les élytres, semi- orhiculaires dans l'expansion, ayant environ vingt nervures radiées et une nervure transverse les coupant par le milieu, à bord antérieur coriace. Les Tridactyles disparaissent aux premiers froids de l'automne, et hivernent la tête en bas dans leurs puits, à 1 ou 2 décimètres de profondeur, le diamètre du puits variant suivant la grandeur de l'in- secte ; les pluies d'hiver font disparaître tout indice de l'entrée des ga- leries et claquemurent les travailleurs, en attendant que les premières chaleurs de l'année suivante viennent les engager à sortir de leurs retraites. Au début du printemps, ils se montrent de nouveau sur les sables exposés au soleil, et de toute taille, quelques-uns adultes et prêts de pondre. Fondras croyait que les Tridactyles se nourrissent de grains de sable très-fins, à la façon des Lombrics, qui vivent de l'humus. L. Dufour suppose, avec plus de raison, qu'ils doivent vivre d'animal- cules et de détritus végétaux; il n'a trouvé aucun grain sableux dans li's matières contenues dans leur tube digestif, et il regarde la double série de soies barbues qui existe à la base de chaque mandibule comme devant empêcher toute entrée des grains de sable dans le pharynx. Le T.variegatuft existe en plusieurs endroits dans le midi de la France, ainsi sur les rives de l'Adour, notamment près de Saint-Sever (Landes), au pont du Gard, au confluent de l'Isère et du Drac, sur les bords du Rhône et de ses îles jusqu'à Lyon. On trouve ces insectes près de l'em- bouchure du ruisseau nommé Lône de la Têle-d'Ow réunis autour des flaques d'eau que laisse le fleuve en se retirant, et se concentrant au- 124 ORTHOPTÈRES. tour du sable humide ;i mesure que le fleuve baisse et que l'arène se dessèche autour d'eux. De cet eudroit jiisiiu'à lu Vilriolerie, placée en face de la chaussée Perrache, on ne voit plus de Tridactyles, sans doute parce que là les bords du Rhône sont trop escarpés et les alentours des flaques trop fangeux ; mais on les voit reparaître au-dessous de la Vi- lriolerie et le long de tous les embranchements du fleuve, près des Brotteaux-Rouges et jusqu'à SainCon, afl'eclionnunt partout les nouveaux dépôts de sable formés clia(|ue uiuiée, et les quittant dès que l'herbe et les arbrisseaux commencent à envahir le sol. Les Tridactyles sont re- cherchés par les Bécasseaux, les Bergeronnettes et divers petits oiseaux du bord des rivières, qui laissent de nombreuses empreintes de leurs pattes sur les sables labourés par les Tridactyles. Les inondations du Hhône en détruisent aussi d'innombraltles peuplades, en les couvrant de couches épaisses de gravier qui les étouffent, et privent les œufs de la chaleur nécessaire à l'éclosion. Le T. variegatus existe aussi en Hon- grie, en Italie, en Portugal, en Espagne, ainsi dans l'Andalousie, sur les rives du Manzanarès et de l'Ebre, etc.; en Algérie (H. Lucas), sur les bords des lacs Tonga et Houbeira, près de la Galle, dans la province de Bône ; probablement aussi en Egypte, sur les rives du Nil (Savi- gny), etc. Le genre Tridactylus est encore représenté en Guinée par une espèce anciennement rapportée par Palisot Beauvois, le T. para- doxiis, Lalr., qui a servi à Latreille à établir les caractères du genre (Encycl. mèthod., 1825, t. \, p. 708): l'insecte, d'un jaunâtre pâle, a les pattes postérieures terminées par cinq appendices mobiles, les trois intermédiaires plus longs, comprimés, dentelés supérieurement en peigne. Nous représentons, d'après la figure de Savigny dans l'Expédi- tion d'Egypte, une espèce très-voisine du T. variegatus, peut-être une race, à vestige tarsien à la base des lames digitales postérieures plus allongé, à ailes bien développées, le T. fnsciatus, G.-Mén. (pi. xui, fig. 5:5a, grossissement ; 5 6, jambe postérieure vue de face et de pro- fil ; 5 c, tarse intermédiaire ; 5 d, tête vue de face ; 5 e, antenne de dix articles). Le genre est aussi représenté dans l'Afrique australe, dans les deux Amériques et aux Indes orientales. A côté du gem^e Tridaciijlus se place le genre Hhipipleryx. Newman, composé de petits Grylliens américains analogues aux Tridactyles. Us ont comme eux les antennes assez courtes et de dix articles, et l'ovi- scapte non saillant ; leurs principales différences consistent dans des tarses de deux articles seulement aux pattes antérieures et intermé- diaires, et des jambes postérieures grêles, dépourvues de lamelles en série. Les tarses postérieurs sont remplacés par cinq appendices étroits, comprimés, mobiles, ciliés, pointus au bout, les ailes sont amples, dé- passant environ de moitié les élytres au repos. GIlYl.L.OT.%I.I>;%, l.alr. — Corps subcylimliique, épais, loiiicntonx. TAle sub- conique, iiioliiiéo, à front un po\\ gonllé tMiIrt; \ns ypux ; yi^ux piMils, ayant GRYLLOTALPA. 125 Piitro eux iliMi>c (icellcs laLcraux ; antiMirics sétacces, iiiulliarliciili-os, allant en s'attiMuiant vers le SDinmct. Mandibules avec une dent molaire à la base ; mando des mâchoires muni d'une dent ai^^uë ; galea recourbé, étroit; dernier article des pal])es des deux sortes vésiciilciix au sommet, l'ronotum grand, demi- cylindrique, excise eu avant, arronfli en ariière ; prosternum étroit, caréné au milieu, avec deux dents dressées en avant ; mésosternum avec une crête proé- minente presque également dans toute son étendue; mctasternum ample, sub- pentagone. Élytres membraneuses, subpellucides, couvrant en général la moi- tic de l'abdomen, ou moins, les nervures dorsales écartées les unes des autres chez la femelle et un peu irrégulières; ailes amples, subhyalines, avec bord antérieur et la strie qui le suit cornés et obscurs, pliées au repos dans les deux sexes en façon de queue dépassant l'abdomen. Pattes courtes, compri- mées, fortes, poilues, les antérieures avec hanches très-rapprochées ; Irochanter avec prolongement dentiforme, moyen ou petit, dépassant rarement la longueur des digitations ; cuisses très-larges, comprimées; jambes courtes, comprimées, portant quatre digitations, les deux supérieures mobiles, les deux inférieures immobiles, tarses de trois articles, repliés dans un canal du bord externe de la jambe, à deux ongles. Pattes moyennes plus courtes, à jambes simplement dentées au sommet; [laltes postérieures plus longues, ave(; cuisses épineuses, n'égalant jamais en longueur le prothorax : ces deux paires de pattes à tarses de trois articles, avec deux ongles, le premier article des tarses postérieurs ineruie ou obluséuient épineux au bout. Abdomen vaste, surtout chez les fe- melles pleines, le bord postérieur du iiuiticme arceau ventral du mâle entier ; les segments 9 et parfois 8 munis supérieurement de deux rangées laté- rales transverses de longs poils dirigés intérieurement; cerques anaux dépas- sant eu longueur le pronotum. Pas de styles ; pas d'oviscapte saillant chez la femelle. Le type du genre et la seule espèce indigène de l'Europe, trop connue par ses ravages, est le (i. vulgaris, Latr., le (Iryllus (hijllotalpa de Lin- nœus, la Courliliere de Geoll'roy, nom tiré du vieux m(»t français courtil ou roiirtille, qui signifie jardin. L'insecte est encore nommé Taitpe- ijrillon, Avant-Taupe, d'après ses mœurs et la ressemblance grossière de ses pattes antérieures avec les mains de la Taupe, et destinées comme elles à creuser des t,^aleries souterraines. C'est un insecte d'aspect hi- deux, ayant quelques rapports de forme et de couleur avec une Écre- visse. Il est d'un roux jaunâtre en dessous, d'un brun enfumé en des- sus, d'aspect velouté, long dans les deux sexes d'environ /lO millimètres, le mâle bien plus étroit que la f(!m(dle ; les nervures des élytres pro- noncées et brunes, les nervures Iransverses des ailes lactées, avec deux stries anicrieures d'un brun cendré; le 6" segment ventral du mâle est étroit, comparé aux précédents, et le 7° semi-lunaire. Chez la femelle, le 6" segment ventral est beaucoup plus grand que b.'s précédents et suivants ; le 7% si l'on tire l'abdomen sur le vivant, montre de chaque côté une impression remarquable. Le 8*= segment, ou plaque sous-gé- 126 OnXHOPTÈRES. nitale, est subégal dans les deux sexes et bifendu, et les cerqucs, longs et villeux, sont munis çà et là de poils beaucoup plus longs. — Nous représentons quelques détails, pi. lxui : fig. /i, jambe antérieure et son tarse vus eu dedans; U a, les mêmes, vus en dobors; à b, base de l'an- tenne; à c, lèvre inférieure et palpes; U cl, màcboire et palpe. Cet insecte, commun et très-volumineux, est un de ceux qui se prêtent le mieux aux études anatomiques. Le tube digestif est presque deux fois plus long que le corps ; l'œsophage, filiforme et droit, offre à son origine deux faisceaux de glandes salivaires aboutissant par leurs canaux défé- rents à un seul tube de déversement, sur lequel s'abouche aussi le con- duit d'une vésicule salivaire oblongue piriforme. Dans le métathorax est un jabot tout à fait latéral, grand, ovale, musculo-membraneux, entouré de fibres obliques et circulaires et muni de trachées. Puis l'œso- phage conserve, sur une certaine longueur, sa forme cylindrique, et, à son entrée dans l'abdomen, il se lie à un gésier ou proventricule, ren- flé, subelliptique, muni à l'intérieur de six rangées de lames cornées triturantes, chacune à cinq séries de dents brunâtres, et séparées par six sillons profonds. Du côté œsophagien, le proveutricule est fermé par une valvule composée de six tubercules cornés convergents, détachés des colonnes qu'ils précèdent, et il entre dans l'estomac du côté opposé assez profondément, eu forme de cône allongé et acumiué, constitué par quatre troncs calleux et grêles, formant une longue valvule filtrant les aliments. Cette portion, ainsi que le commencement du ventricule ou estomac, sont recouverts par deux grandes poches cœcales, entou- rées de ramuscules trachéens, réunies à leur base, arrondies ou oblon- gues suivant leur distension, et qui, gonflées, cachent la plus grande partie du proventricule. Après elles, de chaque côté, adhère un organe ramifié en arbuscule, subdiaphane, d'usage douteux (foie, pancréas ou rate?). L'estomac est d'abord cylindroïde, étroit, lisse, sur une longueur de U à 6 millimètres, puis renflé et flexueux, avec de nombreux plis musculeux longitudinaux^ permettant, quand besoin est, une distension considérable de la membrane interne. A l'intérieur de la partie tubu- leuse sont six colonnes charnues, dont les extrémités postérieures con- vergent en valvule ; la portion renflée offre en dedans quatre stries proéminentes longitudinales, remplies et teintes plus ou moiusparune_ liqueur noire, dont on ignore l'usage physiologique. A la base de l'es- tomac s'insère un faisceau on houppe de très-nombreux canaux de Malpighi, au moyen d'un long pétiole ou uretère; ils sont capillaires, très-minces, jaunâtres ou blanchâtres, suivant le degré d'évolution de leur liqueur urinaire ; puis s'ouvre un intestin en tube flexueux, gra- nuleux en dehors et en dedans, suivi d'un intestin épais et droit, muni des plis transversaux et des bandelettes accoutumées. De chaque côté du rectum contre l'anus, et dans les deux sexes, on observe une petite glande lobulée, placée sur une vésicule de réserve, contractile, de cou- leur azurée ou bleu lapis, et pleine d'un vitré clair; la glande sécrète GRYLLOTALPA. 127 une humeur qui, mêlée aux excréments, forme cette éjaculation d'odeur nauséabonde et fétide, se produisant quand on saisit la Courtiliére à la main, et mouillant son larg^e abdomen. Les testicules du G. vulgaris sont symétriques, placés de chaque côté de l'abdomen sous les intestins, oblongs et longs de 8 à 10 millimètres lors de leur turgescence, incisés au bord externe. En détachant la tunique extérieure, on les voit formés d'une quantité innombrable de fines capsules spermatiques. Le canal déférent s'enroule en un long épididyme spirale, et il s'y déverse les conduits de glandes annexes. Les ovaires consistent de chaque côté en un faisceau bilobé et obtus de tubes courts, bi- ou triloculaires ; les filaments apicaux des tubes de chaque ovaire se réunissent en un filament commun, qui se fixe au métathorax avec celui de l'autre ovaire. Les œufs sont grands, obtusé- ment ovales, d'un roux pâle et mûrs au mois de juin. D'après Hagen, et conformément à ce que G. Newport avait précé- demment affirmé pour le système nerveux de tous les Insectes (1), les funicules de la chaîne ventrale de la Courtilière sont au nombre de quatre, dont les deux inférieurs seuls se renflent en ganglions, les supé- rieurs demeurant simples. Les trois ganglions thoraciques sont grands ; celui du prothorax, qu'on supposerait devoir être le plus volumineux en raison de la forme du segment et de ses pattes fouisseuses, est cepen- dant surpassé par le ganglion métathoracique. L'abdomen n'a que trois petits ganglions, en outre du gros ganglion terminal ; c'est pourquoi la chaîne nerveuse s'étend à peine à la moitié de la longueur de l'abdo- men, dont cependant les segments, surtout les postérieurs, jouissent du mouvement le plus libre. Les appareils nerveux de la vie végétative, chez le G. vidfiaris, ont été surtout bien étudiés par Brandt. Ils offrent, comme d'habitude, deux systèmes, un pair, l'autre impair. Du ganglion frontal de ce dernier placé en avant du cerveau partent des rameaux se rendant aux pièces buccales; un autre rameau arrive à l'œsophage avant le jabot, un autre enfin entre le jabot et le proventricule. L'appareil symétrique présente deux ganglions antérieurs contigus, subpyrami- daux, placés derrière le cerveau, puis deux ganglions postérieurs, plus petits, ovales, envoyant des filets nerveux à l'œsophage, au jabot, au proventricule. La Courtilière a été le sujet de quelques études embryogéniques (2i, si difficiles chez les Insectes en raison du manque de transparence de l'œuf. L'embryon a été étudié au moment où le chorion, disparaissant, permet de l'apercevoir. Le corps est recourbé, la tête repliée contre la poitrine et les cerques anaux sous le ventre, de sorte que le pronotum (1) On t/ie Structure, relation nnd ilevelopment of the ncrvous and circulalorij syst. PInlos. [Transad., 1843, p. 243). (2) Rathke, Mùllcr's Archiu fur Anat. und Phys,, 1844, p. 27 a 37, pi. Il, tij:;» 1 à 5. 128 ORTHOPTÈRES. représenle l'exlrémité antérieuro de l'embryon. Les pattes sont appli- quées sur les côtés, et la ligne latérale de l'abdonaen, où apparaîtront plus tard les stigmates, se détache sous forme d'un pli plus élevé. De chaque côté, sous ce pli et près de l'insertion des pattes postérieures, Rathke a découvert un organe singulier, qui a déjà disparu dans l'em- bryon sorti de l'œuf. Ce célèbre anatomiste le regarde comme une branchie de l'embryon. 11 a la forme d'un disque orbiculaire inséré sur un stipe, à la façon d'un champignon. Le stipe, long et fragile, est inséré au corps de l'embryon, tourné au dehors et recouvert par la patte postérieure. L'extérieur du disque montre des tubercules arrondis en saillie, et sa structure interne est cellulaire, dépourvue de trachées, mais probablement munie de lacunes aériennes. La membrane de cet organe reste blanche, tandis que les autres téguments de l'embryon durcissent et s'imbibent d'une matière colorante d'une roux fauve. La muqueuse tout entière de la membrane germinative se change en intestin, et aucune portion particulière de celle-ci ne forme le sac du vilellus. Le vitellus est compris dans l'intestin lui-même, et, vers la fin de la vie embryonnaire, il se résorbe dans l'estomac. Le tube digestif d'un embryon de G. culgaris qui va bientôt éclore commence par un œsophage étroit, au côté duquel adhère le jabot, sous l'aspect d'un court renflement piriforme ; après lui vient une partie un peu renflée, qui paraît le premier indice du proventricule ou gésier musculeux; ensuite le ventricule ou estomac membraneux a l'apparence d'un renflement très-dilaté, vésiculaire, encore rempli à cette époque par le vitellus, et à son bout postérieur et au début de l'intestin, est un prolongement émettant quatre vaisseaux malpighiens. Dans les embryons nouvelle- ment éclos, le jabot, très-gonflé, paraît rempli d'air; le proventricUle s'est accru, et à sa face interne se voient des papilles cornées d'épi- thélium ; des lobes antérieurs naissent au ventricule ; le nombre des vaisseaux de Malpighi s'est accru, et l'intestin, naguère à peine dilaté en avant, montre maintenant distincte une partie subrenflée, plus épaisse à l'intérieur. La Courtilière habite de préférence les jardins potagers, les pépi- nières, les champs de blé. Elle préfère les régions sèches ou sablon- neuses, et se trouve rarement dans un sol marécageux ou dans un humus tenace. Elle vit toujours cachée dans des canaux creusés avec les pattes antérieures, en comprimant la terre contre les parois, et amoncelant à l'entrée principale un monticule de déblais, analogue à celui de la Taupe, mais bien plus petit. L'insecte préfère pour son nid un terrain d'une certaine dureté, ainsi celui des sentiers, au sol trop léger des couches. L'entrée du gîte est d'abord horizontale, pour empê- cher l'irruption des eaux pluviales, puis devient déclive. La pubes- cence qui recouvre presque tout le corps de la Courtilière paraît servir à la protéger quand l'eau envahit son terrier. Elle passe l'hiver au fond d'un trou vertical pouvant avoir 30 centimètres de profondeur ; CtRYLLOTALPA. 129 celle-ci varie, au reste, selon l;i coiisislaiire du terrain et la rigueur du froid de la contrée. A partir du tuyau d'entrée, l'insecte se creuse à quelques centimi'tres des galeries de chasse dans toutes les directions. On conçoit les ravages que doivent causer de pareils travaux, de la part d'insectes de grande taille et très-féconds, coupant toutes les ra- cines et turions qui se rencontrent sur le trajet de leurs galeries : on reconnaît les lieux infestés par les Courtilières à la couleur de la végé- tation, qui est jaune et flétrie. Les Courtilières sautent lourdement. Aux mois de juin et de juillet, le mâle, soit sous terre, soit à l'entrée des galeries, fait entendre une stridulation crépitante et assez faible, que l'oreille humaine ne perçoit qu'à petite distance. On l'a comparée au cri de l'iingoulevent ou au coassement de la Rainette des arbres. Les élytres sont parfaitement symétriques, et l'on y distingue, sur la partie dorsale^ un instrument musical : on y voit l'archet, strié comme une lime, la chanterelle et une seule grande nervure qui descend de l'origine inférieure de l'ar- chet vers le bout de l'élytre, en suivant une direction oblique. M. Gou- reau a reproduit la stridulation du mâle sur des Courtilières, soit mor- tes, soit vivantes, en soulevant un peu les élytres et les frottant l'une contre l'autre. A la même époque, le mâle vole le soir, en rasant la terre par mouvements onduleux, et s'accouple pendant la nuit. La fe- melle pleine creuse en teri'e un nid voûté, à peu près de la grandeur d'un œuf de poule, dont la paroi intérieure est lisse, et auquel abou- tissent plusieurs galeries courbes. Elle y pond de deux à quatre cents oeufs, arrondis, jaunâtres, brillants, sur lesquels elle veille, dit-on. Au bout de trois à quatre semaines, il en sort de petites larves blanches, de la grosseur d'une fourmi. Les auteurs s'accordent à dire que la mère protège avec soin cette progéniture, et même lui cherche des aliments. Les petites larves vivent réunies, sous la garde maternelle, jusqu'à la pr(>mière mue ; puis, devenues plus foncées et plus dures, se dispersent, et chacune alors se creuse un terrier avec galeries. Elles changent une seconde fois de peau ; puis, la nourriture manquant avec l'arrivée des frimas, passent l'hiver eu léthargie, se réveillent au prin- temps et subissent encore deux mues avant l'état adulte. La plupart des auteurs assurent qu'elles sont nymphes un an après la sortie de l'œuf, et adultes au bout de trois ans seulement. Les Courtilières sont à la fois carnassières et phytophages. On les a vues manger des pommes de terre, de la salade, des racines de Dahlia et d'autres plantes; mais il est prouvé qu'elles sont très- avides d'in- sectes, et Féburier {Nouv. Cours d'af/ricult., 2'= édit., p. 33, et Revue agricole, ou Journal des jurdiniers et. amateurs, 1829, n" 2, p. 65) a vé- ritié l'opinion de Latreille sur leur carnivorité. Elles semblent même mieux aimer les insectes que les végétaux, et peut-être ne perforent souvent les racines que pour y chercher des larves. On trouve dans leur tube digestif des parties cornées d'insectes; elles sont avides de GIRARD. n. — 9 130 ORTilOPTÈRES, Vers blancs, et on les garde plusieurs mois en captivité en les nourris- sant de fourmis. Knfcrmécs et pressées par la laiin, elles se manp^^ent entre elles, se mordent les antennes et les pattes, et se font à l'abdomen des blessures mortelles. Elles paraissent préférera tout la viande crue, qui peut servir d'appàt-piége pour les attirer et les détruire. On recom- mande aussi, au même point de vue, les amas de fumier, où elles aiment à se réfugier en quittant leurs trous ordinaires, soit pour y trouver de la chaleur, soit plutôt afin d'y rechercher les insectes, dont elles sont friandes. On conseille encore de verser dans leurs galeries du pétrole ou de la benzine, dont la vapeur les empoisonne, ou de l'huile qui les asphyxie en bouchant leurs stigmates ; enfin on peut placer à fleur de sol de larges vases pleins d'eau, où elles se noient dans leurs courses nocturnes. Quelques animaux auxiliaires concourent à leur destruction: ainsi la Pie-grièche, l'iingoulevent et la Huppe. On observe souvent à leurs pattes des larves rouges de Trombidious (Acariens). LeG.vulf/aris juiit aux jardins, aux prairies, aux pépinières dans toult; l'Europe, sauf la Scanie boréale et la Laponie, où il manque. Il existe aussi en Asie Mineure et au delà du Caucase; il a été trouvé en Algérie (H. Lucas), en mai et juin, dans les bois du lac Houbeira, cercle de la Calle, se creusant dans le sable des sillons assez profonds. Le genre Gryllotalpa présente une quinzaine d'espèces, toutes très-analogues de forme et de couleur à notre Courtilière. Elles sont d'Egypte, du Cap, de(ihine, de Java et Bornéo, d'Australie, de l'Amérique du Nord, de Californie, du Chili, de la Colombie, du Brésil, de la Havane, de la Guadeloupe. Le Rév. P. Perny a remis à Guérin-Méneville un insecte réputé en Chine comme guérissant de la rage, et celui-ci a reconnu dans cet insecte, arrivé en débris, une petite espèce de Gryllotalpa. !I$CAI>TI-:RISC'1'«<, S. Scudder. — Crèto niésosternale non proéniiiiento, sauf sur la iiiuilic poslûrieun: du sci^ment, limitée quelquctbis à la moitié postérieure, ou même obsolète. Trochanter antérieur grand, la portion libre égale aux digita- tlons des jambes en longueur; jambes nnuiies de deux digitations mobiles; premier article des tarses postérieurs tcrminr à l'extrémité, de cliaipie côté, par une grosse épine aiguë, l'épine interne plus longue. Élytres couvrant en gé- néral les deux tiers de l'abdomen ou plus, leurs nervures dorsales chez la femelle rapprochées et régulières. Aucun des segments terminaux de Fabdomen muni supérieurement de rangées de longs poils ; bord postéiieur du huitième arceau ventral de l'abdomen du mâle prolongé en une dent grosse, proémi- nente, centrale; cerques anaux presque toujours moins longs que le prono- tum. Les autres caractères des Gryllotalpa. Ce genre a clé créé pur M. S. Sudtler, de Boston. i»our des Courti- MYRMECOPHILA. 131 lières exclusivement américaines (i). 11 avait été longtemps auparavant comme pressenti par Audinet-Serville, qui établit deux divisions dans son i^enre Gri/llotalpa : la prcimière formée d'espèces des deux mondes, ofTrant la palme des jambes antérieures divisée en quatre dents; la se- conde, à espèces américaines, ayant cette palme divisée seulement en deux dents, caractère principal du genre Scapteriscus, et ces jambes moins larges que dans la première division. Le type est le S. didactyliis, Latr. (pi. Lxnr, fig. 3), espèce bien plus petite que notre Courtilière_. n'ayant que 26 millimètres de long. Le corps est velouté, d'un jaune brunâtre, plus pille en dessous. Les élytres recouvrent plus de la moitié de l'abdomen, dont les ailes dépassent un peu l'extrémité. Les pattes sont pubescentes, de la couleur du corps, le troclianter des jambes antérieures très-grand, presque spatuliforme, tandis que chez le G. vul- garis il est long et pointu, à bord inférieur arrondi et tranchant comme un soc, et cilié de poils. L'espèce se trouve dans les Guyanes, au Brésil dans la province des Mines, au Paraguay, à Costa-Hica, et probablement dans la Floride et à Cuba. Les autres Scapteriscus sont du Mexique, du Brésil, de Colombie, de l'Amérique centrale ; en tout, huit espèces. A côté des Courtilières se place un genre très-curieux, Cylindrodes,i Cray. Le corps est allongé, linéaire, parfaitement cylindrique, à thorax formant plus du tiers du corps, aptère ou ayant à peine des vestiges alaires ; les pattes très-courtes, comprimées, les antérieures, avec les jambes élargies, propres à fouir, terminées par une palme dentée en forme de main, les quatre jambes postérieures munies d'une forte épine, les tarses de deux articles. Une seule espèce est connue et figurée dans le Rèf/ne animal de Griffith, sous le nom de G. Campbelli, Gray. On ne sait si l'on a affaire à une nymphe ou à un adulte ; la longueur est de 66 à 68 miUimètres, et la (couleur d'un brun un peu rougeâtre. L'in- secte a été trouvé à Melvil-lsland, dans l'Australie septentrionale, rava- geant les serres en se logeant dans la tige des plantes, qui se flétrissaient, il s'y fixait par les épines des jambes. Les colons le nommaient Ver-fil. II. — GRYLLIENS PROPRES, à pattes homoiioiiies. .'tlVnMFXOPiiii.A, Latr. — Corps biièveincnt ovale, convexe, aptère, ressem- blant à une laivi; de Blatte, sans aucun vcstiye d'ailes ni d'élytres. Tète glo- buleuse, à bouche inférieure, eu partie cachée sous le j)rothorax ; yeux petits ; pas d'ocelles; antennes niulliarticulées, à peu près de la longueur du corps. Palpes courts, épais, les maxillaires ayant leur dernier article beaucoup plus gros que les autres. Corselet grand, large et transversc ; mesonolum et mota- (1) Memoirs of the Peabody Acndemy of Science, t. I, n" 1, mars 1869. Salem, Massachusetts. 132 ORTHOPTÈRES. noluin courts et Iransverses, seml)l;il)les aux seiçments de l'abdonioii. Pattes courtes, les autérieures et les intermédiaires grêles, à cuisses postérieures très-renflées, à jambes postérieures dilatées subitement près de l'extrémité, tous les tarses de trois articles. Cer(jues très-longs, poilus, confusément articu- lés ; oviscapte de la femelle saillant, dépassé par les cerques, droit, cylin- drique, divergeant au sommet par quatre pointes des valvules. Ce genre, composé des plus petits Gryllicns, est formé d'espèces très- rares. Le type est le M. acervorum, Panzer, regardé d'abord comme une Blatte, long dans les deux sexes de 5 millimètres environ, ayant en outre des cerques d'un millimètre, et une largeur de la base du pronotum d'environ 2 millimètres. C'est lui insecte d'un roux châtain, terne, pubescent, avec la base des antennes, les palpes, les pattes, le bord postérieur du pronotum, une bande transverse du mesonotum et la base de l'oviscapte testacés,'les cerques atteignant eu longueur les deux tiers de l'abdomen, d'un brun marron, situés entre des poils rigides épars. Les jambes postérieures sont munies d'épines mobiles près du sommet. L'abdomen de la femelle offre en dessus huit segments, sans compter une petite plaque supra-anale arrondie, largement im- pressionnée au milieu chez le mâle. (Nous figurons la femelle, pi. lxui, fig. 6, grandeur naturelle ; 6 a, grossissement.) Les Myrmécophiles sont des hisectes se dérobant aux doigts qui tentent de les saisir par un tou- cher très-doux, dû à leurs poils soyeux, et par la mollesse du corps, en outre au moyen d'une course extrêmement rapide, surtout chez les mfdes, qui sont à peine connus et des plus rares en collection. On peut distinguer les larves de femelles des adultes cà une taille plus petite et plus étroite, une couleur plus pâle et le développement imparfait de l'oviscapte. L'évolution est inconnue et l'accouplement non observé. Chez les sujets vivants, les cerques sont dressés et inclinés vers la tête. Les œufs sont pondus non en terre, mais collés à quelque corps ; ils sont longs d'un demi-millimètre, ovoïdo-rcniformes, blancs, à surface lisse. L'intestin de la Myrmécophile, bien que très-exigu, peut facile- ment s'étudier, d'après Sa\i, si l'on arrache la tête de l'insecte, à laquelle tout l'intestin reste alors adhérent. 11 ressemble beaucoup à celui des Crillons, et les appendices supérieurs du ventricule sont remarquables par leur grandeur, et les vaisseaux de Malpighi s'insèrent inférieure- ment par un pétiole ou uretère. La Myrmécophile sociale ne se rencontre guère qu'au printemps, et très- rarement aux autres époques de l'année, dans les nids de diverses espèces de Fourmis: ainsi {("6 Formica glebaria, Nylander, fusca, Latr., rufa, Latr., et espèces voisiiuîs, et pareillement avec le F. sanguinca, Latr., espèce qui ne fait pas de fourmilières, mais vit sous les pierres. Nous n'avons sur elle (jue qiudques renseignements par Savi (1) et de (1) Osscrvazioni ioprii 1(1 V>\M,\ ■M{:i\^imndil'anzcr. Pisa, 1820, br. in-8°. MYRMECOPHILA. 133 Ilcyden. Dans les fourmilières hantées par la Myrmécophile, Savi a toujours trouvé un Lépisme (Thysanoure), une espèce aptère de Cica- (lolline (Hémiptèro, liomoptèrc), des Iules et des Cloportes, tolérés par les Fourmis. Les Myrmccophiles sont en rapport avec les Fourmis, se caressent des antennes et des palpes. Si les Fourmis sont irritées, elles mordent tout ce qui se rencontre devant elles, mais elles épargnent les Myrmécophiles comme gens de leur connaissance. Savi avait déposé quelques Myrmécophiles avec des Fourmis neutres sous une cloche de verre. Une fois le premier moment de trouble passé, elles se placèrent au milieu des Fourmis, courant sur elles, les flattant de leurs palpes et les léchant, ce qui rappelle tout à fait les relations des Fourmis avec les Claviger aveugles (tome I", p. 322); d'autres sujets couraient à terre et paraissaient manger des fragments de bois, etc. Au bout de quelques heures, les Fourmis étaient parvenues à fuir en se creusant des gale- ries, mais les Myrmécophiles, trop larges pour les orifices, n'avaient pu passer. Les Fourmis, quoique toutes délivrées, se réunirent et n'aban- donnèrent pas leurs compagnes, cherchant au contraire à leur rendre la liberté, et mordant dans ce but les parois du verre. Lorsque les Four- mis, inquiétées par des attaques ou se sentant trop à l'étroit, émigrent les Myrmécophiles les suivent dans leur nouveau domicile ; elles sortent aussi des nids lors de l'essaimage des mâles et des femelles ailés, et c'est à cette occasion qu'on les prend quelquefois au dehors, rôdant autour des fourmilières pendant la nuit, et les regagnant au plus vite au point du jour. D'autre part, Savi a conservé des Myrmécophiles vivantes plus longtemps que les Fourmis. Il semble donc que si elles sont les convives des Fourmis, cette association ne leur est pas absolu- ment nécessaire ; peut-être vivent-elles de petits animaux demeurant dans les fourmilières, comme des Acariens. Savi les a vues cependant manger des racines et des feuilles tendres. La Myrmécophile sociale a été trouvée dans plusieurs points de l'Europe : par Savi, en Toscane, dans les troncs d'arbres et en terre ; par Audouin, à Meudon, près de Paris, en 1836 ; dans diverses régions de l'Allemagne et dans la Russie méridionale. On a signalé une autre espèce du genre, le .)/. maurita- nica, Lucas, long de 3 millimètres et large de 2, villeux, d'un brun testacé, avec les cerques aussi longs que l'abdomen dans les deux sexes, ressemblant beaucoup à l'espèce précédente, mais qui en diffère par des antennes ne dépassant pas le corps en longueur dans les deux sexes, des pattes qui, au lieu d'être entièrement testacées, comme chez .]/. acervorum, sont d'un brun roussâtre, et une petite saillie longitudi- nale au thorax. L'insecte, très-agile, agite continuellement ses antennes en marchant ; on le rencontre en Algérie, en février et mars, dans les fourmilières peu nombreuses du Myrrnica testaceo-pilosa, Lucas. Ajoutons une très-petite espèce, n'ayant que, 2 millimètres, le M. ochracea, Fischer de Fribourg, peu pubescent, d'une teinte plus pille que les espèces précédentes, trouvé en Sicile, près de Syra- Viti ORTHOPTÈRES. cusc, el doux espèces douteuses, de la Tauride et de la Russie méri- dionale. MOfiiM'i-ISTKS, Aiid.-Scrv. — Corps p(!lit, allongé, étroit, s\il)dépriiiié. Tête arrondie, à front avancé en cône arrondi; antennes très-grêles, sétacées, de la longueur du corps, de soixante à quatre-vingts articles, avec poils en verticilles ; yeux grands, latéraux, subglobuloux ; i)alpes longs, finement pubescents. Cor- selet emboîtant la partie antérieure de la tête, et à pronotum recouvrant en partie le mesonotum ; metanotum très-semblable aux segments abdominaux ; aucun vestige d'ailes ni d'élytres. Pattes pubescentes, les postérieures plus grandes que les autres, à cuisses très-fortes, à jambes dentelées et épi- neuses au bout ; tarses de trois articles, le premier l)eaucoup plus long que les autres réunis, le second très-petit. Abdomen aplani en dessus, se rétré- cissant peu à peu vers l'extrémité, de huit à neuf segments en dessus, six ou sept en dessous, avec plaque subgénitale convexe dans les deux sexes ; les cerques longs ; l'oviscapte de la femelle couvert à la base par la plaque sub- génitale. Ce genre a pour type un insecte des plus rares, le M. hrimneus, Aud.- Serv., long cliez la femelle de 7 1/2 millimètres environ, le mâle plus grêle et plus petit, de 6 1/2 millimètres, d'un fauve châtain, tout cou- vert de poils et d'écaillés soyeuses brillantes, à antennes pâles, avec une double bande squameuse soufrée sur la tête, le corselet allongé, les cerques presque aussi longs que l'abdomen, l'oviscapte arrondi au sommet. La forme aplatie et le corps aptère et soyeux rappellent l'aspect d'un Lépisme. Audinet-Serville croyait à tort avoir affaire à des larves. Ce Gryllien, si curieux, a été découvert en Sardaigne, par Gêné, et retrouvé près de Naples et près de Syracuse, en Sicile, enfin dans le midi de la France, dans le Var. Nous engageons les amateurs à le rechercher aussi en Corse, en Espagne et Portugal et en Algérie. Les mœurs sont inconnues. 0';t:.%ATHn«<, Aud.-Serv. — Corps déprimé, allongé, grêle, surtout chez les fe- melles, assez mou. Tête libre, avancée, allongée-ovale; yeux arrondis et sail- lants; ocelles non apparents; front étroit entre les antennes, celles-ci plus longues que le corps, sétacées, nudtiarliculées ; mandibules faibles, bideiitées ou trideiitées au bout; palpes grêles, longs, pubescents. Pronotum étroit, sub- cylindriquo, rétréci antérieurement. Élytres cornéo-menibraneuses dans les deux sexes, plus longues que l'abdomen, plus larges chez les mâles que chez les femelles ; ailes amples, membnuuiuses, irisées, dépassant les élytres chez les femelles. Pattes longues, les quatre premières mutiques et grêles, les pos- térieures très-grandes, à cuisses renflées, à jambes épineuses ; tarses hétéro- mères, de trois articles aux quatre premières pattes, de quatre aux postérieures. Abdomen allongé et étroit, à plaque subgénitale du mâle en longue nacelle, OKCANTHUS. 135 Cf'llo do ia femi'lle beaucoup plus polito ; corques longs et pubcsccMits ; oviscapte (lo la rcuii'llo siibiN'clilig-rie et lonj;-. I.es Œcanthes ont tous un aspect caractéristique par leurs teintes pâles et la mollesse de leurs téguments. Leur système alaire bien dé- veloppé, avec appareil de stridulation, doit appeler l'attention. Les grandes élytres des mâles, laissant voir ce qui est en dessous par trans- parence, élargies et tronquées obliquement au sommet, ont le champ marginal fléchi dans le repos à angle aigu, comme enveloppant le corps; l'appareil stridulant est dans le champ discoïdal, avec un rameau basilaire de la nervure intermédiaire (archet, Goureau) placé en dessous et denticulé, comme chez les Grillons. On y trouve la membrane (chan- terelle), mais non le faisceau de poils (brosse) ; le triangle hyalin apical est distinct, et il faut noter surtout une singulière nervure circulaire revenant sur elle-même, et qu'on ne rencontre dans aucun autre Ortho- ptère. Les élytres des femelles sont beaucoup plus étroites, un peu élargies au milieu, subpellucides, tronquées obliquement au sommet, avec un triangle opalin allongé, placé comme un coin au sommet de l'élytre, le champ marginal fléchi au repos sous un angle presque droit. Les ailes ont deux stries étroites, plus opaques. Ces Grylliens vivent sur les plantes basses et les herbes, et sur les fleurs, parfois sur les arbuscules. On trouve en Europe l'espèce type, VOE. pellucens, Scopoh, ayant sur le vivant le corps d'un gris pâle, jau- nâtre sur le sec, couvert d'une pubescence blanchâtre trôs-fîne. L'occi- put et le corselet sont rayés de brun, et les cuisses postérieures variées extérieurement de brun. L'abdomen est d'un brun enfumé, et les cer- ques poilus ont la longueur de l'abdomen ; l'oviscapte de la femelle, plus long que l'abdomen et les cerques, est jaunâtre, avec l'extrémité noire. La longueur du corps, dans les deux sexes, est de 10 à 12 milli- mètres, celle des cerques 5 millimètres, et de l'oviscapte 6 millimètres. L'appareil digestif de l'Œ. pellucens est fort analogue à celui des Gril- lons, avec un jabot allongé, axile et régulier. Le corps adipeux, d'après L. Dui'our, est très-réduit. Les testicules sont très-remarquables par l'élégant réseau de trachées qui se distribue à la surface de leur tuni- que vaginale de couleur safranée ; â l'état de turgescence, ils se pré- sentent de chaque côté comme un corps piriforme, dont les capsules spermatiques forment un faisceau unique sessile et simple ; le conduit déférent est long et s'enroule en un épididyme ovale, et il y a des organes sécréteurs annexés. Aux ovaires de la femelle, en fai^^ccaii ovalo-conique, chacun de 8 à 10 gaines ovigères, s'ajoutent une capsule séminale et une glandule appendiculaire. Les œufs sont allongés, cylin- droïdes, d'un jaune vif. Habituellement taciturne dans le jour, cet (l^canthe stridule la nuit, à partir du crépuscule jusqu'aux premiers rayons du soleil levant ; mais, très-craintif, il observe tout survenant, et se tait au moindre 136 OKTHOPTÈRES. bruit. L'insecte repose sur les feuilles ou les fleurs, les pattes étendues, et, quand le mrde stridule, les élytres se dressent perpendiculaires iiu corps, frottant très-rapidement l'une contre l'autre pendant plusieurs minutes, sur un rhythme particulier. La ponte de cet r)Kcantlie ne se fait pas en terre, ù l'ordinaire des Grylliens, mais à l'intérieur des tiges des végétaux, aux mois d'août ou de septembre, selon la température des lieux qui coïncide avec l'état adulte. La femelle, appuyée sur ses longues pattes, taraude la partie ligneuse de la tige obliquement de haut en bas, au moyen du trépan terminal de l'oviscapte, formé de six dents cornées, un peu crochues, et les fibres corticales écartées consti- tuent une sorte de collerette autour de l'ouverture ; arrivé à la partie centrale médullaire, l'oviscapte y creuse une cellule verticale, et y dé- pose un œuf, parfois plusieurs ; il y a souvent plusieurs cellules longi- tudinales à côté les unes des autres. Les œufs sont cylindriques, termi- nés par deux bouts arrondis, le supérieur blanc, formant un opercule que rongera la jeune larve, le reste de l'imif de couleur ambrée, chaque (cuf long de 3 millimètres, large de 0'""'.5. Les larves éclosent au début de l'été, se cachent au milieu des plantes basses, et y subissent leurs mues. Les Œcanthes paraissent indifférents au choix des plantes aux- quelles ils confient leurs pontes : ainsi la Ronce, la Bruyère, la Centau- rée, l'Épilobe, les Mauves, les Chardons à foulon, le Chanvre, la Carotte, la Menthe, le Mélilot, la Vigne même, etc. Ces mœurs curieuses ont fait l'objet d'une publication très-ancienne de L. Salvi, en Italie, et ont été vérifiées en France récemment (1). On trouve YOE. peUucens dans toutes les régions de l'Europe méridionale, près de Vienne (Autriche), en septembre, sur les arbustes des bois, surtout dans les taillis de Chênes dont les feuilles sont envahies par les galeries des Teignes, insectes dont on a supposé que l'Œcanthe faisait sa nourriture ; dans les lieux arides et rocailleux de la Silésie supérieure, sur les Verbascum, Cen- taurea, etc., près de Fribourg en Brisgau, avec les Mantes et les Phané- roptères, dans des lieux herbeux, sur la Vigne sauvage, sous les inflo- rescences des Ombellifères, se cachant dans le gazon, en nymphe dès la fin de juin, adulte en août et septembre. En France, l'espèce existe en différents points au-dessus de la Loire, mais par groupes isolés, caractère des espèces méridionales, ne pouvant se propager au nord que dans des expositions spéciales. Ainsi, YOEcanthus pcUucens a été rencontré, en août et septembre, aux environs de Hontleur, sur les (1) L. Salvi, Meniorie intorno le Locuste gryllajole al soniino filosofo signor Guilio Pontedera. Vérone, 1750, avec planche noire représentant les deux sexes et une tige de Ronce avec les œufs. — E. Perris, Observations sur les manœuvres de l'ÇE. pellucens jjowr la ponte de ses œufs (Ann. Soc. entom. Fr., i869, p. 453), — H. Lucas, Note sur cette espèce à Honfleur (mêmes Annales, 1871, Bulletin, p. xxvi). PHALANGOPSIS, tNNEOPTERA. 137 Bruyères, et près do Paris, à Saint-Germain en Laye, à l.ardy, à Joinville- le-t^ont ; nous l'avons trouvé dès la fin de juillet, mais encore imma- ture, dansées landes arides de C.hampigny pleines de plantes sauvages, où les amateurs de papillons vont ehercher les chenilles de Chelonia Hebe; il faut le récolter en août, ses téguments bien consolidés. L'espèce existe en Angleterre, mais très-rare, dans le Norfolkshire, et paraît manquer dans le nord de la France, en Belgique, en Danemark, en Suède. On l'a signalée en Algérie, près de Bône, en novembre, au mi- lieu (les grandes herbes, et aussi dans le Kef, en Tunisie. On cite en Europe une seconde espèce douteuse, de la Russie méri- dionale, VOE. aqueus, Kabr., à corps entièrement jaune et sans taches; une autre espèce, d'un rouv foncé, des Indes orientales ; et, dans l'Amérique du Nord, une espèce toute blanche, à élytres transparentes, \'0E. niveus, de Geer. PH.%LAA(iiOl>np(n'ét' ili' /a respiratiu'i, ]i. 271. t'aris, 1870, J.-B. BaillitTo et (Ils. GRYLLUS. lill Iracliéoniie, dans une trachée thoraeique. A la place du (il spiral, on voit un réseau à mailles très-serrées. Puis, sur une branche née de ce troiu- réticulé, reparaît le fil spiral que les auteurs décrivent exclusi- vement, et qui ne disparait que dans les plus fines ramifications tra- chéales. -.^. 4' '-- :^4 iS^ * Fig. 2t. Trachée du Grillon (louicsliqiie, prise près d'un sli;;inatc thoraeique. A, tronc jirincipal, à slruciuro réticulée, duquel part une branche à lit spiral ordi- naire. — IJ, |)artie du tronc à structure réticulée, très-grossie. — C, petit fragment de cette même partie, grossissement [ilus fort. Comme tous les insectes des maisons, le Grillon domestique parait se reproduire toute l'année, et l'on trouve ensemble des sujets à tous les stades de morphose. Le Grillon domestique stridule par intervalles pendant la nuit, et son cri-cri a été regardé tantôt comme un heureux pronostic, et, en d'autres pays, comme un présage funeste. Il paraît aimer beaucoup la chaleur, et se réCugie dans les fentes des murs de cuisines et des fours de boulanger, et derrière les plaques de cœur des cheminées. On assure que la chaleur soutenue qu'il éprouve le rend très-altéré, qu'il se noie souvent dans les vases contenant de l'eau ou du lait, et que, dit-on, il fait des trous aux vêtements humides mis à sécher devant le feu. On prétend qu'il aime à se loger dans les maisons neuves, dont le mortier encore tendre rend plus aisé le creusement de gîtes, il volerait quelquefois la nuit, se jetant dans les lumières et les yeux des gens. On dit qu'il sort parfois sur le devant de la maison par les chaudes soirées d'été, pour rentrer dès que la fraîcheur de lu uuit l/l2 ORTHOPTÈKES. commence. Il chasse la nuit dans les maisons, mangeant les miettes de pain et les débris d"aliments, dévorant, assure-t-on, les lUattes des cui- sines {Periptaneta orientalis). Le Grijllus campestris, introduit dans la maison, lui ferait au contraire la guerre. On ne coiniaît aucun pays où il vive en liberté. Il habite toute l'Europe, excepté la Laponie. Le G.capensis, Fabr., est le plus grand des Grillons d'Europe, atteignant 20 à 30 millimètres, noir, glabre, avec . les appendices et le bord du corselet roux, les élytres souvent plus longues que l'abdomen, noires ou d'un l'auve testacé, avec une large tache jaune à la base ; l'ampleur des ailes, qui, dans les deux sexes, dépasse au repos l'abdomen de 10 à 12 miUimètres, distingue tout de suite cette espèce du G. campcstris. Elle remonte beaucoup moins au nord, habite toute l'Europe méridio- nale jusqu'en Hongrie, la Corse, la Sardaigne, la Sicile en mai, l'île de Madère en décembre et janvier. On trouve cet insecte dans toute l'Afrique jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, et aussi, dit-on, aux Indes orientales et à l'île de France. En Algérie, on le rencontre dans les lieux frais et humides, errant ou caché sous les mottes de terre ou sous les tas d'herbes, ne se creusant pas de terriers comme le Grillon cham- pêtre. D'après M. Lucas, les enfants le prennent et le retiennent captif, pour écouter sa stridulation aiguë. C'est, je crois, de cette espèce, et non du G. campestris^ selon Brullé, que parle le vieux Moufeit, en disant qu'il sert d'objet de commerce dans certaines contrées du nord de l'Afrique, où on l'élève en cage, en le vendant, afin d'entendre son chant qui invite au sommeil. D'autres Grillons ont les élytres de la longueur de l'abdomen ou plus courtes, à nervures ramifiées, les ailes non caudiformes, toujours plus courtes que les élytres, parfois subabortives ou même nulles. La plus importante de leurs espèces est le G. campestris, Liun., de 18 à 20 mil- limètres dans les deux sexes, les cerques de 6 millimètres environ, l'oviscapte de 10 à 12 millimètres. L'hisecte est noirâtre, avec la tête brillante, bombée, sans taches, à antennes noires, de la longueur du corps, à yeux d'un jaune clair. Le corselet est court et transverse ; les élytres, recouvrant l'abdomen dans les deux sexes, sont d'un gris brun, avec une tache jaunâtre mal limitée à la base, moins marquée que chez le G. capcnsis ; les ailes sont très-courtes et transparentes. Les jambes antérieures sont munies de tympans interne et externe ; les cuisses postérieures sont ferrugineuses en dessous, les jambes posté- rieures très - épineuses ; l'abdomen villeux en dessous, les cerques courts; i'oviscajde bien plus long que l'abdomen, grêle, droit, sublan- céolé au sommet. On trouve cet insecte communément dans toute l'Eu- rope méridionale et moyerme, et en Asie Mineure (tîurmeister) ; dans l'Europe un peu froide, il faut le chercher sur les terrains secs, bien insolés, et surtout aux expositions du midi et du levant. Il manque dans le Nord, à partir de la Scanie. D'après Uambur, dans les régions basses et chaudes de l'Andalousie, il est remplacé par le G. capensis, "mais GIIYLLUS. ih'6 reparaît sur les montagnes près de Grenade. On le trouve en mai, en Algérie, dans les lieux assez frais et herbus. L'anatomie interne du G. campestris (1) ressemble à celle de la Cour- filière, ce qui est en rapport naturel avec l'analogie de régime. L'œso- phage reçoit à son entrée la sahve provenant d'une glande en grappe de sachets ovalaires avec lui long réservoir salivaire. Le jabot est ordi- nairement régulièi'ement dilaté suivant l'axe, et parfois muni, chez quelques individus, de cette panse latérale qu'il offre toujours chez la Courtilière. Un ligament suspenseur, fixé dans la tète, soutient ce jabot lorsqu'il se gonfle par les aliments, l'n col assez long sépare le jabot du gésier, offrant à l'intérieur une valvule à six séries longitu- dinales d'écaillés calleuses, correspondantes à celles du gésier. Ce proventricule et le ventricule sont très-analogues à ceux de la Cour- filière, avec les deux poches venfriculaires moins développées. La ré- gion postérieure du ventricule offre sa membrane interne ou muqueuse parsemée de grosses papilles saillantes et isolées, conico-cylindroïdes, disposées sans ordre, manquant autour de l'insertion du canal déver- seur des vaisseaux de Malpighi. Ces papilles sont fixées à l'organe par un bout ombiliqué, l'autre bout étant libre et aveugle. Ce sont les cryptes glanduleux de Marcel de Serres, d'usage inconnu, contenant une humeur tantôt verdâtre, tantôt brune. Les vaisseaux de Malpighi sont pareils à ceux de la Courtilière, avec un canal commun pétiole. Ln arrière de l'insertion de celui-ci, est une contracture annulaire marquant l'origine de l'intestin, et munie à l'intérieur d'une valvule due à la connivence de six colonnes charnues longitudinales partant de l'intestin même. Celui-ci, moins long que le ventricule, est d'abord grêle, filiforme, puis se renfli' en un rectum (pu; parcourent des rubans musculaires longitudinaux. Chacun des testicules du G. campestris est un sachet blanchâtre, tan- tôt déprimé, ovalaire ou subfriaiigulaire, tantôt piriforme ou en pyra- mide trièdre, lors de la turgescence séminale, avec un mince filet sus- penseur fixé au thorax ; il contient au moins deux cents capsules spermafiques, alhjugées, grêles, fusiformes. Le canal déférent offre un épididyme enroulé ; il n'y a de vésicules séminales ou de glandes an- nexes que d'un seul ordre, et l'on ne trouve pas la paire de vésicules filiformes et roulées en spirale de la Courtilière. Les ovaires, gonflés au moment de raccouplement, forment chacun un faisceau sphéroïdal d'iHi jaune d'ocre vif, composé (renviron deu\ cents gaines ovigères, ayant chacune de cincj à dix loges. Elles se partagent en sept ou huit fas- cicules, dont chacun a son calice propre, ressemblant à une vessie oblongue sur laquelle les gaines ovigères s'implantent, comme les pi- quants sur la peau du Ilépisson. Les divers calices confluenf en arrière (l) L. Duloiir, Rechercher (inni. et physiol. sur les Orthoptères, etc. {Mémoires des savants ètrungcr s, Paris, 1841, t. VU, p. 327, pi. 2 et 3). idk ORTHOPTkRES. pour former un col d'aspect multilobé. L'oviducte est entouré de glandes annexes encore mal étudiées, comme on peut le dire au reste pour les glandes annexes des appareils mâles et femelles de tous les insectes. C'est là un desideratum intéressant à résoudre. L'appareil stridulant du G. canipestris peut servir de type pour les Grylliens, avec quelques modifications de détail (1). En examinant avec attention l'élytre du mâle, on voit que le champ discoïdal est formé d'une membrane sèche, mince, translucide, qui produit un son très- distinct quand on la froisse. Ou y voit deux plans comprenant entre eux un angle droit, à arête renforcée par quatre nervures droites, longitu- dinales et parallèles ; l'un des plans couvre le dos de l'insecte, l'autre le flanc. La région qui recouvre le dos est divisée en un grand nombre d'aréoles par d'autres nervures courbes, régulièrement contournées, formant deux systèmes principaux. Le premier est composé de quatre nervures ou cordes qui s'appuient sur une nervure remarquable, Varchet, branche basilaire de la ner- vure interno-médiane (Fischer) anguleuse de l'aile ; le second est formé de trois nervures prenant leur origine à la brosse, faisceau de poils courts et roides situé au bord interne, au-dessous de l'origine de l'ar- chet. Entre les deux systèmes de nervures est un espace subtrigone, la chanterelle, plus translucide que le reste, circonscrit par une nervure; le bout de l'élytre est réticulé. Pour bien voir l'archet, il faut regarder l'élytre en dessous avec une forte loupe : c'est une nervure partant du bord interne vers la base de l'élytre, s'étendant transversalement un peu en remontant, et se terminant par un retour qui s'élève vers l'ori- gine de l'élytre. Cette grosse nervure, plus épaisse à son milieu qu'à ses extrémités, est saillante en dessous, et denticulée d'une manière très- subtile et très-serrée par des stries transverses, simulant une lime ou des dents de peigne. Si l'on examine des (irillons captifs, on voit très- bien la manière dont le mâle chante. L'insecte commence par se poser les pattes étendues, la poitrine contre terre et l'abdomen un peu re- levé ; dans cette attitude, il soulève ses élytres et les frotte rapidement l'une contre l'autre. Le son produit est d'autant plus vif et plus fort, que le mouvement est plus rapide et la pression plus considérable. Si l'on se représente les deux élytres croisées et frottant l'une sur l'autre, on voit que l'archet de la supérieure passe sur la chanterelle de l'inférieure, et que ses stries, frottant sur les bords de celle-ci, y excitent des vibra- tions qui se répètent sur toute l'élytre par la loi acoustique de la com- munication des mouvements vibratoires. Par réaction, l'archet vibre lui-même et met en vibration l'élytre à huiuelle il est attaché, en sorte que la slridulalion résulte de la vibration simultanée des deux élytres. Les nervures transversales divisent la surface en un grand nombre (1) Cioure;ui, Essai sur la stridulation ries Insectes {.Inn. Soc. eniomol. de France, V^aùv., 1837, t. VI, p. 31). GRYLLUS. 145 d'arc'oles de formes variées, ayant, chacune un son partiel, et la résul- tante de ces sons forme la stridulation. On peut donc comparer l'appa- reil musical du G. carnpestris à un tambour de basque qui serait divisé en un grand nombre de compartiments par des cordes incrustées dans la peau, et qui serait en outre traversé par une grosse corde à nœuds sur laquelle on passerait une lame élastique. Lorsque l'insecte croise ses élytres rapidement l'une contre l'autre, et qu'il fait passer l'archet dans toute sa longueur sur la chanterelle, il produit la stridulation vive et bruyante qu'on entend ordinairement, et ({ui est son chant d'appel ; mais lorsqu'il frotte seulement la brosse contre le bord interne de la chanterelle de l'élytre inférieure, le chant devient doux et tendre, ex- pression de contentement du mâle, joyeux d'avoir trouvé une femelle disposée à s'accoupler. On peut produire artificiellement le chant sur un insecte vivant ou sur un insecte mort dont les articulations ont con- servé leur souplesse ; il faut pour cela soulever les élytres et les frotter l'une contre l'autre à l'aide d'une éping^le. On fait encore résonner l'ar- chet en passant la pointe d'une épingle sur les stries dont il est rayé. Les sons ne sont pas aussi éclatants qu'à l'état de vie et de liberté, mais suffisent pour démontrer le mécanisme de la stridulation. On n'aper- çoit aucune différence dans la structure des élytres du Grillon cham- pêtre, parfaitement symétriques et qui peuvent rendre des sons, quel que soit l'ordre de leur croisement ; mais ordinairement, comme chez tous les Grylliens, l'élytre droite est placée au-dessus de la gauche. Le Grillon champêtre se plait dans les terrains sablonneux et chauds, exposés au soleil. A la fin de l'été, près de Paris, plus tôt dans les ré- gions méridionales, les adultes se creusent ordinairement des terriers, bien que dépourvus d'appareils fouisseurs spéciaux. Un emplacement étant choisi, le Grillon enlève ou coupe les tiges des végétaux qui le ' gênent, et dispose ainsi une aire un peu inclinée à l'horizon. Puis il en- lève la terre avec ses mandibules au point le plus bas et la transporte, en marchant à reculons et sans se retourner, jusqu'à l'extrémité de son petit domaine. Là il dépose son fardeau et le jette en arrière par un brusque mouvement des. pattes postérieures. 11 repart aussitôt, enlève un nouveau fragment de terre, l'emporte de la même manière et lo jette toujours le plus loin possible. 11 continue ainsi, s'aidant des pattes antérieures, sans s'interrompre ni se retourner, jusqu'à ce qu'il ait achevé son travail. Le terrier présente à son ouverture un espace assez large, souvent divisé en deux ou trois avenues par les touffes de gazon les plus voisines. La galerie souterraine, d'abord peu inclinée, s'enfonce brusquement, à 3 ou Zi centimètres de l'entrée, en décrivant une ligne plus ou moins sinueuse, de fa(,'()n à garantir l'animal de la pluie. La pro- fondeur totale est en raison de l'âge du Grillon (les larves et les nym- phes se faisant aussi des terriers) et de la nature du sol elle varie de 13 à 22 centim. environ. La largeur lui permet d'y marcher, mais non de s'y retourner. Quandil est effraye, il s'y précipite la tête enavant ; mais, GIRARD. ui. — 10 146 ORTHOPTÈRES. le plus souvent, c'est à reculons qu'il y entre, afin de pouvoir observer de l'inlcrieur ce qui se passe au dehors. Aussi, quand il est entré en avant, il ne tarde pas à s'en aller pour se retourner et rentrer en arrière. Les petits paysans s'amusent quelquefois à faire sortir l'insecte de son trou, en y introduisant un fil ou cheveu auquel ils attachent une Fourmi. I.e Grillon suit ordinairement la Fourmi que l'on attire à soi de- vant lui; ou bien on enfonce une paille qu'il cherche aussitôt à couper avec ses mandibules, et si fortement, qu'on peut le tirer au dehors; par- fois, épouvanté, il se sauve, abandonnant sa retraite. Les Grillons en liberté sont très-timides et craintifs, de sorte qu'il est difficile de les surprendre. Au moindre bruit, ils cessent leur chant et rentrent dans leur trou ; pour cela, il suffit des évolutions d'une Mouche ou d'une Araignée. Aussi Yersin ne croit pas qu'ils guettent leur proie à l'entrée du terrier, et les regarde comme vivant surtout de végétaux, de fruits, de jeunes tiges herbacées, qu'ils palpent avant de les man- ger. Ils aiment à boire de l'eau, mangent le sucre et la farine délayée dans l'eau. D'après Yersin, ils ne dévorent que les insectes morts ou écrasés, après les avoir longtemps palpés. Cependant j'ai constaté que le Grillon champêtre, en captivité il est vrai, attaque et mange des chenilles vivantes. 11 peut supporter de longs jeûnes, ce qui est le cas des insectes chassant à l'atTût et non à la course; son régime est certai- nement omnivore. Le mâle adulte ne chante pas pendant les premières heures de la ma- tinée. Il les passe au soleil, occupé à sa toilette. A cet effet, il promène ses pattes antérieures sur sa tête d'arrière en avant, saisit ses antennes à l'aide des crochets des tarses et les amène dans sa bouche ; tandis qu'elles y passent de la base au sommet, les mandibules les frappent à chaque articulation, comme pour en chasser les corps étrangers. Non- seulement les antennes, mais toutes les pattes, même les postérieures, viennent chacune à leur tour se présenter aux organes masticateurs, qui répètent pour elles, avec le même soin, ce qu'ils ont fait pour les premières. Les efforts du Grillon et la bizarre position qu'il est obligé de prendre, lorsqu'il replie sa tête sous le corps pour atteindre les mem- bres postérieurs, les contorsions de ceux-ci pour arriver dans la bouche, offrent le spectacle le plus curieux, et dénotent une souplesse qu'on serait loin de supposer chez cet insecte massif. La femelle, comme le mâle, consacre chaque jour un temps assez long à ces soins de propreté, paraissant accompagnés chez l'insecte d'une certaine jouissance. Les Grillons nettoient aussi leurs cerques velus en les passant entre les épines qui garnissent l'extrémité des jambes postérieures. Le mâle produit la stridulation aiguë et monotone qui constitue sou chant d'appel, pendant la plus grande partie du jour et de la nuit. Il fait, pour rechei'cher les femelles, de petites promenades aux environs de son habitation, mais s'en éloigne très-peu. Lorsqu'une femelle, ré- pondant au chant d'appel, s'approche du mâle, celui-ci marche aussi- GRYLLUS. 1^7 tôt vers elle, les antennes en avant; le chant, au lieu des notes criardes de l'appel qui résonnent au loin, émet les notes tendres et douces du .-.hant d'amour, entremêlées d'un son vif et bref qui revient régulière- ment à des intervalles très-rapprucliés. Quand les deux insectes se ren- contrent, ils se frappent mutuellement de (juelques coups d'antennes ; puis le mâle, sans cesser de chanter, se retourne et cherche à s'insinuer sous la femelle, qui lui facilite ce mouvement en se soulevant sur ses pattes. Il marche ainsi à reculons en relevant le bout de son abdomen, qui glisse le long du ventre de la femelle, jusqu'à ce qu'il en rencontre l'extrémité. Les pièces anales du mâle s'écartent alors, et du milieu d'elles surgit un corps de forme ovoïde, qui s'élève de bas en haut, et n'est bientôt plus retenu que par un pédicule grêle, trop faible pour lui conserver sa position verticale. A l'instant où, entraîne par son poids, ce corps se renverse en arrière comme pour tomber, le mâle, d'un mou- vement rapide, et en un temps inappréciable, le crochet médian de l'armure génitale pénétrant dans la vulve, implante par le pédicule le spermatophore au-dessous de la base de Toviscapte de la femelle, où il demeure suspendu. Avant de se séparer, les deux sexes restent encore quelques instants dans la même position directe et parallèle, le mâle sous la femelle, agitant vivement son abdomen, dont il frotte le ventre de celle-ci. Si le mâle n'est pas parvenu à fixer le spermatophore à la vulve de la femelle, ce qui arrive par exemple quand on le chasse, ce- lui-ci, bien que le spermatophore ne tienne plus à son abdomen que par un mince pédicule, le fait rentrer à l'intérieur de son corps, et cela même à plusieurs reprises. Ce fait se lie à l'importance de la conservation de la liqueur séminale pour la vie du mâle. Cependant les mâles privés de fe- melle finissent par se débarrasser du spermatophore. Les cerques du mâle semblent, pendant la copulation, avoir joué le rôle d'organes tactiles pour diriger les mouvements de la partie postérieure de son corps. L'ardeur génitale des mâles de Grillons est excessive et l'emporte sur leur timidité habituelle. Si l'on renferme un mâle avec une femelle dans une boîte, aussitôt il exécute sa stridulation et cherche à charmer la femelle, sans se soucier ni des corps étrangers, ni du mouvement. Si im mâle rencontre un couple près de s'unir, il s'élance contre l'autre mâle avec tous les signes d'une violente colère, en poussant un cri très- précipité et très-intense, qu'on ne peut confondre avec son cri ordinaire. Un combat s'engage, les mâles cherchant à se mordre avec leurs mandi- bules ; le nouveau venu fuit presque toujours, parfois grièvement blessé. Le singulier spermatophore des mâles de Grillons a été d'abord étudié par Yersin {ntriculc séminale) (l), puis par Lespés (2). Il est formé d'une (1) Yersin, Diverses notes sur le (;. aimpestris iBull. Soc. vaudoise des se, natur., 1852, t. III, p. 128; 1853, t. IV, p. 54 et 311, etn"i3). (2) Lespés, Méynoirc mr les fpermatophores des Grillons {Atm. se. ?ia(u?\ , ZoOL., 4* sér., t. III, cahier n" G, pi. 10). Ifl8 ORTHOPTÈRES. vésicule d'un bniii jaunâtre plus ou moins foncé, et a près de Zi millimè- tres dans sa longueur totale, offrant aune extrémité une papille blanche, à l'autre une longue lamelle mince de forme subquadrilatère, dont le milieu est un tube communiquant ;i la vésicule, et qui porte sur les côtés deux cartilages en dents d'hameçon, qui doivent fixer l'appareil dans le vagin de la femelle. L'intérieur de la vésicule est rempli de sperme blanc, ainsi que le tube central de la lamelle, et cette lamelle, si l'on retire le spermatophore de la vulve de la femelle, porte ordinaire- ment un peu de sperme épanché. Celui-ci présente de très-petits zoo- spermes, filiformes, ayant environ 0™™,0/i de longueur et 0"^",012 de largeur. La capsule formatrice du spermatophore dépend de l'armure génitale mâle, en arrière des crochets copulateurs, et se compose essen- tiellement d'une lame blanche, pliée en deux dans sa longueur, con- tournée en circuit irrégulier. Elle est renfermée dans une, mince vési- cule, largement ouverte en avant, au-dessous de l'armure génitale, et le canal déférent débouche près de l'ouverture ; à chaque accouple- ment, un nouveau spermatophore est sécrété par la lame formatrice. Nous retrouverons chez les Locustiens des spermatophores renfermés dans la vésicule copulatrice des femelles (Siebold). L'abdomen remarquablement distendu de la femelle du Grillon in- dique la première ponte, quia lieu huit ou dix jours après que l'insecte est arrivé à l'état adulte. Malgré la grosseur de son corps, la femelle se livre à une agitation continuelle, courant d'un endroit à l'autre, s'arrâ- tant tout à coup pour creuser une cavité peu profonde qu'elle comble aussitôt en y rejetant ce qu'elle en a extrait. C'est là qu'elle effectue un premier dépôt d'œufs. A cet effet, elle replie son oviscapte, et l'enfonce en entier et sans difficulté dans cette terre fraîchement remuée. L'ab- domen éprouve alors de violentes dilatations et contractions, dirigées d'avant en arrière ; elles ont pour effet de chasser l'œuf au dehors. Le léger gonflement de la partie encore visible de Toviscapte permet de saisir l'instant de son passage. On peut ainsi s'assurer que la femelle en pond plusieurs dans le môme trou, en les plaçant tantôt bout à bout, tantôt les uns à côté des autres. Pendant tout le jour elle ne cesse, pour pondre, de creuser des trous qu'elle recomble aussitôt. Elle s'arrête en- suite une à deux semaines, puis recommence ses pontes, et ne finit qu'à la mort, celle-ci survenant, pour notre pays, de la fin de mai à la fin de juillet, selon les latitudes et altitudes. Une seule femelle confie ainsi à la terre plusieurs centaines d'œufs- Un jour ou deux après la ponte, ils sont presque cylindriques, longs de S'^'^jS et larges de 0™'",5, d'un jaune clair et translucides. Ils restent en terre environ un mois avant d'éclore. Les petites larves issues de l'œuf ont 3 millimètres environ, sont tcstacécs, et si déUcates, qu'on s'étonne qu'elles aient la force de sortir de terre. Elles apparaissent au milieu de Grillons adultes en pleine vigueur, et beaucoup de femelles continuent à pondre, entourées de leurs descendants qui ont déjà plusieurs fois r.RYLi.us. \U9 changé de peau. Lo Grillon naissant se colore rapidement, et au bout de quelques heures est devenu noir, avec les bords du pronotum, tout le mesonotum et les bords du dernier segment dorsal de l'abdomen d'un jaune-citron, la base des cerques jaunâtres, ceux-ci étant bruns à leur sommet. Le corps est relativement plus étroit, les antennes et les cer- ques plus longs que chez l'adulte. Les segments sont bordés de poils et les extrémités de l'abdomen encore identiques extérieurement dans les deux sexes. Les mues se succèdent rapidement, à peu près de semaine en semaine, jusqu'à ce que l'insecte ait acquis le degré de développe- ment sous lequel il doit passer l'hiver. On peut reconnaître les deux ou trois premières mues à des caractères certains, et de même celle qui précède l'âge adulte ; mais il n'y a rien de net pour les mues intermé- diaires, simples phénomènes d'accroissement, analogues à ce qui se passe chez les Crustacés. La taille, qui varie beaucoup, suivant l'ali- mentation, ne donne aucune indication certaine. La mue a toujours lieu par une fente longitudinale sur le milieu du dos, et la peau aban- donnée porte constamment des débris de trachées fixés aux stigmates du thorax. On ne peut se fiera ces dépouilles pour évaluer le nombre de mues des Grillons qu'on élève en captivité, car l'insecte mange par- fois la peau dont il vient de sortir. Après chaque changement de peau, l'insecte est testacé, surallongé, et, dans les premiers âges au moins, assez transparent pour qu'on puisse voir pendant plusieurs heures les mouvements du vaisseau dorsal et l'agitation qu'ils communiquent au sang. Les larves de Grillons sont omnivores comme les adultes, man- geant indifféremment de l'herbe fraîche, des insectes, de la farine, du pain, etc., et aimant à boire. On les rencontre parfois en grandes troupes le soir, au crépuscule, traversant les chemins en sautant, soit qu'elles obéissent à un instinct nocturne, soit qu'elles fuient leurs terriers inondés par l'averse, car c'est surtout après l'orage qu'on observe ces migrations (Goureau, op. cit.). Les larves du Grillon champêtre se distinguent aisément de toutes celles des espèces du même genre par leur couleur noirâtre et le rouge dont est lavée la face inférieure des cuisses. Dès leurs premiers âges, les Grillons s'assurent un refuge, soit en se rassemblant dans de vieux terriers abandonnés, soit en creusant chacun sa retraite. Très-souvent, à l'approche de l'hiver, ils se réunissent trois ou quatre dans une galerie ménagée sous une pierre, sans provisions pour l'hiver, saison qu'ils passent dans l'engourdissement. Yersin évalue de neuf à douze le nombre de mues qui précèdent l'âge d'hiver. A par- tir du troisième âge apparaissent de petits lobes sur les bords latéraux du mésothorax et du métathorax, avec quelques nervures peu dis- tinctes. Ces premiers vestiges des élytres et des ailes sont d'abord dis- posés de haut en bas sur le prolongement des flancs. Puis ils se déta- chent, ne restent plus sur le prolongement des bords du mesonotum et du metanotum, se repliant de bas en haut en foime d'c'cailles, couvertes -150 ORTHOPTÈRES. de la même pubescence que le reste du corps. Les élytresrudimeutaires, arrondies à leur sommet, dépassent d'un millimètre et demi le bord du pronotum, et se prolongent d'une quantité égale sous cet organe, qui les recouvre ainsi en les cachant à demi. Leurs bords supérieurs sont distants sur le dos de 2 millimètres au moins. Les ailes, fixées un peu plus bas et en arrière, sont triangulaires et longues de 3 millimètres, leur bord supérieur recouvrant un peu les élytres. L'insecte est alors long d'environ 20 millimètres. C'est au cinquième âge qu'on peut dis- tinguer extérieurement les sexes, en voyant que la dernière lame ven- trale devient (rilobée chez les femelles ; celles-ci, au sixième âge, mon- trent les premiers rudiments de l'oviscapte, sous forme de quatre petits mamelons coniques distincts les uns des autres, devenant aux autres âges quatre pièces contiguës. A l'âge d'hiver, qu'on peut nommer ap- proximativement le dixième, l'oviscapte dépasse nettement l'extré- mité de l'abdomen, et sa longueur totale atteint environ 2 milli- mètres. C'est après l'hivernage, du mois d'avril au mois de juin, selon les cli- mats, qu'a lieu l'avant-dcrnière mue, celle de nymphe. Quand l'insecte se prépare à cette mue, sa couleur devient d'un noir plus terne, ses écailles thoraciques se soulèvent un peu au lieu de rester appliquées sur le dos ; les aliments solides lui répugnent, et il est très-avide d'eau. Tout, jus- qu'à la manière dont il porte les antennes, indique un malaise général. Le matin, il vient s'exposer aux rayons du soleil, et fixe sur le sol les crochets qui terminent ses tarses ; puis il se contracte et se dilate violemment jusqu'à ce que le test du dos se fende suivant la ligne médiane. L'ouverture commencée s'agrandit peu à peu ; puis on voit se déga- ger successivement de leurs gaines le thorax, les premiers segments de l'abdomen, les pattes antérieures et médianes, la tête et les pattes posté- rieures. La taille s'est agrandie, ainsi que les fourreaux des élytres et des ailes, ces derniers recouvrant par leur bord supérieur la partie ex- terne des élytres. Les nervures indiquent l'inversion des parties, eu égard à leur place chez l'adulte; le futur organe sfridulant des éh très, au lieu d'être sur le dos, est rejeté au bord extérieur, caché en partie par les ailes, tandis que la partie de 1 elytre qui couvrira plus tard le flanc est placée le long de la ligne médiane; les ailes n'ont encore aucun plisse- ment en éventail, mais forment une lamelle plane parcourue par des nervures divergentes de l'angle antérieur au côté opposé. L'oviscapte de la femelle s'est allongée, atteignant l'extrémité des cerques. La nymphe, d'abord testacée, devient en quelques heures d'un noir brun luisant, qui se conserve à peu près jusqu'au moment de la dernière métamor- phose. Celle-ci a lieu au bout d'une ([uinzaine de jours, quoiqu'on trouve des nymphes en retard bien plus longtemps au .milieu de nom- breux adultes. Les élytres, se retournant, se placent au-dessus des ailes, d'abord blanches ou jaunâtres et froissées, puis se colorant peu à peu. GRYLLUS. 151 Le G. capensis ôprouvo des transformations analogues ; seulement les ailes rudimentairos des dernières larves et de la nymphe sont, relati- vement aux élytres, beaucoup plus longues que chez le Grillon cham- pêtre' Nous ajouterons la cilatioii rapide (h; quelques (Iryllus du même groupe. Tels sont le (.'. burdijialensis, Latr., long de 10 millimètres en- viron, ayant en outre clu'z la femelle un oviscapte de 6 millimètres, près de moilié moins grand que le G. domesticus, auquel il ressemble un peu. Il est en dessous d'un gris testacé, en dessus brun, un peu villeux, sauf la tète brillante; et noire; le corselet transverse, maculé de jaune ; les élytres d'un gris obscur, à peine de la longueur de l'ab- domen dans les deux sexes ; les ailes nulles ; les appendices de l'abdo- men, cerques et oviscapte, d'un gris jaunâtre; les pattes jaunâtres. Il habite l'Europe australe, ainsi le midi occidental de la France (Bordeaux, Saint-Sever, etc.), remontant jusqu'à Tours, en juin (Ram- bur), l'Espagne, près de Carthagène, la Sicile, près de Syracuse, en mai, etc. Le G. mêlas, Charp., long de 12 millimètres, est d'un noir terne, avec la télé d'un noir luisant ; les élytres enfumées, recouvrant presque tout l'abdomen chez le mâle, à peu près la moitié chez la femelle ; les ailes dans les deux sexes beaucoup plus courtes que les élytres, subabor- tives, pâles ; les pattes brunes, les antennes noires, l'oviscapte noirâtre et aussi long que le coi'ps, à valves renflées et bifides au bout. Cette espèce existe en Hongrie, en Turquie, dans le midi de la France, près de Montpellier, en Andalousie, en Algérie, près d'Oran (H. Lucas), peut- être en IJahnatie et dans Lis Pyrénées. Le G. pipiens, L. Dufour, long de 12 millimèlres cf , de 14 à 16 Ç, a le corps glabre et luisant, d'un testacé pâle, les pattes testacées et luisantes. Le mâle offre des antennes plus longues que le corps, des cerques sétacés et velus, longs de 6 mil- limètres ; les élytres de la longueur de l'abdomen, transparentes, un peu obscures, plissées, fort ridées et comme chifl'onnées dans presque toute leur étendue ; les ailes milles. La femelle n'a que des élytres rudi- mentaires, atteignant à peine le troisième segment abdominal. Cette espèce n'est pas rare sur les collines de l'Aragon et de la basse Cata- logne. L. Dufour, et c'est là le caractère curieux de ce Gryllien, dit que c'est surtout au crépuscule et à l'aurore qu'il fait entendre son chant. Ce n'est pas un ci'i de roulement, comme celui du G. campestris, ni un cri de froissement, comme celui de la Cigale ou des Criquets, mais uv, sifflement bien clair et bien net, imitant tellement bien celui du Bou- vreuil ou de la Grive, que, dans le lointain, les plus fins chasseurs y sont trompés. Une dernière section des Gryllus proprement dits comprend des espèces à élytres et ailes nulles ou à peu près. Ainsi le G. squamiger. Fisch., Fr., à mâle inconnu, la femelle longue de 6 millimètres avec oviscapte de 5 millimètres, complètement aptère, couverte d'écaillés, 152 ORTHOPTÈRES. d'un jaune pâle, trouvée en Istrie, près de Raguse ; le G. apterus, Her- rich Schœfl'er, dont les deux sexes ont 12 à 16 millimètres, avec des eerques de 8 millimètres et un oviscapte de 10 à l/i millimètres, aptère, d'un testaeé vif, subi^labre, ressemblant aux larves du G. domesticits. Les larves et les nymphes ne diffèrent de l'adulte que par la taille, l'ovi- scapte plus court, plus élargi, plus mou, les téguments du corps moins solides. Istrie, Dalmatie, Italie, Andalousie? A rechercher en France. Peut-être doit-on rappeler à la précédente espèce le G. longicauda, Rambur, d'Andalousie, trouvé aussi en Algérie en juin, sous les pierres, près de Constantine (H. Lucas). Il n'en diffère que par un oviscapte beaucoup plus long que les eerques, et presque de la longueur du corps. Enfin, la même section renferme le G. bivittatiis, Fisch.,Fr., proba- l)lement d'Algérie, long de 16 millimètres (Ç), avec eerques de 10 mil- limètres et oviscapte de 12, les yeux jaunes, deux larges bandes brunes sur la tête, et le mesonotum portant sur les côtés de petites élytres squamiformes, arrondies, à nervures longitudinales, ayant environ un millimètre. Toutes les rares espèces aptères ou subaptères de cette section méritent de fixer l'atteutiou des amateurs. Le second groupe des espèces du genre GrijUus, formant le sous- genre Nemobhis (genre d'Audinet-Serville). Le premier article des tarses postérieurs n'est pas sillonné en dessus ou à peine (G. Heydeni), ni épi- neux ; les jambes antérieures peuvent manquer de tympan ; les élytres des deux sexes sont très-raccourcies, à nervures divergentes et droites chez les mâles, parallèles et droites chez les femelles ; les ailes nulles, les épines des jambes postérieures filiformes. Le type est le G. sylvestris, Fabr., de 8 millimètres cf et 9 millimètres ^, les eerques de U milli- mètres, l'oviscapte de 6. Il est brun, poilu, à tète noire avec les orbites jaunes, ainsi qu'un dessin pentagone sur le front; le corselet jaunâtre, les côtés des élytres et de l'abdomen noirs; le dernier article des palpes maxillaires presque double eu longueur du précédent et tronqué au bout ; les élytres très-courtes, plus longues que le corselet, et ridées et chiffonnées chez le mâle, à peu près de la longueur du corselet chez la femelle ; l'oviscapte brun et droit, dépassant beaucoup plus les eerques, qui sont d'un gris testacé et poilus, à valves comprimées, terminées en pointe, sans renflement sensible. On le trouve dans tous les bois de l'Europe moyenne, parfois si abondant en larves ou en nymphes, que leurs sauts sur les feuilles sèches imitent le bruit de la pluie. On le ren- contre près de Paris, dans toute l'Allemagne, eu Belgique, eu Angle- terre, en Hongrie, dans la Russie méridionale. Il ne se creuse pas de terriers, mais vit au jour, souvent en troupe, sous les pierres, sous les feuilles tombées et dans le gazon des lisières des bois, fuyant par des sauts très-rapides. Les larves et les nymphes sont communes en mai et juin, et les adultes depuis juillet jusqu'à l'hiver, certains individus hivernant et se montrant sous les pierres en février. Le mAle stridule. PLATTRLEMMUS- 153 les paltes étenduos, caché sous les feuilles, suv un autre vhythme que le G. campestris, et son chant d'amour, quand il est près de la femelle, est un bruit faible et uniforme, privé de ce son vif et bref que le iir. campestris fait enteiulre en pareille circonstance. La stridulation est très-forte et plus susceptible dlilre notée qu'elle ne l'e^^st en général chez les Dectiques et les Locustes. Bien que l'animal soit petit, on l'en- tend à une assez longue distance, non-seulement le soir, mais dans les heures de l'après-midi ; les mâles même, enfermés dans une boîte et cachés sous les feuilles sèches, se mettent à sfriduler. Le son ne paraît pas pouvoir se produin» si le croisement habituel des élytres est inter- verti, c'est-à-dire si l'élytre droite était recouverte par la gauche. En effet, l'élytre gauche est molle, blanchâtre, transparente, et l'élytre droite, qui la recouvre normalement, est dure et brune, avec ses ner- vures bien plus fortes. L'élytre offre l'archet, mais sans la brosse à son origine, ni cette partie triangulaire et transparente, qui est la chante- relle des (t. campestris et domesdcus; c'est le bord interne même de l'élytre qui en tient lieu. On trouve dans le succin une espèce homo- logue ou même identique avec (•'. sylvesfris. Le G. lineolatus, BruUé, est une espèce voisine, mais distincte du G. syl- vestris par la couleur pâle des pattes, par les bandes longitudinales jaunes, au nombre de quatre, qu'on voit sur la tète, et qui sont beau- coup plus larges que les lignes obliques du G. sijlvestris. Les cuisses postérieures ont des lignes brunes à peine visibles, et l'oviscapte des femelles est plus court que les cerques. Les élytres sont plus longues dans les femelles de cette espèce que dans celles du sylvestris; elles couvrent environ les deux tiers de l'abdomen, et le cachent presque en entier chez le mâle. Du midi de la France, Pyrénées, Landes, etc. Enfin, une très-rare espèce du sous-genre Xemobius, que nous nous engageons à rechercher, probablement le plus petit Gryllus, est le G. Heydeni, Fisch., Fr., à mâle inconnu, et dont la femelle a été trouvée en Suisse par M. de Heyden, sur les pentes boisées du bord d'un lac, au commencement d'août. Elle est longue de 5 millimètres, avec des cerques très-velus de o millimètres, et un oviscapte plus court, de 2 mil- limètres, distinctement lancéolé. La couleur est d'un brun châtain; le corselet subcarré, avec une bande pâle obsolète de chaque coté ; les élytres larges, arrondies et tronquées en arrière, à nervures droites, plus courtes que le tiers de l'abdomen. Ne serait-ce pas une nymphe ? PLATYlirUMMC^, Aud.-Serv. — Tète siiigwliùrc, plus Iari;n que la partie pos- térieure du corselet; vertex allongé, prolongé en cône obtus chez les femelles, orné chez les mâles de la plupart des espèces d'une lame membraneuse flexible pendante en avant comme une ombelle ; front plan et très-déprimé ; antennes longues, sctacées, multiarticulces, pubescentes, très-distantes afin de recevoir avant leur insertion la membrane flottante ; yeux arrondis ; ocelles très-peu apparents. Corselet subcarré. Élytres du mâle courtes, nervulées, ne recou- 154 ORTHOPTÈRES. vrant qu'une partie de l'abdomen ; celles do la femelle avortées, squami- forines, plus courtes umnc. (jue le mesouotum ; ailes nulles dans les deux sexes. Pattes antérieures et interiuédiaires asez courtes, épaisses, comprimées, à jambes biépincuses ; pattes postérieures courtes et robustes, à jambes com- primées avec carènes épineuses ; tarses de trois articles, le second court, à peine visible, les postérieurs à premier article épineux. Abdomen assez court, à cerques presque de sa longueur; oviscapte de la l'emeile presque droit, de la long'ueur de l'abdomen, élargi avant le sommet. Les Platyblemmes sont de petits Grylliens très-curieux par le voile membraneux qui pend au devant de la tète des mâles. On ne sait presque rien de leurs mœurs. L'espèce la plus anciennement connue est le /'. Kinhidculatus, du nord de l'Afrique, long de 12 à IZi millimètres, noir luisant, aijisi que les antennes et les pattes, la tète et les palpes d'un rouge ferrugineux brillants, les élytres de 2 millimètres environ, noires, lisérées de blanc à l'extrémité. On ne connaissait que le mâle, à voile céphalique, mince et flexible, quand M. H. Lucas découvrit en Algérie la femelle, d'un brun roussàtre, à tète, terminée en pointe ar- rondie. Cette espèce se rencontre en juin etjuillet sur les collines près de Constantine ; très-agile, elle échappe assez facilement à la main qui veut s'en emparer. Elle ne se creuse pas de terriers et se plaît sous les pierres et dans ]esfentesdusolqui,à cette chaude époque de l'année, est profondément fissuré. Nous citerons aussi le P. lusitanicus, Aud.-Serv., long dans les deux sexes de ilx à 18 millimètres, avec l'oviscapte ayant près d(! 12 millimètres, d'un noir brunâtre, plus fort que le précédent, avec quatre lignes jaunâtres longitudinales sur le vertex, les élytres d'environ Ix millimètres, arrondies au bout, blanches, à base noirâtre, ("ette espèce est du Portugal et de l'I^spagne. L. Dufour l'a prise en Es- pagne, près de Valence, dans les champs sablonneux, cohabitant volon- tiers avec le Gryllus campestris, se tenant sous les pierres et les tas d'herbes sèches. Le mâle est très-curieux par le long voile membra- neux qu'il dirige en divers sens au devant de sa tête. Les Platyblemmes, au nombre de cinq ou six espèces, sont de l'Europe australe, d'Afrique et du Bengale. Nous engageons les amateurs à les rechercher dans Jes localités les plus chaudes et les plus sèches de la Provence ; ils auront peut-être la bonne fortune d'augmenter la faune française de ces Insectes si intéressants. TBEl(àO\Bl»ir.l)l, Aiid.-Serv. — (-orps petit. Tète cnnrtc, n"nll(''e entre les an- tennes, celles-ci un peu distantes, longues, sétacées, nmltiarticulées. Palpes maxillaires longs, avec le dernier article comprimé, en cône très-élargi, tronqui'; au lioiil, figurant un triangle (d'où le nom du genre). Cei'selet subcarré, tron- qu('; ; écusson apparent. Élytres recouvrant le plus soiivi'ut l'abdomen, à ner- vures droites longitudinales, subtransiucides ou opaques ; ailes ou nulles, ou dépassant les élytres, jiarfnis en queue. Pattes robustes; les (piatre jambes BBACHYTRYPES. 155 antérieures terminées par deux épines, les deux antérieures nuinics de tympans ; cuisses postérieures renflées à la base ; jambes grêles, ayant snr les carènes des épines fines, mobiles, Ioniques et filiformes, et tpialre épines au bout; tarses de trois articles, le second très-court, presque globuleux, les tarses postérieurs à premier article biépineux. Abdomen court; cerques [)oilus; ovisca|ite comprimé, en forme de glaive, recourbé en dessus, acuminé au sonnnet. Le type ouropéon de ce genre est une jolie petite espèce d'un noir bronzé et submétuUique, ayant dans les deux sexes Zi millimètres, avec un oviscapte do 2 millimètres, recourbé à l'instar de celui des Locustes. C'est le T. cicindctoides, liambur, dont les élytres sont dures et coriaces, un peu retombantes, à la façon des Coléoptères. On dirait un peu une (licindèle, à ses gros yeux et à ses élytres bronzées, surtout chez le mâle ; les ailes font défaut. On ne sait pas si le mâle slridule. L'espèce a été découverte en Sardaigne par Gêné, sur les herbes et surtout les .loues, dans les lieux humides. Rambur l'a retrouvée en Espagne, dans les champs et lieux lierbus, près de Malaga ; on la rencontre aussi, selon lui, en Corse et dans le midi de la France. On la cite également des îles Ioniennes et des environs d'Alger, mais rare (H. Lucas). Elle doit exister dans toute l'Europe australe, et ses mœurs fourniront un attrayant sujet d'étude. Il y a trois autres espèces, deux de l'île de France, une de Java, toutes trois ailées, à élytres un peu transparentes. itRAniVTRTPF.*!», Aud.-Scrv.; Erichson. — Tête très-grosse, énorme chez les mùli's, à front bombé ; antennes longues, sétacées, multiarticulées, insérées dans une cavité ; yeux saillants, globuleux ; ocelles en ligne transversale sur le front. Mandibules très-fortes ; palpes très-grands, surtout les maxillaires. Corselet transversal, non rebordé. Élytres dépassant l'extrémité de l'abdomen, à nombreuses nervures longitudinales obliques, saillantes et à nervures trans- versales distinctes ; ailes dépassant les élytres en forme de lanières. Pattes robustes, les quatre antérieures velues ; jambes terminées par quatre épines larges et minces, avec tympan recouvert d'une membrane blanche aux jambes antérieures; cuisses postérieures très-renflées et jambes postérieures garnies d'épines serrées et symétriques; tous les tarses de trois articles, le premier des tarses postérieurs éjiineux et poilu. Abdomen à plaque subgénitale du mâle très-dévcloppée, à peu près aussi grande que les deux ou trois dernières plaques ventrales réunies, celles-ci aussi grandes que les plaques qui les pré- cèdent ; plaque subgénitale des femelles très-étroite, plus petite que la der- nière plaque ventrale ; dessous de l'abdomen des femelles à plaques diminuant graduellement de longueur; cerques longs, sétacés, velus, flexibles; oviscapte très-court, droit, atteignant à peine l'extrémité des élytres, à valves aiguës, peu ou pas renflées au bout. Le type et l'espèce européenne de ce genre si remarquable, le plus 156 ORTHOPTÈRES. grand r.ryllicn propre d'Europe, est \e B. we^ace/j/icr7us, Lefebvre, d'en- viron /lO millimètres dans les deux sexes, avec oviscapte de 2 millimè- tres. Le corps est jaunâtre ; la tète du mâle est énorme, démesurée, renflée, fortement comprimée d'avant en arrière, dépassant beaucoup la largeur de l'abdomen, et comme enchâssée dans le prothorax ; le corselet étroit, sillonné au milieu, rétréci en arrière, à bord antérieur et postérieur relevés et bruns, ayant au milieu une bande longitudinale brune ; les pattes et les antennes de la couleur du corps, les épines des pattes noires au bout. lia été trouvé en Sicile par A. Lefebvre, au mois d'avril, à la partie la plus méridionale du Val di Xoto, dans des buttes de sable près de la mer, entre Terra-Nova et le Bevajo, sur la direction de Vittoria. Il habite au sommet de ces monticules, à toutes les exposi- tions, et dans des places dénuées d'arbustes, creusant le sol jusqu'à un mètre, en faisant parfois des amas de terre pareils à ceux des Taupes. Vers quatre heures du soir, le mâle se met à chanter au bord de son trou ; mais sa stridulation, au lieu d être interrompue comme celle du Gryllus campestrts, produit, pendant près d'une demi-minute, un rou- lement soutenu et continu, si intense et si sonore, qu'on peut l'entendre à près d'un mille. Loin dètre craintif comme ses analogues, il attend souvent pour se cacher le moment même où l'on va le saisir, et fuit en creusant le sol avec promptitude à mesure qu'on le poursuit. Sa vora- cité est extrême, et la force de ses mandibules non moins étonnante. A. Lefebvre a vu que, si l'on enferme ensemble plusieurs mâles, au bout de peu d'instants ils se dévorent, s'amputant les cuisses les uns aux au- tres d'un seul coup de leurs mandibules. On ne capture l'insecte que dans l'après-midi, jamais loin de sa demeure, presque toujours au bord de son trou, et le plus ordinairement tout au fond et non sans assez de difficultés. Puissent ces détails de mœurs aider les amateurs à retrou- ver ce remarquable Gryllien, dans le midi de l'Espagne ou du Portugal et en Algérie, en explorant des localités analogues à celles où ses gîtes ont été rencontrés en Sicile. l'ne seconde espèce, d'un brun enfumé et de ;mènie taille, de Java. S«'Hia;owAC"TVB.l.'S, BniUé. — Tète forte, de la largeur du corselet; an- tennes si'lucécs, multiartieulées, glabres, beaucoup plus longues que le corps; yeux grands, oblongs, saillants ; ocelles indistincts. Corselet étroit, transversal, rebordé ; sternum large, rendant écartée l'insertion des jKittes. Élytres et ailes très-grandes, beaucoup plus longues que rabdomen, cliargées de noni- bieuses nervures, embrassant à angle droit les côtés du ventre, la partie dépas- sant l'abdomen roulée en spirale dans le repos, pour les élytres et les ailes à la fois, et appliquée sur les appendices anaux. Pattes très-robustes, à cuisses glabres et nuitiques, canaliculées en dessous pour recevoir la jambe ; à jambes épaisses, fortement épineuses ; à tarses de quatre arlicles, les articles deux et trois émettant chacun latiiralement de chaque côt('^ un appendice étroit, aplati. LOCUSTIENS. 157 lancéolé, élargi et arromli au bout (d'où le nom du genre), le premier article des tarses postérieurs ajilati, dilaté de cha(|ue côté en une large membrane triangulaire, le quatrième article de tous les tarses cylindrique, terminé par deux forts crochets, arqués et iiioliiles. Le type et unique espèce de ce genre, à caractères sexuels mal pré- cisés, est un insecte très-anciennement comiu, le S. monstrosus, Drury, long de plus de /lO millimètres, des Indes orientales, du Bengale, à corps jaunâtre, tacheté de brunâtre, ainsi que les appendices. Ce Grillon monstrueux des vieux auteurs est le seul Gryllien qui ait quatre articles àtousles tarses, ce qui forme un passage manifeste aux Locustiens. Les très-singulières dilatations des articles des tarses, qui les font ressem- bler aux doigts bordés de certains oiseaux aquatiques, comme les Grèbes, les Foulques, et la manière extraordinaire dont les élytres et les ailes se contournent dans le repos en plusieurs tours de spirale très- serrés, sont deux caractères uniques qu'on ne retrouve nulle part, non- seulement dans les Orthoptères, mais chez aucun insecte. L'espèce creuse sur les bords du Gange un trou d'un mètre environ de profon- deur, et y reste caché le jour, ne volant que la nuit. Tribu des i^OCCSTIEIWS. La tribu des Locustiens(Loci/.s7a?res,Lalr.,Aud.-Serv.; Locustina,]îun\.; lucustidrs, Lcach ; Gryllidœ, Stephens) est, parmi les Orthoptères pro- pres, celle qui se rapproche le plus des Grylliens. Les ocelles sont nuls chez la plupart, les antennes sétacées d'ordinaire plus longues que le corps, et tous les tarses homonomes de quatre articles. Les femelles sont munies d'un oviscapte plus ou moins saillant. Le corps des Locustiens est subcylindri(iue, subcomprimé, parfois vaste, glabre, brillant, mais non métallique, le plus souvent vert de diverses nuances. La tète est grande, verticale, rarement déclive [Cono- cephalus, Saga, etc.); le sommet du vertex est parfois élevé et avancé en cône. Les antennes sont insérées à diverses places, ou entre les yeux, ou inférieurement et en avant de ceux-ci, rarement épaisses, le plus souvent filiformes, quelquefois plus courtes que le corps {Pycnogasler, Callimenus), le plus souvent sétacées, ténues, de la longueur du corps ou plus longues, à premier article grand, subcylindrique ou comprimé, le second petit, très-globuleux, les autres courts, cylindriques, peu dis- tincts, capillaires -, entre les antennes, le vertex offre souvent une proé- minence comprimée. La surface de la tète est lisse, sans carènes, ni tubercules, ni aiguillons, etc., souvent amplifiées la partie inférieure par le développement des pièces buccales. Après le labre suborbicu- 158 ORTHOPTÈRES. laire viennent des mandibules fortes, cornées, dentées au bord interne de manières diverses ; les mâchoires, avec le galea de la longueur du mando, celui-ci muni de trois dents ; les palpes maxillaires de cinq articles, 1.; dernier le plus souvent très-long, muni au sommet, à l'état frais, d'une vésicule tactile convexe, et, sur le sec, tronqué ù angle droit ou oblique ; la lèvre, allongée, ollVe un menton corné, entier, rétréci au sommet, puis une languette pétiolée, curdiforme, profondé- ment tlivisée, évidemment composée de deux mAchoires, car on aper- çoit en dedans, de chaque coté de la fissure, un style court, compa- rable à un mando, intérieurement très-finement sétuleux ou pileux, tandis que la partie externe, épaisse, bulbeuse au sommet, répond au (jalm ; les palpes labiaux, de trois articles, ont le troisième très-grèle, très-long, subenflé, tronqué obliquement au sommet. La forme et la structure du thorax, surtout du pronotum et des pièces sternales, sont très-importantes pour la diagnose des genres de la tribu des Locustiens. Le pronotum est tantôt aplani en dessus, avec côtes latérales subaiguës et lobes sensiblement détléchis, tantôt selli- forme et relevé postérieurement (rarement en avant), s'étendant au- dessus de la base des élytres, à côtes latérales plus ou moins obsolètes {Orphania, Ephippigera), tantôt scutiforme {Saga). Le prosternum est tantôt mutiquc, tantôt muni d'épines allongées ; la poitrine (mésoster- num et métasternum) est armée d'épines ou de lobes subtiiangulaires, ou mutiques transversalement, et bordée et excisée en arrière. La structure des élytres s'accommode à la forme comprimée du corps. Tandis que, chez les Grylliens, la majeure partie des élytres, c'est-à- dire les champs discoïdal et anal, lors de la position de repos (dans la- quelle l'élyfre gauche est d'habitude recouverte parla droite), se place sur le dos du corps, et que le champ marginal seul est défléchi, dans les Locustiens la majeure partie des élytres, et aussi des ailes, lorsque ces organes sont parfaitement étalés, prend une position défléchie ; les champs marginal et discoïdal s'appliquent sur les côtés du corps, et seul le champ anal, en triangle plus ou moins allongé, recouvre le dos, lors de la position de repos des élytres, dans laquelle, chez les Locus- tiens, l'élytre droite est, le plus souvent, recouverte par la gauche. Dans la plupart des genres, les élytres sont subcoriaccs, rarement pel- lucides {Gryllacris), élargies à la base, subétroKes au sommet, et, lors- qu'elles sont bien développées, tantôt plus longues, tantôt plus courtes que l'abdomen. Ordinairement la disposition des nervures des élytres est peu compli- quée. La nervure médiastinc est courte ou nulle, et la nervure humé- raie assez éloignée du bord antérieur de l'élytre ; la nervure externo- médiane, très-rapprochée de l'humérale et parallèle, est, ou simple en entier, ou fourchue au sommet et envoyant quelques rameaux ; la nervure intermédiaire, placée entre la précédente et la nervure anale, se dirige vers le bord postérieur de l'élytre, en envoyant un seul LOCUSTIENS. 159 OU plusieurs rameaux. Le tronc, souvent indistinct, de la nervure anale s'élùvc d'un limbe corné un peu gonflé, et porte dans ses rami- ficalions, chez les mâles, l'organe stridulanl. L'appareil de stridulation des Locustiens a été décrit par de Geer, BruUé, M. Gonvcan {Essai sur la stridul. des Ins., dans^lnn. Soc. entom. Fr. 1837. VI, 31), Newport, etc. Son étude est aisée sur la grande Saute- relle verte (Locusta viridissima, Limi.), qui nous servira de type. Il est situé sur le champ anal, qui est la portion de l'élytre à plat, et par suite sur laquelle la friction est le plus facile. Sur l'élytre gauche on voit une aréole subcarrée, subopaque, d'un testacé ferrugineux diffé- rant du vert de l'élytre, entourée de rides et de plis sur une bande, à peu près de même consistance, bordée par une nervule cornée : c'est le miroir ou tympan ou tambour des auteurs. Au-dessus, c'est-à-dire plus prés de la base de l'élytre, on voit une nervure transverse entière, forte et proéminente au bord supérieur de l'élytre, tandis qu'au bord postérieur elle paraît fendue longitudinalement, et cet espace, qui est comme un long hiatus lancéolé, semble rempli, si on l'observe avec le secours d'une forte lentille, par des baguettes transverses et rappro- chées, système formant une sorte de liine ou d'archet. Le champ anal de l'élytre droite est pareillement constitué, avec l'anneau quadran- gulaire corné plus élevé au bord supérieur de l'élytre qu'à l'inférieur et formant ce que Goureau nomme la cha7itereUe ; mais le miroir qu'il renferme est ici une membrane mince, fort tendue, très-hyaline et irisée ; au-dessus de ce miroir, vers la base de l'élytre, se trouve égale- ment la nervure transverse épaissie, avec sa lime ou archet. Lors de la friction des élytres, ce n'est pas sur le miroir même de l'élytre droite que se fait le frottement de l'archet de l'élytre gauche, mais sur son bord corné ou chanterelle, et sur les nervules ou rides avoisinantes. la vibration se communiquant à la membrane, ce qui doit singulièrement renforcer le son. M. Goureau rapporte qu'il n'est pas parvenu à pro- duire le son en passant l'archet de l'élytre droite sur l'élytre gauche, les élytres ayant été croisées en ordre inverse de l'ordre naturel, c'est- à-dire la droite au-dessus de la gauche. Il est bien certain que le chant est dû à la seule friction des élytres, et nullement à de l'air sortant des stigmates thoraciques qui mettrait en vibration la membrane des élytres, ainsi que l'ont supposé certains auteurs. Les élytres des fe- melles (et aussi des mâles dans le genre Meconema, qui est muet) man- quent presque toujours de l'organe stridulant, et ont le champ anal non dilaté, simplement réticulé de nervules. Les ailes, quand elles sont bien développées en même temps que les élytres, son plus ou moins amples, le plus souvent plus courtes que les élytres, rarement plus longues {Phaneropteru), membraneuses, hya- lines, incolores, parfois colorées avec croissants , taches ou ocelles {Ptorochroza), parfois colorées au bord antérieur ou vers leur sommet, ou même coriaces à cette extrémité {Phaneroptera). Les champs alaires 160 ORTHOPTÈRES. ont une disposition de nervures analogue à celle qu'on remarque sur les élytres ; mais le rliamp anal est beaucoup plus ample que les deux autres, ofire de nombreuses nervures radiées, et, dans l'aile repliée, se décompose en beaucoup de plis longitudinaux, comme dans les au- tres Orthoptères propres. Un grand nombre de genres de Locustiens ont les organes du vol par- faitement développés ; cependant certaines espèces des genres Decticus et Aiphicliumi ont, dans presque tous les individus, les élytres rac- courcies et les ailes réduites à des rudiments exigus, inutiles pour le vol; on trouve à peu près un sur cent sujets où ces organes ont leur complet degré de perfectionnement, ce qui a souvent amené de fausses espèces. Cependant les élytres abrégées dont nous parlons ont les ner- vures de chaque champ distinctes, et l'appareil stridulant des mâles parfaitement développé ; leur chant n'est pas plus faible que celui des espèces à ailes complètes. Il est un certain nombre de genres {Ephippi- (jera, Barbitistes, etc.) où les élytres des mâles et surtout des femelles sont représentées par des écailles courtes, planes ou relevées, tantôt se recouvrant l'une l'autre à la suture, et alors l'élytre droite au-dessous de la gauche, tantôt éloignées entre elles. Le plus souvent elles diffè- rent dans la même espèce suivant les sexes, munies chez les mâles de l'appareil stridulant, et aussi plus amples, plus retroussées, plus lon- gues, tandis que, chez les femelles, elles sont plus courtes et planes. Nous prendrons comme exemple, pour le mécanisme de la stridulation chez les espèces à élytres abrégées, le genre Ephippi géra où. les élytres des mâles et des femelles portent l'organe musical. Si l'on examine l'espèce commune typique, VE. Vitium, il n'y a pas d'ailes, et les élytres, très-courtes, en écailles bombées, sont cachées en entier sous le pronotum et semblent réduites aux seuls appareils sonores. L'organe du mâle est formé sur l'élytre droite d'un tambour, constitué par une membrane fine, blanche, transparente, ovale et plane, bordée d'une nervure dont le bord interne sert de chanterelle. Sous l'élytre gauche est l'archet, formé d'une forte nervure transversale, striée comme une lime ; le contour de l'élytre, couvert de rugosités, est écailleux et sonore. Chez la femelle, le tambour, placé sur l'élytre droite, offre une calotte bombée, transparente, sèche et élastique. 11 est traversé, dans le sens de la largeur, par une nervure saillante, striée en lime ; d'autres pe- tites nervures s'étendent sur sa surface, en haut et en bas. L'élytre gauche, ou la supérieure, est un peu moins bombée que l'inférieure ; elle est réticulée par un assez grand nombre de pelites lUM'vures, et d'une consistance qui dillere peu de l'autre ; son bord interne fait l'of- fice de chanterelle. Le bord extérieur des élytres est replié en bas, d'une matière moins membraneuse que les instruments et couvert de rugosités. La femelle, comparée au mâle, présente donc cette diffé- rence que l'archet est placé sur l'élytre droite et qu'il tient au tam- bour, tandis que chez le mâle il est situé sous l'élytre gauche. Lors LOCUSTIENS. jg| du frollem.nl des élylrcs, larcl.et passe sur la chanlerelle, H e^c.te dos „bra.,„,. q„, se transmeUcnl au. deu. tambours. C^„" , elytres sont cachées sous le corselet, n„secte, pour les faire ag^do" commencer par soulever le pronotum, alîn de rendre leur leu olu' hbre, ce ,u',l fait en baissant la ,«e et en courbant un p "so7ab r men. Le organes du mâle sont un peu plus développés oue ceux de la femelle, et produisent des sons un peu plus forts Sous les elylres abortives, tanlM il existe des vestiges d'ailes ev.Tus cZ,-;:l :u7f ',^'*r""' '-- °«"'"«- .anttlifma: fe ; r?aitd^Bo> "ue fT™'"'''"''° '™''"'' »'=^' souvent tout genre 2;Xlo™ ""^ ""' '■-■"^'™-' aP'^-s dans le tan''™ "T", '°"' '"""" ^''''■'"'' '<='' P»^l«'-icurcs bien plus longues anche Cîol'r "•"""' '" P°^'^*"^^ P- aUongé .° S iiancnes sont plus ou moins écartées entre elles, à cause de la larienr drsUnctri:'r"t^ • '«.^ '"'"-"- "- ?-.- attes», l ur sTon de aZ \, r;''' "''t "" ",«P'"«= "*=-r«'es (Sa»a), avec un lobe O^cS ta U6. r ■' '?,'':""»«»" "« 1" jambe, tantôt mutique cotes postérieures toujours épineus leur face n ,'"""'™"«"''"'-!^'. " iiyaune, ou un trou recouvert inr n.m r.^^- • ^ , i'^^'^uit- avpp „.,„ f t ,• - '/'^""^«rL par une proéminence à bord corné avec une fente Iniéa re profonde à l'nnc.i„ -,..>- • V ' trés-comprimés e. côtelés en .lesso.L (/^IS^Z,^ "' "' '"^^= =°"' ëiauae ciicz le maie que chez la femelle; le nremip,. » i GIRARD. '«^i'c, le premier a aussi les Jj.— 11 162 ORTHOPTÈRES. cerques plus développés, épais, dentés, mucronés, snbiilés, etc.; dans les femelles, ils sont subulés et simples. \m plaque subgéuitale des mâles est tantôt étroite, tantôt plus large, plane, ou dressée, ou navi- culaire, etc.; elle est munie au sommet de styles non articulés, mobiles, et qui manquent rarement. La femelle offre le plus souvent cette plaque courtt;, et appliquée étroitement à la base del'oviscaplc ; celui- ci varie de longueur, de forme et de direction, tantôt plus court que l'abdomen, tantôt plus long que lui, et môme que tout le corps,* à quatre valves, le plus souvent renflé à la base, puis, pour le reste, plus ou moins comprimé, aigu ou obtus au sommet, glabre ou granu- leux, lisse sur le bord ou dentelé. Les travaux de L. Dufour {op. cit., p. 3Zi7) nous apprennent que les organes internes de la vie végétative ont chez les Locustiens beaucoup d'analogie avec ceux des Grylliens. ils ont été étudiés dans les genres Ephippigera, Locusta, Decticus, Phaneroptera et Conocephalus. Le canal digestif est entouré, à son origine, d'une paire de glandes salivaires situées dans le thorax, offrant de chaque côté deux faisceaux inégaux de sachets blancs, ovalaires, sessiles, en grappe rameuse, avec un réservoir contractile allongé, où la salive se met en réserve. La lon- gueur totale du tube digestif des Locustiens ne dépasse guère une fois et demie celle du corps, et il peut, tout au plus, faire une seule circonvolution. Au sortir de la tête, l'œsophage se dilate insensible- ment en un long jabot musculo-membraneux assez régulier ; puis \ient un petit proventricule ou gésier, globuleux, offi-ant en dedans six arêtes longitudinales, formées d'un empilage d'écaillés triangu- laires, séparées par autant de sillons à fond tuberculeux. Les deux bourses ventriculaires sont grandes, arrondies, plissées à l'inférieur. Le ventricule ou estomac est droit, et plus court que l'intestin chez le Locusta viridissiina, Linn., tandis que, chez les autres genres, il est long, replié sur lui-même, intestiniforme ; il se termine en arriére par un léger bourrelet où s'insèrent les vaisseaux de Malpighi. L'intestin est, dans l'Lphippigôre, le Phanéroptére, le Conocéphale, du double moins long que l'estomac et droit, tandis qu'il est au contraire long et replié chez la Sauterelle ; le rectum, qui le termine, a les six bande- lettes musculaires habituelles. Les vaisseaux malpighiens ne forment point, comme chez les Grylliens, une houppe Llche, avec un canal unique implanté sur un seul point du tube alimentaire ; tout aussi nombreux et aussi gi'êles, et de couleur variée selon les aliments, ils s'insèrent aux divers points d'un contour circulaire. Toutefois, chez les Ephippigères, comme par un passage au pétiole unique des Grylliens, ils se partagent en cinq faisceaux, chacun ayant pour base un sinus scssile, adapté au bout du ventricule, et où débouchent tous les tubes du faisceau. Ces longs vaisseaux de Malpighi sont entremêlés et enche- vêtrés entre eux, et avec les organes digestifs, et avec ceux de la géné- ration. LOCUSTIENS. 163 L'appareil génital màle chez les Ephippigera, Locusta, Decticus, est formé par les testicules reposant sur la paroi ventrale, de figure oblongue, réniforme, déprimée, ayant, lors de la turgescence, 6 à 8 milli- métres de longueur dans les grandes espèces, coritenant un nombre con- sidérable de capsules spcrmalogénes allongées, revêtus extérieurement d'un réseau de trachées et de filets nerveux répandus sur une mince membrane dont le pigment varie en couleur, jaune-soufre chez le Decticus [Plalycleis) griseus, orangé chez le Decticus verrucivorus, d'un vert jaunâtre chez le Locusta viridissima, etc. Le coiuluit déférent de chaque testicule s'enroule en ligne spirale imitant un épididyme, puis devient simplement flexueux et s'abouche à son symétrique pour former un canal déférent commun. Des réservoirs séminaux et des glandes annexes compliquées se joignent à cet appareil fondamental, et leur étude a besoin d'être reprise en raison surtout de la sécrétion bien reconiuie de spermalophores chez les Locustiens. [.es organes génitaux sont si gonflés lors du rut, que l'abdomen des mâles ressemble alors par son volume à celui des femelles avancées dans la gestation. Le Conocephalus mandibularis offre quelques dilférences. Les testicules ne sont pas appliqués sur la paroi ventrale ; chacun d'eux est bilobé et de forme variable, selon la turgescence, enveloppé d'une tunique jaunâtre, et avec un conduit déférent, filiforme, à peine flexueux, sans épidi- dyme ; il y a aussi des vésicules séminales ou des glandes annexes de deux ordres. L'appareil màle ofi're encore un dernier organe accessoire. Au-dessous et en arrière du massif des vésicules séminales on trouve, de chaque côté du canal éjaculaleur, une glande ovale, lenticulaire, à col très- court abouché au canal, entourée d'une tunique externe contractile, le plus souvent d'un jaune vif, ayant un millimètre de diamètre chez le màle de l'Ephippigère et /i millim. chez celui de Locustaviridissiina. On y trouve un liquide huileux où nagent dispersés des corps discoïdaux. L. Dufour regarde ces glandes comme une prostate. Leur dépendance avec le canal éjaculaleur et leur existence bornée au màle ne permettent pas de les confondre avec l'organe de sécrétion excrémenlitielle propre aux deux sexes de la Court ilière. Dans les femelles fécondées des Ephippigères, les ovaires sont consti- tues chacun par un corps gros et court, tantôt conoïde et turbiné, tantôt déprimé, subflabelliforme, composé de trente à quarante gaines ovigères, maintenues en faisceau sous une très-line membrane. Ces gaines sont un peu moins nombreuses dans la Sauterelle et le Phané- roptère ; elles sont multiloculaires, n'ayant ordinairement qu'un œuf fécondé à la fois, et convergent toutes vers un ligament suspenseur qui va se fixer dans le niétalhorax.. A la base de l'ovaire est le calice, sur lequel l'insertion des gaines ovigères se fait par fascicules de trois ou quatre, de sorte que le calice semble raultidigifé. De chaque calice part un col lubuleux uo peu flexueux, et l'oviducte est dû à la 16/i ORTHOPTËRES. réunion des deux cols. A l'origine supérieure de l'oviducte s'insère, au moyen d'un conduit, un réceptacle séminal, ample, blanchâtre, subglobuleux ou piriforme. En arrière du conduit excréteur précédent et à l'entrée même de l'oviscapte, chez certains Locusta et Decticns, s'adapte un vaisseau tubuleux aveugle, enroulé plusieurs fois sur lui- même, presque aussi long que tout l'abdomen. Le Meconema varium , le Xiphidium fuscum, etc., manquent de ce tube, dont la sécrétion, selon Siebold, sert à enduire les œufs d'une matière gUitineuse. On a encore fort peu d'observations sur l'accouplement des Locus- tiens. M. Fischer, de Fribourg, a observé deu\ fois le coït chez des Ephippigères des Vignes renfermées dans une boîte, et la femelle, de même que chez les Grillons, ékiit montée sur le mâle. Après cette copulation, il a remarqué à l'orific-e génital de la femelle, à la base de l'oviscapte, une masse lactée de la grosseur d'un pois, subpellucide, semblable à de l'albumine coagulée, et à la base de laquelle on pouvait observer de chaque côté une bulle très-transparente, avec un nucléus jaune ou orangé. La dissection fit voir que ce n'était pas un corps vio- lemment expulsé des organes génitaux de la femelle ; au bout de quel- ques jours, cette matière tombe en partie et se dessèche. On doit donc penser que cette matière est sortie du mâle pendant le coït, et que, de même que chez les Grylliens, elle se fixe à la femelle comme l'enve- loppe du véritable sperme, qui entre peu à peu à l'intérieur de l'oviducte, tandis que l'enveloppe se sèche et se détache. C'est ici qu'il convient de mentionner les curieux spermatozoïdes dont Siebold a étudié la for- mation dans les tubes des testicules. Les spermatozoïdes des l^ocustiens et des Grylliens difi'èrent par leur forme de ceux des autres insectes, et en particulier de ceux des Orthoptères les plus voisins, les Acridiens, ils consistent en un etête triôdre et un long appendice filiforme ; déjà, dans les cellules dans lesquelles les spermatozoïdes sont renfermés à l'inté- rieur des tubes spermatiques, ces spermatozoïdes se disposent en séries, et passent dans cette position même dansle canal déférent, où ils offrent les premiers mouvements. Dans la capsule séminale des femelles fé- condées, Siebold a trouvé de deux à sept spermatophores de 1 à 2 mil- limètres de diamètre ; de leur cavité sortent par compression des sper- matozoïdes nageant dans une humeur laiteuse. Ces spermatozoïdes sont associés d'une manière très-élégante dans le canal déférent des mâles, et conservent vraisemblablement cette disposition dans la capsule sémi- nale de la femelle, où ils sont introduits lors du coït, et se coagulent en bulle formée par la matière séminale affluente. On voit sous le micros- cope comme des plumes de héron, dont les scapes consisteraient dans les têtes trièdres étroitement jointes des spermatozoïdes, tandis que les pinnules seraient les corps et appendices filiformes exécutant des mou- vements vibratoires, et produisant le curieux spectacle de plumes en- tières se mouvant comme des serpents. Les spermatozoïdes, pour exercer leur vertu fécondante lors de la ponte des œufs, doivent nécessairement LOCUSTIENS. 165 sortir des spermatophores, ce qui paraît s'efï'eotuer parleur dissolution et leur compression. Siebold n'a pas observé la même forme do. sper- matozoïdes, ni les spermatophores, chez les Meconema et les Xiphi- dium. Los Locustiens présentent, à un degré plus marqué et d'une manière plus générale que les Grylliens, les tympans aux jambes antérieures dont il a déjà été question. Tantôt c'est un trou ovale à la face intérieure et antérieure des jambes de devant, recouvert par une membrane, tan- tôt c'est une fente longitudinale, cachant le tympan sous un limbe corné. Chez la plupart des Locustiens s'adjoint un autre appareil cité parL. Du- four, et dont il a constaté la connexion avec les tympans des jambes, dans lequel J. Muller et M. Goureau(S^Wdw/. des Insectes, dans Ann. Soc. entom. Fr., 1837, t. VI, p. 59) soupçonnèrent un organe auditif, ce qui a été mis hors de doute par Siebold. 11 est en effet tout à fait rationnel que des insectes pourvus d'appareils bruyants inusités on général dans leur ordre aient aussi une oreille spéciale, indépendamment des organes généraux de l'ou'ie. Si, par exemple, dans la grande Sauterelle verte, on dissèque l'angle postérieur latéral du pronotum, on y voit deux ori- fices, l'un un pou en avant, qui est le stigmate fermé par des lèvres cornées, l'autre plus grand, situé entre le pronotum et le mésonotum, longitudinal, non fermé par un péritrème. Il faut souvent, pour bien voir cette ouverture des Locustiens, soulever les bords latéraux du pro- thorax. Cette ouverture donne accès dans une sorte de vessie infundi- buliforme, que M. Goureau compare à un bonnet phrygien, et qui se tourne vers son homologue du côté médian de la poitrine ; il en part un tube également hyalin et lisse, qui entre sous un angle dans la patte antérieure^ s'atténue en parcourant le genou étroit, puis se dilate et s'amplifie en une vésicule longitudinale, dont les bords latéraux sont étroitement collés aux tympans dos jambes, avec un prolongement étroit dans celles-ci. On peut détacher de l'animal cette sorte de bonnet pellucide et son tube. Cette cavité prothoracique existe dans les deux sexes, chez les nymphes et chez les larves. Ce n'est pas un stigmate, car elle ne communique pas avec le système trachéen. Si l'on plonge une Sauterelle dans l'eau, la tête la première, jusqu'à l'asphyxie, cette grande cavité reste immobile, tandis que des bulles d'air paraissent aux orifices des quatre stigmates thoraciques. Le nerf qui répond au nerf acoustique ne part pas du cerveau, comme on le supposerait au premier abord, par ces fausses analogies entre les Vertébrés et les hivertébrés, qui ont si souvent retardé les progrès dans la science. C'est un des ra- meaux des deux nerfs qui partent du premier ganglion sous-œsopha- gionthoracique, et qui envoient leurs filets aux muscles dos pattes anté- rieures, etc. Ce nerf acoustique se renfle en un ganglion plat, très-près en dessus de l'excavation naviculair(î de la poche auditive, et son extrémité inférieure, comme un ruban, entre dans cette excavation même et s'y termine. Ce ganglion contient de? corps bacillaires dispo- I(i6 ORTHOPTÈltES. ses en série, et des bulles agencées de mCme, qui y adhèrent; leurs fondions restent dans le doute. Un certain nombre de Locustiens vivent dans les champs et les prés (Decticus, l'Iatijcleis, A'î/j/i/rf/K?);); les autres se cachent dans les arbustes et les broussailles, surtout aiiv lisières des bois, dans les Vignes, les plantations de Pin